2011-02-27 14:31:10
Poétesse qui ne manque pas une occasion pour dire à son auditoire que sa mère est sa première source d’inspiration mais aussi son environnement immédiat, elle est également Directrice du Musée de Fouta Djallon basé à Labé avec son projet de bibliothèque mobile. Très à l’aise avec le monde des medias, elle fut l’invitée tout récemment de Media d’Afrique dans son émission « Une Heure Pour Convaincre ».
Interview
Lejourguinee.com : Vous êtes une grande poétesse, peut on connaitre quelle est votre source d’inspiration ?
Zeinab Koumanthio Diallo : Grande poétesse, je ne sais pas, mais poétesse qu’en même dont l’inspiration se nourrit essentiellement des ingrédients puisés dans le grand réservoir de mon environnement immédiat. En effet, grâce a ma mère, qui m’a très tôt indiqué le chemin épineux de l’affirmation comme poétesse, j’ai appris à déchiffrer le message coléreux des montagnes, les murmures plaintifs des marigots violés, bref, j’ai su ouvrir biens de tiroirs de ma tradition pour remonter ce qu’il y a de meilleur.
Vous me permettrez donc de rendre un hommage mérité à ma mère, qui, de sa tombe lumineuse, j’en suis sure, continue de bénir pour le triomphe de la poésie. Croyez-moi, son sourire que je surprends à chaque détour de mes strophes, ce sourire me force à penser à nos belles nuits de Labé, quand blottie dans ses bras salvateurs, elle m’insufflait ce quelque chose comme une inquiétude qui vous colle à la peau et dans les tripes et qui vous conduit tout droit à l’humilité.
Combien de livres avez-vous publiés à ce jour ?
ZKD : On doit noter qu’en tant que consultante en développement communautaire, j’ai mené des travaux de recherche dans des projets de développement social, et j’ai publié successivement:
En 1995, au compte du Projet PNUD/FAO Gui/86/004, Développement Rural du Fouta Djallon,) Typologie des problèmes vécus par les femmes du Fouta Djallon et Impact de l’exode rural sur la vie des femmes
En 1996, au compte du PNUD, Cadre conceptuel et Méthodologique de la pauvreté et la participation populaire en Guinée
Guide de l’animateur pour la lutte contre le VIH/SIDA (USAID/Winrock International 2005)
- Les femmes, un élément clé pour une communauté saine (USAID/LAMIL/Winrock International 2006)
Dans le domaine de la littérature :
En POESIE:
- Moi, femme (Ed Magilen, Dakar 1989)
- Comme les pétales du crépuscule (Ed Linda Edition, 1994).
- Pellun Gondhi (Poésie en poular, Ed Gandal, Conakry, 1996).
- comme une colombe en furie (ed Linda, 1999)
- les rires du silence ( l’Harmattan, Paris 2005) premier prix de poésie,
- Pan Africaine des écrivains, édition 2004
- Poésie pour enfant :
- Pour les oiseaux du ciel et de la terre (Ed IDEC/UNICEF Guinée,
1997).
En ROMAN:
- « Les épines de l’amour » (Ed, L’Harmattan, 1997)
Théâtre :
- les humiliées (théâtre contre les violences faites aux femmes, Paris Harmattan 2004), prix de la meilleure pièce de théâtre, Pan Africaine des écrivains, édition 2004
Théâtre pour enfant :
- la mort de la guerre
Radio Roman
Rêve brisé : 26 épisodes (radio rurale du Fouta djallon, 2004)
Le train ne me laissera pas : 10 épisodes (radio rurale du Fouta djallon, 2005)
De l’eau pour tous : 10 épisodes (radio rurale du Fouta djallon, 1999)
CONTES:
Daado l’orpheline et autres contes du Fouta Djallon (Paris Harmattan 2004)
Le fils du roi et autres contes du Fouta Djallon (Paris Harmattan 2004)
Diouma l’intrépide (Linda Edition, 2000)
N’Gotté le génie de la chasse (Paris Harmattan 2005)
Vous êtes Directrice du Musée du Fouta Djallon, parlez nous de cette Institution ?
ZKD : L’idée de création du Musée du Fouta Djallon remonte à plusieurs années et répond d’abord à un besoin ressenti par de nombreux citoyens enracinés dans l’histoire et la culture du Fouta Djallon et qui ont à cœur de participer au sauvetage d’un terroir dont l’identité est remarquable en Guinée, en Afrique, et dans le monde.
