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Lettre à Ban Ki Moon à propos du processus électoral en Guinée.2010-11-05 01:37:34 Chers compatriotes, chers amis de la Guinée, Face à toutes les difficultés qu’on a rencontrées dans la transition démocratique guinéenne et face aux récents événements qui se sont produits au pays, l’IBCG, des associations et intellectuels guinéens à travers le monde ont adressé une lettre en deux parties au Secrétaire Général des Nations Unies. Nous vous les faisons lire, maintenant qu’elles être arrivées au destinataire (par voie postale). Les signatures comportant des adresses, nous les retirons de la version publiée. Merci pour votre compréhension ! 1 - LettreMonsieur Ban Ki MOON Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies Copie à : Objet : demande d’assistance à population en danger et une plus grande implication de l’Organisation des Nations Unies et de la communauté internationale dans l’organisation des élections en République de Guinée Nous avons l’honneur de solliciter l’assistance de vos organisations afin d’empêcher un affrontement inter ethnique et une meilleure organisation des élections en République de Guinée. Depuis samedi 23 octobre 2010 des violences à caractères ethniques ciblant les Peuls ont éclaté dans la capitale dans les quartiers favorables au Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) du candidat Alpha Condé et de ses amis regroupés dans « L’Alliance arc-en-ciel » ainsi qu’en Haute Guinée dans les villes de Siguiri et de Kankan et en Guinée forestière fiefs électoraux de cette alliance. Ces violences à caractère ethnique ont occasionné des morts, des blessés et l’exode des populations peules vivant dans les régions de la Haute Guinée et la Guinée forestière pour se rendre dans des zones plus sûres. Ces populations inscrites sur les listes électorales de ces régions ne peuvent tout simplement pas voter au second tour. Ces violences sont intervenues après les accusations lancées la veille, le vendredi 22 octobre par l’alliance Arc-en-ciel sur l’ « intoxication » ou « l’empoisonnement » de certains de ses militants. Les partisans d’Alpha Condé ont affirmé que certains de leurs militants ont été « empoisonnés » ou « intoxiqués » en consommant des boissons et des yaourts lors du meeting de vendredi après-midi. Ces accusations qui imputent les empoisonnements aux Peuls ne reposent sur aucune enquête et sur aucune preuve. Il est d’ailleurs important de rappeler que le principal fabriquant de yaourt en Guinée est l’un des leaders politiques de l’Arc-en-ciel en l’occurrence Mamady Diawara du parti pour la Solidarité et le Travail (PTS) connu sous le nom de Mamady yaourt Guinée. Selon Monsieur François Fall « Depuis hier nuit, nous sommes au chevet des malades. Le Pr Alpha a fait ce matin deux fois le tour des hôpitaux. On a constaté qu’il y a des malades couchés à même le sol. A l’hôpital Ignace Deen, les médecins n’ont même pas été capables de trouver des médicaments pour donner aux malades. Le Pr Alpha lui-même a pris la liste de médicaments prescrits. Et l’alliance Arc-en-ciel est en train de chercher ces médicaments en ville pour mettre à la disposition des hôpitaux ». Cependant selon la directrice d’hôpital de Ignace Deen « il n’y a pas eu de décès ni de cas inquiétants ». Les violences déclenchées par les militants de l’Alliance arc-en-ciel sans avoir attendu les conclusions d’une quelconque enquête et surtout l’imputation de ces accusations à une ethnie toute entière montre la logique de va t-en guerre prônée par les membres de cette alliance. Elle est une escalade dans les propos de ses responsables notamment Monsieur Alpha Condé qui a bâti toute sa campagne sur la phobie des Peuls les assimilants à des étrangers et voulant les opposer aux autres communautés avec lesquelles lesquels ils cohabitent et partagent un destin depuis des siècles. Des propos contre les Peuls à l’incitation à la haine ethnique de Monsieur Alpha Condé Les accusations faisant des Peuls ceux qui ont voulu empoisonner les militants de l’arc-en-ciel rentrent dans une stratégie d’ethnicisation du débat politique par le candidat Alpha Condé. -Mais après le premier tour où il a obtenu 18% des voix, alors que son adversaire principal arrivé en première position en a eu 43% et que le candidat arrivé en troisième, l’ancien Premier Ministre Sidya Touré avec 13% s’est rallié à Cellou Dalein Diallo, la campagne de l’Arc-en-ciel va se focaliser sur le débat ethnique. C’est ainsi que l’ancien gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée Fodé Soumah connu sous le pseudonyme de Aldjanna Fodé (Paradis Fodé) va demander aux habitants de Boké (ville de la Guinée maritime, à majorité Soussou) de voter pour Alpha Condé car sa mère est soussou. Après la décision de Monsieur Sydia Touré de rejoindre l’alliance de Cellou Dalein Diallo, Monsieur Condé se permet d’affirmer sans aucun sondage ou autre étude qui puisse étayer ses propos, que Sidya Touré a perdu sa base électorale et il a assuré que lui Alpha Condé « je suis soutenu par la Basse et la Haute Guinée et la Guinée forestière. C'est l'expression du refus de la volonté de domination des peuls » (Le Monde 2 sept 