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APRES LA TRANSITION, ENTREPRENDRE L’AVENIR.


2010-09-11 08:34:07

Depuis près de deux décennies, malgré une avancée significative avec l’adoption en septembre 1990 d’une constitution consacrant le pluralisme politique, la Guinée peine à entrer dans le concert des nations politiquement modernes et économiquement prospères.

Vérité difficile à comprendre d’autant que, dans cette nouvelle constitution tout y était ou presque, pour garantir l’exercice d’une bonne gouvernance politique  et aussi par sa géographie, le pays foisonne de ressources naturelles riches et variées dont la mise en valeur aurait dû lui assurer un prodigieux développement économique.

La Guinée qui n’a pas attendu la conférence de la Baule du Président François Mitterrand pour s’ouvrir au multipartisme devrait au niveau du continent, être parmi les meilleurs au rendez-vous des bilans relatifs à l’instauration de la démocratie et de l’Etat de droit.

A la date du 31 Décembre 2009, ce n’était hélas pas le cas, en dépit du fait qu’une quarantaine de partis reconnus, dont cinq ou six d’audience nationale, s’étaient engouffrés dans l’espace politique et avaient pris en charge le renouveau de la vie politique nationale.

Le long cheminement qui va de 1991 à Janvier 2010 comporte des repères décevants (élections nationales de 1993, 1998 etc.) et des épisodes sanglants (Janvier – Février 2007, 28 Septembre 2009).

Deux dates identiques dans la forme, et diamétralement opposées dans le contenu stigmatisent dans la mémoire collective le destin de notre pays.  En effet, si le peuple de Guinée dans la détermination et l’allégresse a fait du 28 Septembre 1958 un tournant décisif de son histoire, ce peuple dans la douleur et dans un esprit de sacrifice émouvant a fait du 28 Septembre 2009 un départ fulgurant vers la conquête définitive de ses droits à la liberté et à la vraie démocratie.

Cet envol pris le 28 Septembre 2009 galvanisera les énergies de la classe politique et de la société civile dans leur lutte pour en finir avec un état d’exception le plus calamiteux que puisse connaître un pays souverain.  Le drame guinéen cesse d’être l’affaire des seuls guinéens pour devenir la préoccupation de toute la communauté internationale.

Des chefs d’état, des organisations sous-régionales, régionales et internationales joignirent leurs efforts et leurs initiatives à l’ardeur combative et à l’esprit de dialogue des forces vives de la Nation pour décrocher à l’issue d’une ultime négociation, les désormais historiques accords de Ouagadougou signés le 15 Janvier 2010 sous le parrainage du Président du Faso, M. Blaise COMPAORE, médiateur désigné de la CEDEAO.

Quelles qu’aient été les réserves suscitées à certains niveaux par le contenu de ces accords, il faut reconnaître qu’ils ont eu le mérite indéniable de conjurer le péril qui planait sur la nation en raison de la radicalisation des positions des partisans du capitaine Moussa Dadis CAMARA en convalescence à l’extérieur, et de l’ensemble des forces vives.

Grâce à l’apaisement du climat politique induit par l’adoption de ces accords, une période de transition a été définie.  L’inoxydable détermination d’un officier de parole, devenu par bonheur le Président de la transition a résisté à la furieuse envie de certains guinéens d’arrêter le cours de l’histoire et perpétuer comme une atroce fatalité le naufrage économique du pays.

Malgré les véhémences sommaires et les passions hasardeuses de ces détracteurs de la transition, celle-ci a abouti à l’élection présidentielle (1er tour) qui a mis en compétition pas moins de vingt quatre candidats tous présentés par des partis politiques.

Dans quelques jours aura lieu le 2ème tour.  Un Président de la République sera élu et bien élu.  Le rêve de toute une nation deviendra une réalité.  Durant plusieurs décennies d’une lutte héroïque contre des dictatures successives, le peuple de Guinée a vu le sang de ses filles et de ses fils couler sans jamais apercevoir les rivages fleuris de la vraie démocratie.

Maintenant que nous avons toutes les chances de pouvoir nous installer confortablement dans la loge officielle des pays fréquentables sur la scène internationale, tous les guinéens doivent réfléchir et agir dans le sens de la consolidation d’un acquis qui restera fragile tant que ne seront pas éliminés les facteurs de décomposition de la nation, à savoir l’agressivité, la méfiance, l’exclusion de l’autre, la haine, la délation etc.

Après cette élection, les guinéens auront tous ensemble gagné une bataille mais pas la guerre.  Ils gagneront la guerre quand seulement un certain nombre de conditions seront remplies.