Ensuite, une autre bonne raison est liée au fait que si l’histoire et la culture des populations du Massif Foutanien, ont fait l’objet d’une documentation abondante produite depuis la période précoloniale, il s’est manifesté que son accès est et reste limité au cercle restreint des chercheurs et des intellectuels
Le Musée du Fouta est un musée de société, de type ethnographique.
Sa vocation primordiale est de donner aux populations une représentation de leur mémoire collective ; ceci en vue de permettre l’appropriation, la préservation et la valorisation du riche patrimoine culturel et historique du Fouta Djallon.
La collection du Musée renferme des pièces originales de très grande valeur, et qui témoignent de l’histoire et de la vie quotidienne des habitants de l’ancien du royaume islamique du Fouta Djallon(du XVIème au XIXème siècle).
Les activités du Musée sont axées sur l’animation et la formation pédagogique, sur la collecte des pièces, sur les veillées culturelles ou hirdés, etc.…
On peut citer entre autres :
Les cours pédagogiques sur l’histoire et la culture du Fouta
Les conférences, les ateliers d’écriture et de lecture
Les veillées de contes, de poésie
Le théâtre forum animé par le club littéraire du Musée
L’organisation des festivals sur la culture, la musique etc.…
En dehors de ces activités pédagogiques et culturelles, le Musée accueille un public particulier (artisans, créateurs, décorateurs, esthéticiens etc.) que les collections du musée inspirent (défilé de mode, peinture, coiffure etc….). Nous avons été interpellés par les jeunes de notre quartier et les jeunes visiteurs du musée sur la nécessité de mettre en place un cyber café. Pour répondre a cette sollicitation, un local a été construit et nous attendons de trouver un équipement ne serait ce que de 10 ordinateurs. Et depuis 2007, un programme important de bibliothèque mobile se déroule et concerne 30 écoles dans lesquelles des comités de lecture sont mis en place.
C’est quoi exactement ce programme de la bibliothèque mobile , comment l’avez-vous réalisé?
ZKD :Le Comité scientifique du Musée du Fouta en examinant la situation actuelle de l’école Guinéenne, a pensé que pour sortir ces écoles de l’enclavement dans lequel elles sont, il faut aller vers elles et leur faciliter l’accès aux informations. Pour cela, la bibliothèque du Musée a été rendue mobile. Des agents, tantôt à pied, tantôt à moto, ont été formés pour rallier les écoles pour une animation périodique à travers les comités de lecture.
A ce jour, la bibliothèque du Musée a bénéficié d’un don de la coopération française de 3.000 livres. Et près de 2000 autres de la part d’amis et de parents. Parmi ces livres il y a de livres scolaires (français, géographie, littérature, Mathématiques, histoire), il y a des livres de contes, de poésie, de manuels pour l’apprentissage en peinture et autre, des romans. Notre ambition c’est de doter chaque comité de lecture d’au moins quelques livres et brochures, pour constituer un fonds documentaire pour l’école. L’objectif c’est d’arriver plus tard à un livre, un élève.
Quelles sont les difficultés rencontrées dans la gestion de cette bibliothèque mobile et de ce Musée ?
ZKD : Commençons par le Musée, voulez vous. Les activités de collecte, d’identifications des communautés de peulhs, d’élaboration d’arbres généalogiques des lignages et clans, bref de reconstitution de l’histoire du Fouta pour les jeunes générations, requiert un travail ardu, conscient, et ininterrompu que quelques personnes que sont les fondateurs, qui croient fortement en la noblesse de cette action, exécutent quotidiennement depuis maintenant 10 ans. Ceci dit, le Musée du Fouta, contrairement aux autres Musées du Pays, n’a jamais rien bénéficié de l’Etat Guinéen. Il vit grâce à la mobilisation de parts sociales que libèrent ces fondateurs et de quelques bonnes volontés. Et pourtant pour mener à bien sa mission, de valorisation de ce patrimoine, le Musée du Fouta a besoin d’être mieux soutenu : les jeunes qui viennent prêter des services, le personnel administratif, les animateurs pédagogiques, les guides, les agents des services commerciaux doivent être rémunérés correctement.
