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Vers 1 heure du matin samedi dernier, c’est mon ami Sidikiba Kéita qui m’informa de la mort à 57 ans de Dr Ibrahima Fofana, secrétaire général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), dans un accident de la route vers Fria (150 km au nord de Conakry).
J’eus du mal à retrouver le sommeil et me ressassa des souvenirs, surtout lors de sa visite en mars 2007 au siège du bureau de la Coordination des associations guinéennes de France (CAGF) dont j’étais le secrétaire à la communication et à la presse.
L’objet de sa visite était double : une prise de contact avec nous, d’une part, et ses remerciements à notre endroit pour avoir contribué à la lutte, au combat en concomitance, simultanément avec la diaspora et la patrie-mère lors du mouvement social sous fonds de crise politique en janvier-février 2007, d’autre part.
L’artisan de cette rencontre était mon ami Oumar Cissé qui l’hébergeait parfois lors de ses nombreux passages à Paris; nous y avons d’ailleurs dîné ensemble.
Ironie du sort, Oumar, qui séjourne actuellement à Conakry, y avait rendez-vous avec lui le lendemain de son décès. J’imagine qu’il soit affligé en ce moment.
Lors de nos rencontres à Paris, j’ai pu déceler des caractéristiques, des vertus du défunt Fofana : l’humilité malgré son aura et sa popularité, la courtoisie, la pondération dans son expression, son embonpoint, son goût de la convivialité ; je m’imaginais son courage face aux redoutables Bérets rouges de la garde prétorienne de Lansana Conté (1934-2008) qui l’avaient d’ailleurs arrêté et maltraité.
Il s’était toujours illustré dans le combat pour la justice et l’égalité, ne ménageait aucun effort dans l'implacable lutte syndicale qu'il menait pour l'avènement d'une Guinée libre, démocratique et prospère.
Ce ne sont pas des propos convenus, de circonstance après la mort de quelqu’un qu’on a connu : c’est la réalité et les attributs mérités par l’illustre disparu.
Quelques jours après, nous avions reçu Ben Sékou Sylla qui fut également aux avants-postes de la lutte politico-syndical au sein de la société civile en 2007 comme Dr Fofana ; il est l’actuel président de la CENI, la commission électorale.
Le célèbre leader syndicaliste a été tué en même temps que la secrétaire générale de la Confédération des syndicats libres de Guinée (CSLG) Magbé Bangoura et deux journalistes de la Radio-télévision guinéenne (RTG) Aboubacar Lansana Camara et Lamba Mansaré.
Ils sont morts sur le champ de bataille, d’honneur : ils se rendaient à Fria pour des négociations avec des grévistes de la plus grande industrie minière du pays, l'usine d'alumine exploitée par le groupe russe Rusal.
Ibrahima Fofana avait été de tous les grands combats syndicaux avec sa camarade, Rabiatou Serah Diallo, dirigeante de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), actuellement à la tête du Conseil national de la transition (CNT) qui fait office de parlement.
Il s'était révélé au grand public en 2006 et 2007 au moment des immenses manifestations hostiles au régime dictatorial de Lansana Conté.
En mars 2006, il organisa avec succès les journées « villes mortes » et protesta vigoureusement en juin de la même année contre la répression meurtrière d'une manifestation de lycéens qui fit une vingtaine de morts.
Puis, en janvier-février 2007, il fut aux avants-postes des grèves générales très suivies mais réprimées dans le sang (186 morts selon des ONG) qui ont abouti à l’accord tripartite du 27 janvier 2007 et le décret du 1er février 2007 instituant le poste de « Premier ministre de consensus » qui va échoir en mars 2007 à Lansana KOUYATE.
Le gouvernement avait cédé et accepté : de prendre des mesures pour réduire le prix du riz et du carburant ; d’augmenter les salaires ; d'interdire l'exportation de produits alimentaires, de la pêche, forestiers et pétroliers ; de mener à son terme les poursuites judiciaires entamées contre les auteurs de délits économiques notamment.
Il a mené ainsi une lutte par procuration des partis politiques persécutés, affaiblis par leur division, inaudibles et invisibles à l’époque.
Il avait ensuite été un membre actif et influent au sein du Forum des forces vives qui est une coalition tripartite de partis, de syndicats et d'organisations de la société civile contestant le régime militaire mis en place après la mort de Conté et dirigé par le capitaine Moussa Dadis Camara jusqu’à l’attentat de Koundara par Ibrahima Touma Diakité son aide camp.
Sa contribution à la récente et victorieuse grève du secteur bancaire, dont il était un représentant respecté et écouté, avait prouvé qu’il était un personnage incontournable de la vie socio-politique de notre pays ; et peut-être un danger, gênant, un rival pour certains.
Il eut droit à des obsèques nationales lors de la journée du lundi 19 avril dernier, chômé et férié. C’est un signe de reconnaissance du peuple de Guinée à l’égard de son œuvre qui restera gravée dans du marbre de notre histoire, notre mémoire et le subconscient collectif.
C’est le syndicalisme qui avait mené Ahmed Sékou Touré à la notoriété et à la magistrature suprême comme le polonais Lech Wałęsa.