Pour une convergence des efforts.

Pour progresser, il ne suffit pas de vouloir agir, il faut d’abord savoir dans quel sens agir.  Quand sera élu le Président de tous les guinéens, un impératif s’imposera comme une sentence.

A la victoire de la démocratie doit faire suite une convergence des efforts pour faire face aux problèmes d’aujourd’hui et aux défis de demain.  La volonté et l’esprit de paix demandent à être consolidés et cultivés comme une condition primordiale, un fondement indispensable à la promotion et au renforcement des sentiments de solidarité et de fraternité entre tous les guinéens.

C’est une chance extraordinaire que, depuis le déclenchement de cette compétition électorale, malgré la bourrasque, les perversions et la rage des manipulateurs politico-ethniques éructant des slogans martiaux pétris de violence et d’intolérance, notre pays ne se soit pas embrasé du Nord au Sud, d’est en Ouest. Quelles élucubrations, quelles grossiertés, n’a-t-on pas lues, déversées à flot dans des colonnes de journaux et surtout dans des sites internet, sous la plume satanique de quelques génies du mal ?

En tant qu’intellectuel, j’ai eu honte de constater que ce sont encore des intellectuels qui s’abîment traîtreusement dans la diffusion de la haine contenue à forte dose dans l’ethnocentrisme et l’intégrisme politique.  Ces freins à la recomposition de la nation, oublient-ils que c’est bien la haine qui transforma Kigali, Bujumbura, Monrovia, Freetown, Bissau, Brazzaville, Kinshasa en foyers incandescents aux conséquences apocalyptiques ? Pourtant, Romain Rolland magnifiait le rôle de l’intellectuel dans la société en disant que «  son métier est de rechercher la vérité au milieu de l’erreur »

Il est alors temps que les sirènes de l’exclusion et des particularismes primitifs se taisent, que les passions se dissipent et que la raison l’emporte pour que la vie du guinéen puisse continuer avec moins de nuits blanches, moins de soupirs oppressés, moins de cauchemars.

A la veille de cette élection présidentielle, la première en Guinée qui soit auréolée du nimbe de la démocratie authentique, il est pressant que les guinéens en général, les intellectuels et les dirigeants en particulier se dégagent de l’emprise de la tribu, de l’ethnie ou du clientélisme politique pour regarder tous et aller tous dans la même direction.

Les guinéens doivent savoir que la démocratie pour laquelle ils ont tout risqué et beaucoup perdu est une « création continue ».  Elle doit être sans exclusive pour contribuer à renforcer la diversité sociale et enrichir la société.

Si la prise du pouvoir par l’armée est toujours la marque d’un échec ou le signe d’une régression, l’accès au pouvoir par les urnes, dans la transparence, est une promesse de bonheur pour un peuple uni et dont les dirigeants savent mettre autant de  raison dans la force que de force dans la raison.

La pérennité de notre démocratie chèrement conquise, dépendra de la capacité des guinéens de comprendre et d’assumer ensemble le fait irréfutable qu’ils sont des citoyens, des frères unis par les mêmes défis à relever, et par un même destin.

La misère économique dans laquelle se trouve le pays affecte toute la nation sans distinction d’appartenance régionale ou ethnique.  Kankan est dans l’obscurité comme Mamou, N’Zérékoré, Boké, Faranah, Labé, Conakry la capitale.  Le centre hospitalier de Boffa est aussi délabré et sous-équipé que ceux de Koundara, Dalaba, Mandiana, Dinguiraye, Lola et Beyla, pour ne citer que ceux-là.  L’accès à l’eau potable est un luxe pour plus de 90% des guinéens où qu’ils se trouvent.  Les dictatures successives qui ont sévi ont fait des victimes partout : en Basse Guinée, Moyenne Guinée, Haute Guinée et Guinée forestière.

Pourquoi donc les guinéens qui ont incontestablement en partage les horreurs politiques des pages sombres de leur histoire, et l’énorme retard économique de leur pays commettraient-ils l’erreur fatale de coexister en ennemis jurés prêts à s’anéantir, emportés par la toxine de l’exclusivisme ethnique ?  Qu’on arrête d’instiller la crainte et de développer une psychose de peur, car la Guinée doit vivre et survivre à cette transition qui, plus que n’importe quelle autre épisode de notre histoire a suscité les plus gros espoirs pour une Guinée meilleure.

