|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Chroniques guinéennes du début 2011 : quelques ratés2011-03-09 15:15:51 Certains internautes trouvent prématurés de tirer des conclusions hâtives sur l'expérience liée à l'élection d'un PRG élu de façon relativement libre et transparente. Pourtant il ne s'agit pas de conclusions engageant l'avenir éventuellement, mais de constats sur des pratiques réelles, chacun étant libre de les interpréter à sa façon, le droit ne permettant pas en revanche, une interprétation trop laxiste. De toutes façons, la RTG que d'aucuns ont déjà rebaptisé Télé RPG, fait le nécessaire pour délivrer la bonne parole, alors quelques critiques fondées, que seuls certains ont la capacité de lire, ne devrait pas perturber outre mesure, ceux qui n'acceptent pas les critiques. Distinguer l'homme et la fonction On peut ne pas aimer le style d'Alpha Condé, encore moins sa démagogie. Mais le rejet viscéral dont il fait l'objet (et je veux bien admettre en être) dispense trop souvent de le critiquer sur le fond. Apprenons à distinguer la personne et la fonction, y compris chez des internautes qui ne font pas la différence entre les diverses critiques. Alpha Condé a été élu PRG dans des conditions que tout le monde connaît, mais qui ont été acceptées. Il est donc légitimement élu. Une critique par trop systématique (sur sa personne) ne peut que desservir une opposition qui aspire un jour à gouverner. Mais ce n'est pas non plus, parce que quelques écervelés ne savent pas faire la différence, entre les critiques liées à la fonction de PRG et sa personne, qu'il faut défendre l'indéfendable. Nul ne soutiendra qu'Alpha Condé à titre personnel, est dépourvu de talents, même si ce sont ceux du politicien habile à déstabiliser l'adversaire. Même s'il est relativement réactif, voire dynamique, cette somme d'intuitions ne fait pas une politique. Toutefois, il est difficile de critiquer son projet dont l'absence est criarde. Après avoir lutté pendant 40 ans pour obtenir son Graal, tout le monde reste étonné qu'il n'ait pas mis en application ses recettes, qu'il a pourtant eu le temps de mettre au point. Au lieu de cela, il continue à se comporter comme un opposant, au sens d'être contre une partie (de la population), comme si cette attitude pouvait constituer une politique. A ce rythme là, la population – y compris ses soutiens récents qui savent que la roue tourne - va se lasser plus vite que prévu, ce ne sont pas les quelques millions promis par la Banque mondiale pour Juin, et dont bizarrement Alpha Condé fait coïncider la fin des difficultés !!! qui permettront de redresser la barre. On ne fait pas une politique en mendiant. Je voudrais profiter de quelques évènements qui se sont déroulés en ce début d'année pour faire quelques commentaires (les jours meilleurs sont à venir parait-il, il sera temps alors de s'enthousiasmer). De toutes façons, il y a suffisamment de thuriféraires (à la RTG par exemple) pour m'ajouter à la liste. Je voudrais pouvoir m'enthousiasmer, mais même si certaines intentions sont bonnes, la fin ne justifie pas les moyens utilisés. Un Garde des sceaux qui brasse de l'air : est-ce le signe de l'incompétence ? A quoi sert de louer les qualités d'un Christian Sow, s'il ne les met pas en évidence ? Louncény Camara blanchi en appel En revanche, cette relaxe comporte deux conséquences négatives. Pourquoi l'appel de Ben Sékou Sylla n'a t-il pas été pris en compte chronologiquement, alors que son affaire a eu lieu bien avant. D'aucuns diront qu'il est mort et que son affaire n'a plus lieu d'être. C'est oublier un peu vite, que dans cette affaire figurait également el Hadj Boubacar Diallo, dont les dossiers étaient joints. Enfin la personnalité de Louncény Camara n'est pas adaptée. Je l'ai dit dès sa nomination à la présidence de la CENI, dont tout le monde se rappelle les conditions, entre les deux tours de l'élection présidentielle. Le respect des procédures n'est pas son fort, alors que c'est pourtant la finalité de la CENI que de les faire respecter. En l'absence de l'ex président malien Sangaré, il assure la présidence de la CENI par intérim, ce qui lui permet dès à présent de « préparer » les législatives. Même s'il était remplacé - ce que je crois - à la veille des élections, pour satisfaire au besoin de démocratie, le mal serait fait. Sa présence constitue donc un camouflet pour la démocratie, puisque le PRG qui procède à des nominations de manière ciblée et zélée, n'a pas jugé utile de le faire à la CENI. C'est donc qu'il considère qu'il n'y a pas d'urgence ou de péril en la demeure : qui s'en étonne ? L'implication excessive de l'État, repoussoir des investisseurs ? Que doivent penser nos agriculteurs, dont le gouvernement prône l'auto-suffisance alimentaire (il organise même une rencontre sur la sécurité alimentaire pour l'affirmer haut et fort), mais qui, en guise d'illustration, subventionne le riz importé ? Que vont penser les investisseurs (qu'ils soient Guinéens ne change rien à l'affaire) de voir leurs installations brûler à 15 jours d'intervalles, sans que cela n'émeuve les autorités. On prône l'auto-suffisance alimentaire, mais on brûle les champs de ceux qui s'y essayent. On pourrait élargir en se demandant également ce que vont penser les investisseurs internationaux de :
