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2010-11-23 01:19:43
La répression des manifestations postélectorales ordonnée par les autorités de la transition dans les banlieues de Conakry favorables au candidat de l’UFDG et dans les villes de Dalaba, Pita et Labé a généré une fois de plus des violences d’une barbarie inouïe perpétrées par les forces de l’ordre sur des citoyens désarmés.
Ces opérations commando meurtrières sont d’autant plus affligeantes et condamnables qu’elles revêtent à chaque fois un caractère ciblé, comme destinées à faire le maximum de victimes à des fins de dissuasion en prévision de la prochaine proclamation définitive des résultats du scrutin présidentiel.
Les dernières informations de sources fiables font états de tueries sauvages et d’actes d’humiliation innommables perpétrées par des forces de sécurité dont la mission semble être de « casser du Peulh » sans discernement. De paisibles citoyens sont ainsi pourchassés jusque dans leurs foyers où ils sont violentés ou tués, leurs femmes et filles violées, leurs biens pillés ou saccagés.
La signification profonde de ces vagues répétitives de violences anti-peuls est incontestablement à rapprocher avec la logique d’un vaste plan destiné à rétablir la suprématie ethnique malinké dans la vie politique et socio-économique du pays après les vingt-quatre ans de règne du Général Lansana Conté.
C’est dans ce cadre que s’inscrit le complot en cours qui a abouti à noyauter les mauvais accords conclus à Ouagadougou, pour en faire un outil politique au service de l’élection du leader du RPG. Tout avait été prévu sauf son faible score au premier tour par rapport à ses deux principaux concurrents, Cellou Dalein Diallo de l’UFDG et Sidya Touré de l’UFR qui l’avaient devancé tous deux avec les scores respectifs 33% et 27%. D’où une première manigance orchestrée par le Président de la transition, Sékouba Konaté, qui permit de disqualifier Sidya Touré au profit d’Alpha Condé dans des conditions peu glorieuses en juillet dernier.
Si la partialité de Jean Marie Doré s’est très tôt illustrée par des décisions équivoques telles que la campagne déguisée en Forêt et en Haute-Guinée pour soutenir le candidat du RPG, suivie par des nominations de sous-préfets instruits accessoirement pour d’inavouables missions, l’attentisme du Président par intérim lui ont longtemps permis de faire douter de sa participation active au projet d’imposer l’élection d’Alpha Condé.
La rocambolesque élection de Louncény Camara à la tête de la CENI orchestrée par Alpha Condé avec la bénédiction du pouvoir et sa récusation arrachée par Cellou Dalein et ses alliés au prix du sang versé de plusieurs citoyens innocents, n’en constitue pas moins une manifestation flagrante du complot d’Etat anti-peulh déguisé en phénomènes d’ethnocentrisme somme toute souvent inévitables en période électorale majeures en Afrique.
Les pitoyables scénarios d’empoisonnements de militants de l’alliance Arc-en-Ciel au cours d’un meeting du RPG à Conakry, destinés à provoquer un électrochoc de haine anti-peulh, se sont traduits dans les villes de Siguiri, Kouroussa et N’Zérékoré notamment, par la toute première purge ethnique jamais orchestrée officiellement en Guinée avec l’implication tacite des autorités préfectorales et la quasi complicité des forces de sécurité.
Si on ne peut pas encore parler objectivement de « complot des Malinkés » parmi lesquels j’ai des amis et mêmes des proches, force est de constater que la campagne de répression déclenchée par l’Etat contre les partisans de l’UFDG depuis le 15 novembre a toutes les caractéristiques d’une épuration ethnique.
De quoi s’agit-il exactement ? Après le scrutin du 7 novembre, chacun a vu comment Siaka Toumany Sangaré qui avait été « difficilement nommé » à la présidence de la CENI, a refusé d’annuler des votes entachés d’irrégularités en application de l’article 162 du code électoral. La seule raison ridicule invoquée pour cela et que je ne rappellerais même pas ici, laisse tellement perplexe que ce Général malien qui opérait déjà auprès de la CENI pour le compte de l’Organisation Internationale de Francophonie (OIF) a forcément déçu son monde.
