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Le minimalisme politique à l’œuvre


2010-07-06 16:42:31

C’est avec l’intuitive conviction que la Guinée est une nation où les citoyens sont en avance sur leurs dirigeants que certains dont je suis se sont opposés à la tenue d’élections présidentielles,  sans une préparation sérieuse et sans un test du système électoral.   L’avenir dira si le scrutin du 27 Juin 2010 représente un pas vers le progrès ou le passé.  Il reste qu’il faut  tirer des leçons de ce que nous venons de vivre. Pour ne pas le revivre à l’aveuglette comme à l’accoutumée. La campagne et le vote ont donné quelques simples leçons qui risquent d’être rapidement oubliées  à supposer qu’elles aient été apprises. 

L’histoire est un carcan dont on ne se défait pas.  On est obligé d’y vivre. Pour le rendre supportable, on est obligé de le gérer.  Le leadership oublieux qui est le notre a appris à n’être que le jouet des forces de l’inertie  qui la mène aux choix minimalistes et terrifiants que nous avons. On a beau les enrober dans des qualificatifs et des enduits ethniques, ils se révèlent pour ce qu’ils sont : un écho flagrant du passé que nous avons voulu ignorer dans la fuite en avant. La relique usée du totalitarisme du  PDG que représente le leader du RPG et l’émule du système corrompu de Lansana Conté qu’est le leader de  l’UFDG viennent frapper à la porte et demander qu’on fasse un choix.  Au nom du changement de surcroit.  C’est une  symbolique éloquente de notre incapacité de gérer notre passé.

 L’aveuglement par lequel on en est arrivé là aura été manifeste  sur toute la ligne des faiseurs d’opinion  et des préparateurs de décisions, tous adeptes du minimalisme politique, du parti-pris  de clocher, des ambitions réduites et du plus pour le plus petit commun dénominateur possible, traits qui étaient  jusque là dissimulés tant qu’il s’agissait de dénoncer des dictatures d’un autre temps avec leurs crimes éhontés.  Le débat fut réduit à son expression la plus irréductible : l’ethnie. Que le commun des guinéens s’y adonne, on peut l’admettre. Mais navrant il aura été  de voir des intellectuels tenus en respect, dont les noms furent chuchotés comme une alternative crédible pour guider la difficile rédemption de la nation, faire preuve de mémoire sélective, d’admonitions biaisées et  d’intoxications mensongères. Ils l’ont fait peut-être par méconnaissance de l’estime dont ils auraient pu jouir s’ils avaient gardé le silence ou mieux, la raison. Il reste que leurs partis-pris flagrants,  basés sur des ragots, auront réduit le civisme dans la cité, amoindri la portée des analyses lucides et celle des colères légitimes. L’incitation à peine voilée au lynchage, sans preuves, avec des accusations fantaisistes de trafic de 1 à 4 millions de cartes d’électeurs est irresponsable, surtout qu’il s’agissait de légitimer d’autres apparatchiks. L’acte rendra suspects ceux qui veulent de la transparence sur cette funeste époque de notre histoire ; il aura donné par inadvertance au camp d’en face l’excuse facile d’accuser tous les militants d’avoir des partis pris cachés.    

On retiendra aussi que la mémoire oublieuse des principes est une dangereuse faille. Celle de croire  devoir voler  au secours d’un  Alpha Condé en oubliant  commodément qu’on était dans une campagne  électorale qui exposait tous les candidats à des attaques de toutes sortes.  Soutenir que de la  gent des candidats, Alpha Condé est l’un de ceux  qui ont les mains propres, ne justifie pas le ton péremptoire  et paternaliste à l’encontre des contradicteurs. Il est inadmissible de  passer l’éponge sur le fait qu’Alpha a promis de « réhabiliter » Sékou Touré,  l’ange de la  mort qui le condamna à mort.   C’est à cette sélectivité douteuse que  mène l’adhésion minimalistes de voter pour le ”moins salaud” ou l’engagement irrationnel de choisir ”son salopard à la place du  salopard des autres ”.  Pour un intellectuel, il  aura été malencontreux de prendre fait et cause avec ces  arguments spécieux et isolés. Pour le bien de la démocratie naissante,  des critères plus rigoureux sont nécessaires.  Insister sur le fait que Sidya, Fall, Cellou, Kouyaté etc. trainent  la présomption de prédateurs économiques n’est qu’un début. Ce constat  doit s’accompagner d’un examen de conscience de tous les candidats.  Cet effort aurait sans doute révélé la  troublante maladie de Alpha Condé qui   lui permet, en public, toute honte bue et contre la raison de chanter les louanges du tueur Sékou Touré. Cette admiration  n’est  pas une opinion politique admissible dans le débat ; c’est le Syndrome de Stockholm,  cette maladive béatitude que les victimes ont pour leurs tourmenteurs. Elle nous interpelle autant, sinon plus, que les crimes économiques. Il ne s’agit pas d’un banal cas clinique, mais de l’adoration faite a  l’auteur des méfaits dont notre nation ne fait que vivre les symptômes ; il s’agit de la promesse implicite de nous faire revivre les ignominies du totalitarisme. En plus,  Alpha Condé s’est rendue coupable d’une tricherie plus terrifiante qui consiste plus à ignorer les métastases du cancer du PDG, mais aussi de  banaliser le trauma du  28 septembre 2009 avec des arguties de croque-mort, préoccupé à montrer qu’il  y a des morts innocents plus pitoyables que d’autres morts avec la morbide conviction que cela rallierait les citoyens de la Haute-Guinée.

