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Le devoir d’implication de la communauté internationale


2010-09-24 05:46:05

Désormais le processus électoral est fortement marqué par la défiance et la confusion. A tous les niveaux, les acteurs ne se font plus confiance, et on a de moins en moins  l’impression que des procédures, qui devraient pourtant être inscrites dans le marbre, soient respectées dans la lettre ou dans l’esprit (une tentative pour modification de la constitution par décret, condamnation de membres d’une institution jouissant pourtant d’une immunité). La dernière illustration de cette ambiance délétère nous est fournie par le dernier épisode de la désignation d’un successeur à Ben Sékou Sylla à la tête de la CENI. Aujourd’hui, disons-le, les institutions de la République n’inspirent plus confiance, ce qui est grave dans le contexte actuel.

Si aujourd’hui la confusion a remplacé la relative clarté du premier tour, c’est aux autorités de la transition qui, par incompétence ou par malveillance, l’ont laissé grandir, que nous le devons. C’est pourquoi il faut résolument et davantage impliquer la communauté internationale.

Œuvre de démolition de la cohésion nationale, mode d’emploi

Au lieu de défendre les institutions de la République, comme l’aurait fait le gouvernement de n’importe quel pays du monde, les autorités de la transition, en la personne du Premier ministre, ont, dès le lendemain des élections, tiré à boulets rouge sur la CENI, sous l’indifférence incompréhensible du Général Konaté, pourtant premier gardien des institutions. Il est possible qu’un candidat malheureux émette des critiques ; mais que les pouvoirs publics tancent leurs propres institutions, en reprenant à leur compte ses arguments  est un des nombreux traits de l’exception guinéenne. L’une des conséquences de cette attitude est que les autorités de la transition donnent l’impression de prendre faits et causes pour un candidat, surtout qu’elles n’interviennent pas lorsque ce dernier entame des actions contre la CENI, au mépris de la loi. Mais le pire, c’est le fait que de telles attitudes contribuent à l’affaiblissement ou à l’instrumentalisation, à des fins partisanes, des institutions de la République. Or un pays dont les institutions ne jouissent pas du respect et de la confiance des citoyens   est exposé à de terribles régressions. Un des risques majeurs à cet égard, c’est le retour à l’ « état de nature » si bien décrit par le philosophe Thomas Hobbes, et qui se caractérise par la loi du plus fort, ou du plus cynique. En effet, dans la mesure où le contrat social n’est plus respecté, on s’installe dans un système dans lequel  les règles qui régissent nos rapports peuvent être systématiquement modifiées au gré des intérêts de ceux qui sont le plus à même de les imposer aux autres : c’est la jungle, l’ « état de nature ». L’absence de contrat social (ou moral, comme on veut), est pire que d’avoir un président mal élu, pour cinq ans. En effet, si entre Guinéens il ne peut exister de parole donnée, de règles acceptées par tous, alors  l’imprévisibilité des comportements,  l’incertitude et la méfiance qui résulteraient d’une telle situation sonnerait à coup sûr le glas de tout espoir de cohésion nationale. Et de fait, si la CENI fait aujourd’hui l’objet d’un tiraillement de la part des deux candidats, c’est parce que le soupçon a fait place au désir commun de sortir de cet état d’exception dans lequel vivent les Guinéens depuis trop longtemps; tout président guinéen de cette institution sera désormais soupçonné par un des camps d’arrière–pensée partisane.

L’implication directe de la communauté internationale

Disons-le donc : puisque nous ne nous faisons plus confiance, et encore moins à nos institutions, la CENI dans le cas d’espèce, nous devons, pour sortir de l’impasse, nous en remettre à l’arbitrage d’un tiers. Il faut donc, si ce sont des élections transparentes et apaisées que nous voulons, soit les faire organiser par des institutions internationales (ONU, CEDEAO, groupe de contact, etc..), soit (et je ne plaisante pas) attribuer d’urgence à l’une de ces institutions la présidence de la CENI et la centralisation des résultats.  Et le faux argument de la souveraineté nationale  ne fait pas ici le poids face au risque de guerre civile qui nous menace. De même, l’idée d’une communauté internationale malveillante, ou ignorante des réalités nationales est aujourd’hui de moins en moins recevable. Et surtout, les guinéens savent désormais, depuis un demi-siècle, qu’ils ont eu moins à souffrir de la communauté internationale que de ceux qui se sont souvent autoproclamés leurs dirigeants. C’est donc une mesure de salut public avant qu’il ne soit trop tard. Elle est d’autant plus salutaire que dans les faits la question de la neutralité de l’Etat dans ce pays est posée. En effet, un Etat c’est avant tout la mise en œuvre  de règles et de procédures claires, acceptées par tous, et qui s’appliquent également à tout le monde. Quand on a d’abord l’impression que certains peuvent « interpréter » abusivement la loi, avec une certaine complaisance des autorités, au point qu’on peut dire qu’ils font la loi au lieu de la suivre, et que d’autres sont immédiatement contrés dans leurs droits les plus élémentaires (voir les menaces suscitées par le projet de ville-morte, il ya quelques jours), il y a de quoi s’interroger sur la pérennité de la cohésion nationale.