Aujourd’hui on doit avoir le courage et l’honnêteté de laisser le verdict des urnes donner aux guinéens le Président qu’ils méritent. Les manœuvres dilatoires et les velléités de fraude qui polluent l’atmosphère politique, réserveront à leurs auteurs l’impitoyable sort qui frappe toujours ceux qui s’opposent à la volonté populaire.

Pour une reconversion des mentalités.

L’instauration d’un état de droit dirigé par un Président de la République démocratiquement élu ne peut permettre au citoyen de s’épanouir que si son bien-être moral et matériel est assuré.  La démocratie dans la pauvreté et la précarité devient facilement inodore et sans saveur.  Une grande figure politique sénégalaise a eu raison de dire qu’ « une élection est aussi importante qu’un plat de riz ».

Nous devrons faire en sorte que notre démocratie balbutiante aille de pair avec le progrès économique et social.  Qu’elle soit un moteur du développement du pays.  Ceci ne sera possible que si nous apportons au lendemain de l’élection une réponse convenable à la question fondamentale : Comment répondre à l’appel de la République ?

Pour ma part, je dirai qu’il nous faut nous remettre en question dans notre perception de nos droits et de nos devoirs en tant que citoyens, dans notre attitude face au travail créateur, dans notre capacité d’incarner un certain nombre de valeurs morales et d’avoir une vision prospective pour le pays.

Il nous faut rompre avec la facilité, le gaspillage, l’irresponsabilité, l’incivisme, la « débrouille » et cultiver le goût de l’effort, l’esprit de partage, l’amour de la vérité, le sens de l’équité.

Il nous faut respecter le patrimoine public, le sacraliser, l’entretenir, le renforcer.  Il nous faut respecter et faire respecter les lois de la République en tout lieu et en toute circonstance.

Il nous faut, pour tout dire, être des citoyens patriotes intègres plutôt que des démagogues impénitents, des délateurs à tout vent, des prédateurs, des insouciants.

Ces exigences feront le guinéen nouveau dont le pays a besoin pour accompagner le Président de la République démocratiquement élu dans la mise en œuvre et la réussite de son programme en vue de tirer la Guinée des ténèbres vers la lumière.

Ce guinéen nouveau sera le politicien rassembleur, l’enseignant motivé et dévoué, le magistrat incorruptible, l’administrateur courtois et disponible, le diplomate fidèle aux exigences de sa noble mission, le médecin consciencieux et respectueux, de son serment, le douanier honnête, l’agent de sécurité intègre, le militaire profondément acquis à la cause républicaine de sa mission, le commerçant et l’industriel en règle vis-à-vis de la législation fiscale, le paysan travailleur etc.

Qu’il soit Peulh ou Soussou, Malinké ou Guerzé, Koniagui ou Konianké, Kissi ou Toma, qu’il soit musulman ou chrétien, homme ou femme, c’est avec ce guinéen nouveau et seulement lui, que le Président élu voudra et pourra travailler pour le bonheur de la nation.

Il n’aura pas besoin de ceux qui le flatteront le jour pour le haïr la nuit, de ceux qui abuseront de sa confiance pour étaler leur incompétence.  Il n’aura pas besoin autour de lui d’intrigants présomptueux à la conscience délabrée, d’intellectuels bardés de diplômes mais incapables de loyauté.  Il travaillera avec ceux qui portent la Guinée dans leur cœur et qui, en véritables acteurs du développement, qualifieront chaque jour son image sous la lumière éternelle de l’histoire.

    Alpha Oumar DIALLO
    Ministère des Affaires
    Etrangères, de l’Intégration
    Africaine et de la Francophonie
    (Ancien Chef de Cabinet)


 

2 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Alpha Oumar DIALLO (Bali De Yeimbérein)11/09/2010 09:47:19
Comme seul Dieu sait le faire, les "Alpha Oumar se suivent et se ressemblent.
"Tököra", je te recommande chaudement la lecture de mon dernier ouvrage ("Dessine-moi la Guinée!" aux éditions L'HARMATTAN) pour comprendre que, depuis bientôt trente ans, d'autres compatriotes s'échinent à conscientiser des guinéens à la meilleure GUINEE pour tous les Guinéens...Formidable réflexion dont devraient s'inspirer tout le monde. Bon courage continuation!
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alphadjo késsouré11/09/2010 15:12:28
vous parlé de l'apres transition, de l'avenir du pays.Il y'aura meme pas d'elections, le rpg sais quelle a perdu la bataille. donc alpha condé va faire tous pour capoté l'election et l'armé vais saisir cette occasion pour se mainténir au pouvoir.cellou est un type mou il va dans un combat d'arme a feu munis d'un couteau