2010). Et sur la chaîne de télévision française télésud il soutient « Sur les 24 candidats au premier tour, les 18 ont fait alliance avec moi. Sur les 4 Peuls leaders, 2 sont dans mon alliance et les autres disent qu’ils ne donnent pas de consigne de vote. Aucun candidat peul n’a rejoint Cellou Dalein alors que tous les candidats malinkés sont venus derrière moi. C’est pourquoi cette alliance s’appelle Arc-en-ciel ». Alors que les dernières violences étaient en cours, le dimanche 24 octobre, Alpha Condé s’exprimant sur la chaîne française France 24 a déclaré qu’il a rattrapé le retard qu’il avait face à son principal concurrent. Interrogé par un quotidien français sur les risques de violences intercommunautaires -- notamment entre les peuls représentés par M. Diallo et les malinkés par M. Condé --, Alpha Condé a déploré "une ethnicisation du débat par les peuls". "Ils ont dit "c'est notre tour". Le résultat, c'est qu'ils ont mobilisé les Guinéens contre eux ». Une telle accusation de Monsieur Alpha Condé est purement fortuite dans la mesure où son adversaire n’a jamais orienté le débat politique sur des bases ethniques. Nous mettons l’Alliance arc-en-ciel au défi de nous dire le moment et les circonstances où son adversaire politique du second tour aurait tenu de tels propos. C’est dommage qu’un candidat septuagénaire qui prétend se battre depuis plus de cinquante ans pour l’instauration d’un Etat de droit et qui vit depuis des dizaines d’années dans l’une des plus vieilles démocraties du monde, en l’occurrence la France n’ait pas d’autre programme politique que l’expression de la haine à l’égard d’une composante de la Nation dont il aspire la magistrature suprême. Après les mots tendancieux où ils stigmatisent les Peuls, les militants et sympathisants de l’Alliance arc-en ciel vont progressivement passer aux actes qui vont atteindre l’horreur avec les violences du week-end précédent. Le 2 août, plus d’un mois après les résultats du premier tour dont il était un des rares candidats parmi les vingt quatre à n’avoir pas contesté, n’ayant pas fait de recours à la Cour suprême à laquelle son parti a demandé de valider les résultats proclamés, Alpha Condé déclare « « J'ai mis en cause certains membres de la CENI. Il faut que cela soit clair et que les suffrages de nos militants ne soient plus détournés. Nous allons demander à nos militants de faire respecter leurs suffrages. Nous voulons la paix dans ce pays. Nous ne voulons pas que ce peuple soit privé de ses suffrages. Si au second tour le suffrage de nos électeurs n'est pas pris en compte, nous ferons appel à nos militants ». Quelques semaines après cette déclaration, le 8 septembre c’est contre toute attente que la Coordination régionale mandingue (celle de Haute Guinée) est sortie de son rôle culturel et religieux et a été reçue par le Premier Ministre Jean Marie Doré pour faire des revendications dans le sens de celles d’Alpha Condé. Les trois autres coordinations régionales se sont jusque là gardées de faire des revendications politiques ou d’exprimer des menaces de boycott du second tour des élections. Depuis la survenance des attaques qui conduisent des milliers des Peuls à quitter les régions de Haute Guinée et de Guinée forestière cette Coordination régionale ne s’est pas exprimé pour apaiser les tensions et rassurer les populations. Le pays connaît l’escalade à partir du samedi 12 septembre, le dernier week-end devant précéder la tenue du second tour qui était initialement fixé au 19 septembre avec les affrontements entre les militants des deux partis finalistes dans le quartier Hamdallaye où se trouvent les sièges des deux partis, le Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) et l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Ces affrontements vont provoquer des morts, des blessés et d’importants dégâts matériels. Instauration d’un climat de terreur en vue de dissuader les électeurs Depuis les affrontements du week-end du 12 septembre 2010, la fin officielle de la campagne et l’approche de la date sans cesse repoussée du second tour, sont sources de violences. Incapacité et complicité des forces de sécurité et des autorités de la transition La FOSSEPEL Une semaine avant les affrontements, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a mis en cause l'armée et les forces de sécurité guinéenne pour les graves violations des droits de l'homme auxquelles elles se sont livrées quelques jours auparavant. Le Conseil a notamment indexé des éléments de la Force Spéciale de Sécurisation du Processus Electoral (FOSSEPEL). Le communiqué a indiqué son inquiétude sur le caractère ethnique de certaines violences. Des éléments de la FOSSEPEL ont participé à la répression des manifestants proches de Cellou Dalein Diallo qui réclamaient une personne neutre à la tête de la Commission électorale nationale. Le Conseil s’est dit « particulièrement préoccupé par le fait que certains membres des forces de sécurité semblent avoir fait des menaces, et même commis des agressions, sur la base de l'appartenance ethnique des victimes ou de leur affiliation politique ». La garde présidentielle et les forces de l’ordre La garde présidentielle a participé à de