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2010-10-13 22:02:41
La Guinée vient d’ajouter une bien mauvaise distinction à son palmarès déjà peu reluisant. C’est le seul pays au monde ou entre les deux tours d’une même élection présidentielle, les électeurs, pendant plus de 3 mois, ont été empêchés de voter pour élire leur président. C’est un record ! En fait, du jamais vu et tenez-vous bien le compteur continue de tourner. Même la Cote d’Ivoire a fait mieux ! Au moins eux, n’ont pas accepte d’organiser le premier tour. Encore une fois, la Guinée se singularise et montre qu’elle ne peut obéir à aucune norme internationale tant qu’elle est maintenue dans cet état d’exception.
A qui la faute ? Il est clair que la responsabilité de tous les acteurs de la transition est engagée. Le Gouvernement, le Conseil National de Transition (CNT) et la Commission Electorale Nationale et Indépendante (CENI) doivent tous répondre devant la population guinéenne de tout dysfonctionnement ou dérapage du processus électoral. Il est clair pour tout le monde qu’aujourd’hui notre système électoral est bloque et le pays tout entier pris en otage a cause des multiples exigences posées par l’un des candidats en lice pour le second tour. Ce qui ne devrait pas être dans l’ordre normal des choses.
Mais notre propos ici n’est point cette fois de situer les responsabilités, mais de faire un constat et proposer des solutions pour éviter de tels dérapages dans le futur.
Nous sommes dans une situation ou la loi et les institutions républicaines, au lieu d’être respectées et suivies, font l’objet de toutes les manipulations de la part de certains politiciens et groupes d’intérêts qui ont fini par les vider de toute leur essence. A tel point que ce n’est plus l’intérêt de la majorité qui compte mais plutôt celui des individus qui parviennent à imposer leurs préférences et leurs désirs aux institutions qui nous gouvernent.
Sinon comment expliquer qu’un candidat a une élection nationale pose les conditions de sa participation à cette même élection et qu’il arrive par des moyens détournés à influencer le choix de la date du scrutin ? Surtout quand il a déjà pris part au premier tour dans un peloton de 24 candidats et qu’il ait accepte les résultats du scrutin ! Il y a la quelque chose de bien étrange.
La seule explication plausible, et que beaucoup ont déjà compris, est qu’il y a une volonté manifeste d’organiser un « hold up » électoral et tricher en pipant les des a l’avance.
Il faut se rendre à l’évidence ! Les dysfonctionnements qui ont été observes au premier tour de l’élection présidentielle ont affecte tous les candidats de la même manière. Mais on veut faire croire à l’opinion publique que c’est un seul candidat qui en a été victime et par conséquent on ne peut pas aller au deuxième tour tant que ses griefs n’ont pas été résolus. Bon sang ! Quelle façon de voir les choses !
Le favori de l’élection présidentielle a perdu 290 000 voix à la suite de l’annulation du vote dans la commune de Ratoma qui est l’une des plus importantes du pays. Il a été prouve que si on avait ajoute Ratoma au total recueilli par le candidat, il aurait passe au premier tour avec 53% des suffrages. Sans compter qu’il y a eu un grand nombre de bulletins annules dans les régions de Mali et Gaoual.
D’autres candidats en ont aussi souffert comme le candidat de l’UFR qui a vu les votes de Matam purement et simplement annules par la Cour Suprême qui n’a pas reçu les procès-verbaux de cette commune a temps.
C’est dire donc que les conditions dans lesquelles cette élection s’est déroulée ont été les mêmes pour tous et aucun des candidats n’a en réalité bénéficié des dysfonctionnements survenus au premier tour.
Mais quand on cherche à instrumentaliser ces dysfonctionnements en les qualifiant de fraudes massives juste dans le but de retarder le processus électoral et prendre un avantage illégal sur le concurrent, il y a de quoi s’inquiéter !
Dispositions constitutionnelles
C’est pourquoi des dispositions constitutionnelles doivent être prises pour éviter ce genre de manipulations. Aussitôt que le second tour aura été conclu, le Conseil National de Transition (CNT) doit s’atteler a cette tache.
Une loi organique devrait fixer la date et la période à laquelle les élections doivent se tenir en République de Guinée. Une loi que personne ne pourrait transgresser. Par exemple on pourrait décider que l’élection présidentielle doit avoir lieu tous les cinq ans dans la première quinzaine du mois d’octobre. Les élections législatives pourraient se tenir tous les cinq ans, dans la première quinzaine du mois d’Avril. Qu’il vente ou qu’il pleuve, que tel candidat soit prêt ou pas, les élections doivent obligatoirement se tenir a la date indiquée car prescrite par la loi. Il ne faut pas se leurrer c’est comme cela que les choses se passent dans les vraies démocraties. Mais vouloir laisser cela au bon jugement des gouvernants et des politiciens c’est s’exposer a tous les risques.
Si les irakiens ont pu participer à une consultation électorale sous une pluie de bombes et que les afghans ont pu faire de même malgré les menaces des talibans, je ne vois pas pourquoi on refuserait aux guinéens le droit d’aller voter a cause d’un nombre insignifiant de bureaux de vote qui n’ont aucune incidence sur le résultat final.
Une autre loi devrait mandater la future Haute Autorité de la Communication pour organiser un débat télévisé entre les deux candidats admis au second tour de l’élection présidentielle. Un débat qui sera axe sur la présentation des projets de société des deux camps et qui sera anime par un panel de trois journalistes. Tout candidat qui refuserait de se soumettre a une telle épreuve serait automatiquement disqualifie au profit du suivant sur la liste qui serait prêt a respecter les règles. C’est clair ! Pour mettre fin a la manipulation, il faut fermer tous les échappatoires.
Si toutes ces dispositions légales sont prises et que les trois branches du gouvernement tiennent absolument à les faire respecter, le processus démocratique en Guinée prendrait a coup sur un grand bond en avant.
Thierno Sadou Diallo
Economiste / Sadou.washington@yahoo.com