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2010-10-05 05:16:11
J’ai cessé de participer au débat guinéen à la mi-mars 2010. Le pays semblait, malgré les cris d’alarme de nombreux observateurs, se diriger encore vers sa destination prisée de rendez-vous manqués. Nous avons encore, par une élection présidentielle précipitée, conduit sciemment le pays à une impasse. Nous avons refusé de tirer les leçons de l’échec de la transition Kouyaté ayant conduit à la transition chaotique actuelle du CNDD.
Je reviens au débat, car malgré mes réserves vis-à-vis de l’accord du 15 janvier 2010 de Ouagadougou et toute ma frustration avec la classe politique guinéenne, nous devons nous concentrer sur l’essentiel : éviter le syndrome haïtien en parachevant la longue lutte démocratique engagée depuis 1991 et accélérée depuis 2006.
Quelque temps après l’accord de Ouagadougou, j’ai lu un papier sur le net signé par je pense le doyen Ansoumane Doré de Dijon mettant les guinéens en garde contre le syndrome haïtien. Il présentait la longue histoire de cet autre pays au destin manqué. Depuis un certain temps, cette histoire m’interpelle et j’ai du mal à croire à notre capacité de sursaut national.
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Les Forces Vives ont en janvier-février 2007 engagé une quasi-révolution. Lansana CONTE a du lâcher du lest, un Premier Ministre aux larges pouvoirs, malheureusement non consignés dans la constitution, lui était imposé. Ce Premier Ministre et celui nommé par le CNDD au lendemain de leur coup d’état étaient des quatre (4) du « short list » présenté à Lansana CONTE par les Forces Vives. Aucun des deux (2), 50% du « short list », n’a pu se mettre à la hauteur de la tâche. L’échec du premier a en fait préparé l’arrivée au pouvoir du CNDD.
Ce CNDD nous a engagé dans une transition chaotique dont la fin se révèle aujourd’hui élusive, malgré la limite de six (6) mois proclamée par l’accord de Ouagadougou. Les Forces Vives, conviées par cet accord, se trouvent un autre Premier Ministre en dehors du « short list » des quatre (4). Ce dernier faisant partie des quatre (4) leaders historiques de la démocratisation engagée depuis 1991 se révèle pire. Les deux (2) officiers mis en avant par le CNDD pour conduire la transition, le capitaine Moussa Dadis CAMARA et le général Sékouba KONATE sont tous du registre Robert GUEI.
Alpha CONDE, jeune leader estudiantin panafricain militant dans les années 50 pour l’indépendance et l’unité africaine, fut un opposant historique contre la dictature d’Ahmed Sékou TOURE et un des pionniers de la lutte démocratique contre le régime despotique de Lansana CONTE. Il se révèle aujourd’hui pyromane, prêt à brûler la Guinée afin de punir la majorité des guinéens lui ayant refusé son vote.
Après un demi-siècle de dictature, cette succession malheureuse de trois (3) Premier-Ministres des Forces Vives, de deux (2) chefs de junte aux professions de foi sans lendemain et la façon dont Alpha CONDE, l’un des pionniers de la démocratisation de la Guinée, a aujourd’hui saboté le processus électoral, fait sérieusement douter de la capacité des guinéens à éviter un destin haïtien. La sortie de Sékouba KONATE dans une interview avec RFI, indiquant une volonté claire d’empêcher le choix du prochain Président de la Guinée par un vote souverain du peuple confirme ce diagnostic pessimiste.
Mais El hadj Cellou, son alliance des bâtisseurs, la majorité des guinéens ayant voté pour eux et les amis de la Guinée au sein de la communauté internationale ne doivent pas baisser les bras. Le plus urgent n’est plus d’aller au second tour le 10 octobre 2010. Il s’agit désormais de trouver d’autres arbitres car le Président et le Premier Ministre de la transition se sont disqualifiés.
Le Directoire de supervision de la CENI proposé par le CNT, le Secrétariat à la Présidence et le Conseil Economique et Social doit certes avoir un guinéen accepté par les deux (2) finalistes de la présidentielle à sa tête, mais il doit aussi comporter des représentants du Groupe de Contact International, du Médiateur, de la CEDEAO, de l’UA et de l’ONU.
Les Forces Spéciales de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL) doivent aussi, sur la base du point 9 de l’accord de Ouagadougou, comporter des troupes d’élite de la CEDEAO renforcées par des éléments de l’UA et de l’ONU avec un ratio de dix (10) membres internationaux pour 100 militaires guinéens. Cette force d’élite renforcerait les éléments républicains au sein des forces de défense et de sécurité guinéennes, elle devrait rester en Guinée après les élections pour protéger le nouveau président élu et l’aider à restructurer les forces de défense et de sécurité guinéennes.
Il serait aussi nécessaire d’avoir une implication de la communauté internationale dans la réforme de la justice guinéenne. L’aide internationale serait aussi précieuse dans la poursuite et le jugement des responsables de l’hécatombe du 28 septembre 2009. Ce procès pourrait servir de lancement à un processus de justice et vérité devant permettre aux guinéens de s’engager dans un dialogue thérapeutique de réconciliation nationale durable, revisitant toutes les violations des droits de l’homme de leur histoire.
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Les forces antidémocratiques ne baisseront certainement pas les bras. Face à leur résistance, nous ne devons pas exclure la lutte armée de libération comme ultime recours et le soulèvement populaire comme mesure conservatoire contre la suspension du processus électoral. Mais prenons le temps de planifier et élaborer une stratégie de lutte et épuisons d’abord toutes les voies de recours démocratique et diplomatique ; pendant ce temps:
Alpha O BARRY
maareya@mweb.co.zw
VOS COMMENTAIRES | |
| citoyen | 05/10/2010 12:28:14 |
| J'ai constaté dépuis hier, l'absence des pages Web du site de Guinée58. Qu'est ce qui se passe? Censure ou quoi? | |
| Thierno Samba | 05/10/2010 17:15:07 |
| Vous avez bien dépeint la situation et proposer des solutions de sortie de crise adaptées.En effet si chaque camp tient à la transparence pourquoi refuser que nos partenaires qui sont neutres ne doivent nous aider à garantir l'impartialité de la CENI?Ils nous envoyer plus de 80% des financements pourquoi pas leur présence pour éviter les accusations mutuelles de partialité des membres de la CENI. Nous voyons bien maintenant les véritables intentions de KONATE qui est en fait l'instigateur occulte de la pagaille pour justifier son maintien par la force au pouvoir.Toute sa stratégie consiste à nous écœurer des politiciens qui ne s'entendent pas pour permettre aux militaires de garder le pouvoir.Aussi il ne faut rien attendre de lui pour résoudre le conflit de la CENI, il est plutôt de la responsabilité du médiateur et du Groupe de contact de s'impliquer et d'appuyer cette proposition d'une nouvelle CENI composé comme vous le dites pour éviter les affrontements et le chaos. | |