Si Alpha Condé perd le deuxième tour, du fait de son propre aveuglement,  il n’aura pas perdu que des élections. Ce sera la tragique faillite d’un parcours ; la trahison d’idéaux d’une autre époque qu’il avait fait siens sans apparemment y croire.  Ces idéaux  sonnent mal  peut-être de nos jours dans leur formulation marxisante, mais ils restent permanemment  présents,  dans le sens d’une promesse à l’Afrique d’avoir d’autres dirigeant que ce que Alpha Condé  est devenu : un politicien provincial, un idéologue de la tribu et un manitou des phobies et de la division. Alpha Condé aura pris le chemin de croix par lequel on passe du statut d’opposant historique à celui  d’un agitateur de la fange ethnique. Il aura failli à la promesse faite sur les parvis des universités à d’innombrables  militants de bâtir une Afrique débarrassée de la maladie des divisions. En bon crapaud de brousse,  il aura prouvé être incapable de comprendre les ressorts qui soutiennent les sacrifices du peuple qu’il veut diriger, c'est-à-dire l’aspiration à  curer à jamais les marques infamantes et les  blessures dégradantes du  PDG, du PUP et du CNDD.  Il aura trahi la longue lutte qu’il aura menée et qui  aurait fait de lui le recours d’une nation qui aura été trahie par tous les héros qu’elle a chantés.  Plus tragique encore, ces ratées d’un destin pourraient bien contribuer à faire élire Cellou Dalein,  un homme éduqué à la rude école de Lansana Conté, phagocyté  par les mafias de l’import-export, rompu aux  arts du noyautage de l’état et qui n’a aucune raison d’abandonner ce qui lui aura réussit tant.   Une telle victoire n’est possible que parce que Condé,  au mépris de son propre martyr, a réussi à être un bozo qui effraie, un repoussoir qui entérine les reflexes ethno.  Grace à ce jeu, les deux protagonistes finaux sont, non pas des prodiges ou des représentants patentés de leur ethnie comme s’évertuent à croire ceux qui  croient avoir tout compris, mais les sous-produits d’une prosaïque pratique qui consiste à enfouir les vrais enjeux dans la tourbe de l’ethnie.  Les intellectuels et les militants qui y seront  tombés par la tête croiront avoir gagné demain ;  les voix dissidentes seront encore noyées dans les vivats ; les priorités de mettre fin à l’impunité seront encore occultées ; la nation se fourvoiera encore dans les réconciliations factices en dansant sur  les tombes des victimes. 

A ceux qui croient et soutiennent qu’il faut beaucoup de temps pour passer de ce minimalisme dangereux à des aspirations citoyennes, il faudra demander : combien de temps faut-il donner au temps ? S’agit-il d’une question de temps, d’une complaisance coupable envers la médiocrité ou d’une perversion des priorités ? De la réponse qui sera donnée dépendra le futur immédiat et lointain.

  À cet égard, les insuffisances notoires dont le leadership de la CENI aura fait preuve représentent  un premier défi.   Si certaines des insuffisances sont imputables à des faiblesses logistiques,  la rétention d’information sur le résultat des élections demeure inexcusable. Sans  donner en pâture une institution ou ses hommes, il s’agit d’un test, grandeur nature, qui dira si on veut maintenir la tradition bien établie de récompenser l’incompétence afin de se glorifier de tolérance qui en réalité n’est que de la complaisance coupable. Selon la façon dont on fera le constat sur ce dernier incident de la CENI, (un simple accident de parcours ou  le symptôme d’un mal plus profond de la nation), on  dira clairement si l’on veut suivre  le chemin battu de  la léthargie chronique ou celui de la liquidation organisée de la médiocratie.   On aura décidé s’il faut opter  pour le minimum qui est de changer l’ethnie du chef  ou le début de réalisation des aspirations prouvées d’un  peuple qui a montré qu’il en veut plus et mérite plus  que les dirigeants qu’il a eu.  La question est  profonde. Elle  touche tous les domaines de la vie de la nation. Il s’agit de savoir  s’il est de bon escient de poursuivre la logique suicidaire qui nous a conduit là ou nous somme: de  donner les tâches essentielles à des individus qui n’ont pas les qualifications requises, de confier l’exercice de la violence légale à une armée composée de la lie de la société,  d’user du nom de famille comme critère de promotion des fonctionnaires garants de l’état.  Les intellectuels guinéens doivent sonder leur conscience  et dire si le pays est spécifique au point d’accepter de s’identifier  à  la médiocratie palpable avec  le panel des candidats.  C’est une question  sur laquelle  chacun doit réfléchir et décider si c’est la peine de prendre parti dans les dérisoires choix offerts ou s’il faut commencer à battre d’autres sentiers en revenant aux vrais questions ; de cesser la duplicité dangereuse du minimalisme qui  consiste à  admettre  que la dévastatrice culture aux causes complexes et enracinées dans 52 ans de mauvaise politique ne sera pas résolue par ces élection présidentielle mais de les cautionner quand même avec des  descentes  dans le caniveau des compromis. Sans cet examen impératif, une fois que les vraies questions reviendront hanter la nation,  il n’y aura personne, encore une fois,  pour être le porte-voix du peuple qu’aujourd’hui on distrait.

Ourouro Bah.


 

2 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Madiou06/07/2010 18:21:55
Votre analyse me semble solide mais un peu difficile a comprendre, compte tenu du style (trop de figures de style). Je pense qu'il faudra le simplifier davantage pour rendre vos ecrits plus intelligibles au maximum d'internautes.
Merci quantd meme pour votre contribution appreciable.
diallo07/07/2010 11:59:55
n'ecrivez des textes aussi long sa ne donne pas l'envi de lire. il ne siffi pas de remplire des pages mais seulement de dire le necessaire. pas de roman monsieur avec tous le respect que je cous doit