A telle enseigne qu’il ne serait pas excessif d’imaginer que son empressement à proclamer les résultats provisoires du scrutin malgré les cas d’irrégularités et de fraude massive découverts par l’alliance CDP dans certaines villes spécifiques de Haute-Guinée, puisse au-delà des pressions politiques qu’il a subies de toutes parts, s’expliquer par un élan de ralliement à une sacro-sainte solidarité mandingue. Toujours est-il que le Général malien dont beaucoup avaient loué l’expertise en matière électorale, portera sur sa conscience une part des responsabilités dans les violences meurtrières que sa décision a entraînées.
Finalement, en reliant bout à bout les faits énumérés ci-après, l’on se rend compte à l’évidence de l’échec programmé du processus de démocratisation. Prescrit par les mauvais accords conclus à Ouagadougou, sa réussite dépendait trop de la sincérité politique du Général Sékouba Konaté et Jean Marie Doré qui se sont alliés à l’un des candidats pour vider les accords de toute leur substance. L’on peut ainsi citer:
- la complaisance avec la quelle le pouvoir a permis au candidat du RPG de retarder de quatre mois la tenue du 2nd tour de scrutin pour pouvoir mieux se préparer ;
- la pratique du « deux poids deux mesures » dont Jean M. Doré notamment a allègrement usé (et abusé) pour marquer sa préférence pour les partisans du candidat du RPG (Cf. différentes décisions de révocation de cadres proches de l’UFDG et mutisme devant les carences complices des autorités préfectorales à Siguiri et Kouroussa par exemple);
- le climat de terreur institué à des fins d’intimidation par le biais des éléments de la FOSSEPEL et de la garde présidentielle avant et depuis le scrutin du 7 novembre;
- la fuite en avant avec laquelle les observateurs étrangers, les organismes africains et internationaux se sont empressés de féliciter le vainqueur provisoire des élections alors que la Cour Suprême de Guinée est saisie de plusieurs réclamations pour fraude et irrégularités de votes par son adversaire;
- le fait tout récent que Sékouba Konaté affirme son désir d’assumer les fonctions de Ministre de la Défense dans le futur gouvernement comme pour dire que les requêtes en annulation de l’alliance des Bâtisseurs n’a aucune chance d’être examinées sérieusement par les juges de la Cour Suprême.
Pourquoi l’élection frauduleuse du candidat du RPG traduirait un échec du processus de démocratisation?
Un leader qui a fait de l’invective, l’incitation à la haine ethnique, l’ethnocentrisme et la manipulation par la corruption son fonds de commerce politique pourra t-il s’accommoder des qualités d’équité et d’ouverture requises pour rassembler et conduire tous les guinéens vers le destin national apaisé qu’ils méritent?
A en juger par certaines déclarations du candidat Alpha Condé, la ligne directrice de sa politique conduira l’Etat à renouer avec les pratiques dirigistes du PDG-RDA, comme il l’a d’ailleurs clamé solennellement « Je reprendrai la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée ».
Au vu des faits évoqués ci-avant, il me semble urgent de se poser quelques questions, au moins au niveau de la diaspora, avant d’aborder l’avenir incertain qui s’annonce pour notre communauté en particulier.
1. Que peut-on faire avant à la proclamation des résultats définitifs?
Les forces de l’ordre n’arrêteront pas de sévir contre nos ressortissants à Conakry et au Foutah dans le but d’imposer l’acceptation des résultats que la Cour Suprême va valider. Le pacte hégémonique militaro-politique conclu entre Sékouba et Alpha met de tels moyens de répression en jeu, qu’il ne sert pas à grand-chose que les jeunes manifestants affrontent des soldats armés qui n’hésiteront pas à tirer sur eux. Ne dit-on pas qu’à défaut de bras armés, il faut se servir de ses bonnes idées?
Ces derniers jours, trois articles parus sur le Net ont m’ont alerté par leur intensité dans l’appel à l’action concrète pour tenter d’influer sur le cours des dramatiques évènements imposés à certaines populations de Conakry et des villes de Dalaba, Pita et Labé:
- le frère Sadio Barry sur Guinéepresse.info (Cf. Message à la Coordination du Foutah et à la Cour Suprême: Pas de fachisme en Guinée) ;
- la sœur Bilguissa Barry sur Guinéeactu.com (libre opinion : Après cette élection… )
- la rédaction de guinéeactu.com (Cf. Appel pour une réplique magistrale).