nombreuses reprises à des actes de violence à l’égard des militants de l’Alliance formée par Cellou Dalein Diallo. Le samedi 23 octobre 2010, des éléments de cette garde ont violenté le vice président de l’UFDG, Monsieur Oury Bah dans la concession du candidat Cellou Dalein Diallo alors que le président par intérim de la transition guinéenne le général Sekouba Konaté était en discussion avec le candidat de l’UFDG dans sa demeure. Il sied de rappeler que le général Sekouba est membre du CNDD qui a pris le pouvoir par un coup d’état au décès du général Lansana Conté. Il est le Ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée. Plusieurs membres de l’armée guinéenne sont mêlés aux atrocités du 28 septembre 2009 sans jamais avoir été inquiétés ou poursuivis en justice. Un rapport lui a été transmis par le général Cissé quant à la nécessité et aux moyens de restructurer l’armée guinéenne, rapport qui n’a pas été porté à la connaissance de l’opinion. Intimidation des militants des droits de l’Homme Les forces de sécurité mènent des campagnes d’intimidation à l’égard des militants des droits de l’homme. C’est ainsi que Monsieur Souleymane Bah de l’Organisation guinéenne des droits de l’Homme (OGDH) victime lors des évènements du stade du 28 septembre qui était invité à Paris par l’ONG Aide et Actions à témoigner pour l’anniversaire du massacre, a fait l’objet de menaces à son retour à Conakry. Le 23 octobre le président de l’ONDH, Aliou Barry, a été violemment frappé par la police. Selon plusieurs témoins, Aliou Barry aurait été arrêté par les forces de l'ordre puis roué de coups. La police l'aurait traîné dans un atelier pour continuer à le frapper à coups de crosse. Il a ensuite été conduit au commissariat de Hamdallaye où il a été retenu pendant près d'une heure avant d’être conduit à l'hôpital Ambroise Paré de Conakry pour y recevoir des soins. Complicité active du Premier Ministre Jean Marie Doré Après le démenti de la Directrice de l’hôpital Ignace Deen sur la gravité des allégations d’empoisonnement et d’intoxication alimentaire formulées par l’alliance arc-en-ciel, le Premier Ministre qui n’appartient pas au corps médical, a décidé de la limoger aux motifs que « Personne n’a le droit de dire quoi que ce soit sur cette affaire d’empoisonnement avant le rapport des vrais spécialistes. Malheureusement, la directrice a tenu des propos en présence des parents des victimes qu’il ne faillait pas ». Jean Marie Doré a sanctionné la directrice mais n’a pas pris de mesures contre les membres de l’arc-en ciel dont les portes paroles sont à l’origine de ces allégations. Il y a déjà quelques mois, les autorités de la transition ont enfermé, sans aucun motif et sans jugement, un ancien membre du RPG, Sekou Souapi Kourouma qui a mis en cause Alpha Condé dans les agressions rebelles de 2001. Les populations peuls et malinkés se côtoient dans le même espace géographique depuis des siècles et la colonisation française a favorisé leur cœxistence dans plusieurs pays de la sous région. Aujourd’hui qu’un candidat en manque d’idées politiques mette en cause le principe d’intangibilité des frontières adopté par l’Organisation pan africaine en considérant une composante de la Nation guinéenne comme étrangère au pays où elle vit depuis des siècles est très dangereux pour la stabilité de la Guinée et de l’ensemble de la sous région ouest africaine. L’éclatement d’un conflit intra étatique aura des conséquences néfastes dans toute la région, notamment dans de nombreux Etats voisins qui se relèvent à peine d’années de conflits sanglants et qui comptent en leur sein des ressortissants des deux communautés. Nous rappelons que les autorités actuelles de la transition ont été nommées à la suite de crimes que la commission d’enquête des Nations Unies a qualifié de crimes contre l’humanité. Que les principaux éléments de l’armée impliqués dans ces crimes n’ont jamais été punis et sont mêmes associés à la gestion du pouvoir. Il est peut être temps de mettre fin à l’impunité en Guinée pour favoriser l’émergence d’un Etat de droit respectueux des droits des personnes et des peuples. PS : joint à la présente un état des lieux de la situation politique actuelle depuis le premier tour des élections et quelques articles de presse.
SIGNATAIRES: ------------------------- 2 - Etat du processus électoral en GuinéeLe processus électoral engagé en République de Guinée depuis la conclusion de l’Accord de Ouagadougou le 15 janvier 2010 est aujourd’hui dans l’impasse. Cet accord prévoyait l’organisation de l’élection présidentielle dans un délai de six mois. Si le premier tour de cette élection a eu lieu le 27 juin 2010, l’incertitude la plus totale laisse subsister le doute quant à la tenue du second tour. Après plusieurs semaines de crise de confiance profonde vis-à-vis de la CENI qui ne montre plus des garanties d’indépendance, de neutralité et d’objectivité pour pouvoir organiser sereinement le second tour et les élections législatives, le général Sekouba, à trois jours de la nouvelle date donnée pour le second tour à savoir le 24 octobre, a nommé le général Malien Toumany Sangaré à la tête de la CENI.
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