La comparaison avec ce dernier ne me semble pas exagéré. Leurs parcours me semblant comparables à bien des titres.
Pour rappel, Lech Wałęsa l’éminent syndicaliste avait fondé le syndicat pacifique et non violent Solidarnosc dans les chantiers navals de Gdańsk ; le 31 août 1980, il signa les Accords de Gdańsk qui comprenaient 21 revendications dont des augmentations salariales, la semaine de travail de 5 jours, le droit de grève, l'autorisation de création de syndicats indépendants et la reconnaissance du syndicat Solidarność.
Il était modérée, avait favorisé des compromis qui ont abouti à une réforme en douceur de la constitution et permis d'éviter des milliers de morts dans le processus de réforme des institutions. Il devient par la suite l'un des principaux interlocuteurs du général Wojciech Jaruzelski.
Le Dr Fofana était l'un des principaux interlocuteurs de Lansana Conté et du CNDD, un syndicaliste rebelle et pacifique comme Walesa, d’une dimension nationale face à un général et un pouvoir autocratique qu’ils ont vaincus tous les deux.
Sa mort subite ne lui permettra pas malheureusement d’atteindre la magistrature suprême dont il avait l’envergure comme Walesa qui fut récompensé par le Prix Nobel de la paix en 1983 puis président de la République de 1990 à 1995.
Ibrahima Fofana avait été présenté comme un possible candidat indépendant à l'élection présidentielle prévue le 27 juin 2010. Vrai ou faux ?
Sa disparition arrangerait-elle certains ? Serait-elle naturelle ou provoquée ?
« L’Homme marque la vie de ses pas et le trépas marque la fin de sa vie ! »
« A Dieu nous appartenons, à Lui nous retournerons ! »
Mais l’œuvre de Dr Ibrahima Fofana sera parachevée et sa mémoire honorée Inch Allah ! Tels sont les engagements à prendre et respecter, à savoir le serment, la promesse de « finir son travail, de parachever son œuvre pour que la démocratie soit une réalité vivante après l’élection présidentielle du 27 juin 2010 ».
Que la terre de Guinée qu’il a si bien aimée et servie avec passion lui soit légère ! Que le Tout-Puissant et Miséricordieux ait pitié de son âme et l’accepte dans son paradis ! Amen !
Mes condoléances à ses proches, à tous mes compatriotes éplorés et particulièrement à Oumar Cissé actuellement à Conakry !
Que Dieu préserve la Guinée !
Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen
nabbie_soumah@yahoo.fr
Paris, le 20 avril 2010
VOS COMMENTAIRES | |
| kaba mamady senghor | 20/04/2010 23:18:34 |
| Merci mon frere Nabbi tu a tout dis je ne peut que ecrires ces deux mot de condeleance que dieu lui accordes le paradis et tout les outres qui sons decede avec que dieu pardonne a tous ces grand heros de la nation amenn par Senghor kaba depuis la hollande | |
| Camara Boubacar | 21/04/2010 12:08:49 |
| Si la prière et les louanges accompagnent le défunt, sachons par contre qu’ils ne peuvent jamais le sauver à l’au-delà car la mort le met face à ce qu’il a été réellement dans la vie, c’est le jugement du créateur et non des créatures que nous sommes. Souhaitons alors que l’âme des défunts se reposent en paix comme l’a dit Julie Burchill je cite « les larmes sont parfois une réponse inappropriée à la mort. Quand une vie a été vécue vraiment honnêtement, vraiment avec succès, ou simplement vraiment, la meilleure réponse à la ponctuation finale de la mort est le sourire ». Sachons que la Guinée d'aujourd'hui est à notre image émotif là où il nous faut la raison, juger là où il faut être humble, imposer la paix là où il faut la justice etc. Toutes ces réalités font de nous, une nation tourmentée où la valeur humaine relève du farfelu comme les jugements qu’on porte sur les choses et les hommes. La Guinée est un pays où le non-sens est événement et de celui-ci découle la valeur référentielle sur le plan social. La Guinée est malheureusement un pays où syndicat est politique et politique est mafia, et mafia n'a rien de saint. Nous n’avons plus des références qui font de nous des êtres responsables et dignes capables de construire un Nation. Nous avons perdu l’essentiel et ceci se ressente dans la cacophonie et les meutes qui entourent la célébration des faux-Saints. Je suis fier et j’aime mon pays mais les guinéens m’inquiètent dans leur élan démagogique et d’opportunisme. L’être humain est un inconnu connu, dans ce cas, que Dieu juge et récompense chacun de nous de ce qu'il a été réellement dans sa vie. Amen ! Et ceci est valable pour les vivants. | |
| sall | 21/04/2010 20:35:13 |
| Pourquoi Lech Walesa guinéen? Il était simplement le grand syndicaliste Ibrahima Fofana, premier héros national à n'avoir pas trempé dans la corruption ou les assasinats qu'on connu notre pays depuis 50 ans, alors il vaut mieux que Lech Walesa il fut le porte flambeau du grand peuple de septembre! | |