De ces trois analyses - qui reflètent on ne peut plus fidèlement le climat de répression et d’exaspération artificiellement instauré par les autorités - on peut déduire que le mieux à faire dans l’urgence, c’est d’adhérer massivement à l’UFDG comme (moi) je vais le faire en essayant d’entraîner le maximum de patriotes autour de moi. Je suis persuadé que cette forme de soutien concrète qui reste somme toute à la portée de chacun au sein de la diaspora, peut contribuer à maintenir une dynamique d’unité.
Que l’on apprécie ou pas la personnalité et les méthodes de Cellou Dalein et quelle que soit la décision de la Cour Suprême, il aura tout de même apporté à sa communauté quelques raisons supplémentaires de fierté et d’orgueil, ce qu’aucun de ses illustres prédécesseurs n’avait réussi depuis l’indépendance.
En renforçant par un courant d’adhésions ce Parti, qui doit déjà être majoritaire dans le pays, il se créera l’écho unitaire inébranlable qui dénotera de notre rejet des agissements fascisants des autorités de la transition. Ce qui permettrait à l’UFDG de se maintenir en position de force dans une opposition où elle sera capable de peser sur la vie politique dans les cinq prochaines années de régime RPG-RDA d’Alpha Condé…
Sachant enfin que la prédominance malinké se renforcera dans les différentes institutions nationales, seul un contre-pouvoir constitué autour d’un parti d’opposition fort facilitera la défense des libertés individuelles et collectives, avec les médias s’ils ne sont pas bâillonnés de sitôt.
Le cynisme politique et la félonie ne réussiront pas éternellement à Sékouba Konaté, à Jean Marie Doré à leurs accolytes. Car, « L’on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » (Dixit. un curé parisien).
Nos associations, ONG et traditionnelles petites structures à caractère familial, villageois ou régional sont certes utiles pour maintenir et consolider la cohésion et la solidarité au sein des communautés, mais rien d’efficace ne se fera sans un grand parti d’opposition républicaine fort et capable d’entrainer une majorité de guinéens dans son sillage lors des prochaines élections.
2. Comment organiser l’avenir de la communauté sous le futur Etat RPG ?
Sachant le peu chances qu’il y’aura de voir la fraude massive et les irrégularités dénoncées par l’alliance Cellou Dalein Président prises en compte par les juges de la Cour Suprême, la problématique de l’avenir de la communauté peule vivant en Guinée peut être abordé de plusieurs façons.
a) L’idée de Bilguissa Barry consistant à « fédéraliser » le pays en quatre ou trois entités politiques largement autonomes, pourrait effectivement convenir au Foutah Djallon, mais faudra t-il que les Soussous, Malinkés, Forestiers y trouvent leurs intérêts? En tout état cause, cette « séparation » soulèverait tant de difficultés que seul le cadre de longues négociations permettrait de résoudre pacifiquement. Ce qui n’est pas réalisable avec les rapports de forces politico-militaires actuels : au mieux, il nous faudra une Coordination Régionale plus active et fiable, agissant de concert avec un parti politique consensuel qu’il reste à bâtir.
b) Il y a ensuite les autres solutions que l’on peut regrouper sous le vocable de « la résistance à l’Etat RPG-PDG que le pouvoir de transition a mis en place par des moyens torpillage du processus électoral».
c) Enfin, l’on peut toujours continuer à jouer les « porteurs d’eau » comme nos cadres politico administratifs, militaires et civiles, nos médecins et ingénieurs, nos enseignants et magistrats, nos petits et grands commerçants, nos filles, sœurs et nos sages, l’ont toujours fait depuis l’indépendance du pays. L’histoire des 52 dernières années, tout comme les évènements actuels sont suffisamment instructifs des limites de cette attitude « passive » dans le contexte socioculturel guinéen.
3. Que devrions-nous faire en tout état de cause ?
Le caractère ciblé des répressions ordonnées par Sékouba Konaté, Jean-Marie Doré, Mamadouba Toto Camara et le quarteron d’officiers malinkés qui les entoure ne fait aucun doute sur leurs velléités génocidaires. Tout a été conçu pour persécuter et humilier la communauté peule jusqu’à la faire douter de ses droits légitime à voir un jour l’un de ses dignes représentants présider aux destinées de toute la nation.