Quand au programme de la bibliothèque mobile, jusqu’aujourd’hui les animateurs pédagogiques font à pied les écoles, ou utilisent les services des motos taxis. Le problème c’est que les écoles deviennent de plus en plus nombreuses, les élèves nombreux, les séances d’animation ont triplées. Et le Musée ne peut pas recruter d’autres animateurs. La solution à envisager c’est de trouver un bus, l’équiper en un bibliobus pour joindre les écoles et répondre aux multiples sollicitations des écoles et parents d’élèves de la zone et au-delà.
Ecrivain, conférencière, vos communications à travers le monde montrent que vous êtes à cheval entre tradition et modernité, quelle leçon peut-on tirer de cela ?
ZKD : Oui ! Je suis de ceux qui pensent que nous pouvons nous moderniser tout en demeurant profondément Africains. En effet, des réflexions menées au sein du Comité scientifique du Musée du Fouta, lors de la dernière édition de son festival de culture pastorale en Juin 2008, nous ont conduit à nous interroger sur « quelles repères pour la jeunesse africaine de Guinée»
La réponse fut que de toutes les crises dont les sociétés Africaines sont aujourd’hui le théâtre, il en est une dont la prise en compte semble être reléguée au second plan, alors qu’elle mérite à notre avis d’être au centre des préoccupations de l’élite africaine : il s’agit de la crise culturelle.
Sur la même lancée que le Club tradition et développement de Guinée, le comité scientifique du Musée du Fouta pointe du doigt ceux qui organisent des forums dont les efforts de réflexion ne portent que sur les crises politiques et économiques, alors que, à notre avis, ces crises ne sont rien d’autres que les conséquences de la crise culturelle.
C’est pourquoi, pour y parvenir, et afin de bien cerner le phénomène sous ses différents aspects, le Comité scientifique du Musée pense qu’il est impératif de procéder à une analyse d’un phénomène socio culturel complexe : l’identité. Laquelle identité puise dans la tradition, dans l’histoire. Beaucoup rejette la tradition, on le sait. Mais nous nous pensons que nous devons prendre conscience que les coutumes et traditions constituent l’âme d’un peuple et d’une nation. Un peuple qui perd ses traditions et sa culture est un arbre qui perd ses racines. Il faiblit et le moindre coup de vent l’ébranle. Nous devons prendre conscience que nous n’avons aucune fierté, en continuant à être de simples répétiteurs et imitateurs des autres peuples, à être des consommateurs passifs des produits élaborés par les autres cultures.
Modernisation ne signifiant pas rejet des identités, l’Afrique doit contribuer à l’enrichissement de l’universel. Et ce n’est pas dans la passivité et l’imitation mécanique qu’elle relèvera ce défi ; mais en valorisant ce que sa culture recèle d’original et de spécifique. L’Afrique doit demeurer et être productrice de civilisation.
Votre dernier mot.
ZKD : Je voudrais saisir cette opportunité qui m’est offerte pour vous remercier vous qui chercher à visibiliser nos activités, et rendre un hommage mérité à ceux qui ont cru et m’ont accompagnée dans la réalisation de ce projet social et communautaire qu’est le Musée dont l’importance n’est plus à démontrer pour la Guinée en général et le Fouta Djallon en particulier. Pour permettre au Musée de jouer pleinement son rôle de préservation des valeurs culturelles d’une région dont la culture millénaire a sa place dans l’histoire de l’humanité, j’invite chacun à apporter sa contribution si modeste soit elle. Alors frères et sœurs de l’intérieur et de la diaspora, notre Musée, plus que tout, réconcilie le Fouta Djallon avec son passé, à l’heure ou il est menacé dans ses coutumes, ses contes et légendes , de sa tradition orale, bref, dans son identité culturelle, alors contribuer à la sauvegarde de ce Musée, c’est aimer le pays à travers la région, c’est contribuer à la sauvegarde d’une mémoire vacillante, c’est aider les générations montantes à comprendre la vraie histoire, mais c’est surtout contribuer à mettre en exergue une des écoles où les jeunes apprendrons à refuser l’assimilation, l’uniformisation au profit du développement d’une culture de dialogue, d’ouverture, et de respect mutuel dans la diversité. Et vivre selon le précepte consacré par l’immortel Léopold Sédar Senghor et dont le Musée du Fouta Djallon a fait sa devise ‘’S’enraciner pour s’épanouir !‘’bhay mono faala laamu o mepporay, mono faalaa faamu o dyipporay
Propos recueillis par Saliou Bah
Lejourguinee.com

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