La gestion de ces élections est désormais devenue une sorte de bombe à retardement ; et quoi qu’on dise, c’est avant tout un énorme échec pour les autorités de la transition qui, pour employer un euphémisme, ont montré une ambiguïté coupable. On est désormais loin, très loin  d’un « remake » d’ATT chez nous ; la photocopie devient de plus en plus pâle, et les lauriers ont été trop hâtivement tressés. La moindre des conséquences de cette attitude c’est d’avoir introduit pour longtemps le soupçon et la méfiance entre les Guinéens. Le pire est le risque très réel de guerre civile. Et ceux qui sont aux commandes aujourd’hui doivent se souvenir qu’ils sont observés par le monde entier, et que le moindre dérapage leur sera imputé. A cet égard, Konaté devrait se rappeler qu’il aura plus à perdre dans cette histoire que n’importe qui d’autre, en tout cas beaucoup plus que tous les conseillers officiels et occultent qui ont aujourd’hui son oreille. Eux ne sont en aucun cas visés par les Nations-Unies pour des informations complémentaires concernant les horreurs du 28 septembre dernier. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter, si l’on veut la paix et la sérénité, à faire appel à des parties dont la neutralité est reconnue par tous.

 

Barry Abdourahmane


 

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VOS COMMENTAIRES

ds24/09/2010 14:07:08
Je suis tout à fait d'accord pour que ces élections soit organisées et supervisées par les institutions internationnales en l'occurrence l'ONU ou le Groupe international de contacte sur la Guinée, qui paraîssent plus crédibles.
C'est vital pour le peuple de Guinée avant que ça ne soit trop tard car l'horizon est sombre, avec le mutisme du Général Sékouba, la volonté des autorités de la transition d'imposer leur volonté au peuple de Guinée, ils jouent avec le feu. On ne se laissera plus faire, s'ils ne respectent pas notre volonté, ils nous trouveront sur leur chemin. La politique d'intimidation des autorités ne nous fera reculer d'un seul pad, nous sommes déterminé à aller jusqu'au bout car nous sommes tous guinéens, égaux en droits et en devoir, que ça soit claire pour les autorités.
Ollaid24/09/2010 15:52:07
Vous venez de toucher du doigt ce qui m'irrite le plus en Guinée:"la souveraineté" nationale. Quel souveraineté pour un pays comme la Guinée que meme le Sénégal par Wade a tenté de régenter? Lorsque les Guinéens, Certains comme ceux du RPG, sont sur le point de mettre le feu en Guinée parce que leur leader est sur le point de perdre, la notion de souveraineté est secondaire et sans importance! Il faut l'implication de la CEDEAO et l'ONU de facon active et non frileuse et hypocrite. Au point ou nous en sommes, seule leur implication active peut sauver la Guinée car ce ne sera pas le binome, "Couple" Doré-Alpha Condé et Konaté en collusion qui va jouer fair-play et dans la transparence. Konaté a fini par dévoiler son jeu et sa préference. Il fait comme Dadis: il dit une chose pour les nigauds qui veulent l'écouter et agit selon son intention. A croire que les Guinéens restent mentalement des enfants. Ils s'endorment sous de belles paroles pendant que celui qui gouverne les embastille. REVEILLEZ VOUS!
Baldems24/09/2010 20:15:03
Si la communauté internationale veut sauver la Guinée, c'est le bon moment de la mettre sous tutelle des nations unis ou de la CEDEAO pour gérer le reste de la transition et organiser les élections (jusqu'aux législatives et locales). Il est ridicule de parler aujourd'hui de souveraineté face au risque que courre le pays. Lorsqu'un simple candidat peut faire condamner le président d'une institution malgré son immunité, lorsque ce candidat peut révoquer qui il veut et nommer qui il veut à la tête de l'institution arbitrant les élections, alors, il faut lui donner le pouvoir sans déranger les citoyens ou s'attendre à de terribles conséquences en voulant détourner le résultat de leur choix.