Face à une telle idéologie ethnocentriste, pour ne pas dire fascisante, les révoltes intempestives et désordonnées ne suffiront jamais devant des hordes militaro-policières lourdement armées et mues par la haine ethnique. Une résistance se manifeste de plusieurs manières, dont celle qui consiste à utiliser le meilleur outil dont l’humain est doté, l’intelligence.
Pour l’ensemble de la communauté vivant tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, il s’agirait avant tout de s’atteler à l’élimination de nos vieux démons de désunion. Car l’une des causes de nos faiblesses collectives réside dans l’impression que nous donnons de croire plus aux autres qu’à nous-mêmes. Il s’agira également de renouveler certains de nos « logiciels » de conception sociale hérités de notre lointain et riche passé culturel qu’il ne faudra évidemment pas à renier, loin s’en faut.
La communauté de langue (ou dialecte si l’on veut) doit l’emporter sur d’autres critères plus ou moins démodés et subjectifs, si l’on veut que le Peul guinéen cesse d’être traité en paria dans son propre pays où il est l’un sinon le principal acteur de développement économique et socioculturel. En effet, comme le disait Albert Einstein à ses concitoyens « Vous ne pouvez pas résoudre vos problèmes avec la mentalité qui les a crée ».
4. Comment conclure?
Sachant bien que la communauté internationale, l’ONU, l’UE, l’UA et toutes les institutions internationales à caractère juridique, financier, humanitaire et de défense des Droits de l’Homme, vont bientôt reconnaître le Président de la République que la Cour Suprême déclarera vainqueur, je suggèrerais humblement au Président Cellou Dalein de décliner toute offre de participation à un gouvernement d’union nationale qui lui serait faite.
Car l’avenir du processus de démocratisation de la vie politique guinéenne pourrait pâtir de la marginalisation de l’UFDG qu’il sera difficile à éviter sans les prérogatives d’opposant et de porte-parole de toute la communauté meurtrie et blessée dans ce qu’elle a de plus cher.
Nota: Je préciserais n’avoir aucun lien avec l’UFDG ou tout autre parti politique guinéen depuis 1985. Ne connaissant ce parti qu’en ma qualité que membre de la diaspora en France, mon initiative d’appel à adhésion massive n’engage que moi.
Hommage à tous nos frères, sœurs et parents martyrisés au pays !!
Puisse Le Tout Puissant nous donner les moyens de leur rendre justice bientôt!!
Vive l’Alliance des Bâtisseurs, Vive l’UFDG !!
Vive l’unité et la cohésion sociale que nous espérions tous pour la Guinée!!
Ibrahima M’Bemba SOW
Picardie, France
VOS COMMENTAIRES | |
| Oumar M. Bah | 23/11/2010 08:33:45 |
| Il y a le danger que Cellou accepte, par son esprit de concensus habituel, l'offre de gouvernement d'union pour, diront-ils, "sauver la nation". Il subit certainement d'intenses pressions de la part de la communauté internationale dans le sens d'une solution kényane, comme il l'a laissé entendre avec sa petite phrase : "je réfléchis". | |
| alhassan | 23/11/2010 10:32:15 |
| VIVE LA UNITE PEUL.....QUEL QUE SOIT L'ENDROIT ON SE TROUVE, IL FAUT QUE ON TROUVE D'AIDE POUR NOUS PAUVRE PARENTS EN GUINEE !!!!! | |
| Madiou | 24/11/2010 09:12:03 |
| Qui connait bien Rougui Barry? Cela n'a rien d'ethnocentrisme, je voudrais seulement savoir si sa maman serait Soussou comme certains viennent de me le dire. Merci pour l'info. | |
| Mouctar Balde Missidè | 24/11/2010 14:44:19 |
| Madiou, La maman de Rougui Barry est soussou, et son mari est malinké mais le doux surnom que Dadis lui a gratifié est Madame WRANGLER(inspiré de la pub de la celebre marque de jean's que tout le monde peut peut porter d'après Dadis) | |