Beaucoup de politique et peu d'économie, c'est pourtant l'inverse qu'il faudrait Par ailleurs, il faut être un bien piètre économiste, pour voir les commerçants responsables du marasme économique en Guinée. A court terme, ce sont eux qui paient les taxes en douane - l'État a besoin d'argent -, et si ces taxes ne rentrent pas, c'est le Ministère des Finances - à travers la douane - qui en est responsable. Par ailleurs, il y a deux raisons essentielles pour lesquelles les commerçants n'investissent pas le secteur industriel. La première est d'ordre culturel, tout le monde sait acheter un produit 10 pour le revendre 20. En revanche, parler de compte d'exploitation, de retour sur investissement, d'amortissement, de ratios divers n'est pas à la portée de nos hommes d'affaires. Il est également facile de mobiliser ses avoirs (la BCRG en sait quelque chose) et de partir à l'étranger. En revanche, lorsque vous investissez localement (par exemple avec un bail emphytéotique de 70 ans), et que l'État, du jour au lendemain vous demande de déguerpir, cela n'encourage PERSONNE à investir sur place. Lorsque nos gouvernants auront compris qu'il peut y avoir des élites en dehors d'eux, et qui peuvent réussir sans que cela ne minimise qui que ce soit, alors la Guinée pourra avancer. Les mesures visant à stigmatiser les commerçants sont donc démagogiques (en vue des élections ?), mais non pérennes pour le budget de l'État (un nouveau fonds de roulement à financer), alors que le gouvernement annonce que les caisses de l'État sont vides. Si le but à terme est de produire localement, pourquoi ne pas subventionner celle-ci, et non continuer à entretenir les producteurs étrangers, via l'importation. Il faut savoir ce que l'on veut : certes les prix des produits importés (riz, oignons, farine) et subventionnés sont plus intéressants que le prix des produits locaux. La solution de facilité des commerçants consistant à vendre à la population au prix le plus économique, trouve ici sa raison d'être. Mais en se substituant aux commerçants, l'État ne fera pas autrement. Si l'État veut inverser ce processus, non seulement il vaut mieux se désengager de l'importation de riz (ne serait-ce qu'à titre symbolique), mais il faut investir dans l'agriculture en rendant les produits locaux plus attractifs (soit en les subventionnant, soit en taxant davantage le riz importé). A terme, si les commerçants trouvent un intérêt supérieur à distribuer le produit local, que d'importer le riz, le transfert se fera mécaniquement. La seule difficulté est d'expliquer aux Conakrykas que le prix du riz doit être plus élevé, pour que nos parents dans les campagnes, puissent subvenir à leurs besoins via leur activité agricole. Cela se fait rarement en Afrique, car les politiques craignent davantage les populations des villes que les ruraux. C'est pourtant un cercle vicieux à résoudre, sous peine de tourner en rond indéfiniment. La seule façon d'y parvenir consiste donc à faire de la pédagogie, pour expliquer simplement certains mécanismes économiques, qu'il n'est pas utile de modéliser. Si les gens ne savent pas lire, ils savent en revanche compter. En outre, cela suppose d'avoir une société apaisée : lutter contre les commerçants, plutôt que de s'en faire des alliés, est un mauvais calcul à moyen terme. A court terme, il permet peut-être (parce que les Guinéens sont lucides, il ne faut pas les mésestimer) de stigmatiser une catégorie socio-professionnelle, voire une communauté, mais à moyen et long terme, cela ne permet pas d'avancer. Tout le monde connaît les règles pour avancer, mais personne n'a le courage de les mettre en œuvre. Certains cherchent à les imposer, ce qui peut donner l'illusion d'avancer, si on se limite aux données macro-économiques (ceux de la Tunisie étaient bons pour l'essentiel), alors que la société africaine est une société consensuelle qui mérite la concertation : comme le disait le sociologue Michel Crozier, on ne change pas la société par décret. Lorsque le carburant va mécaniquement augmenter, va t-on encore accuser les commerçants de sabotage ? Le FMI - sans doute est-il plus crédible que les internautes - a expliqué que les commerçants n'étaient pour rien dans l'inflation actuelle, contrairement aux dérapages financiers de la transition. Des décisions illisibles Certes le PRG vient de nommer 8 nouveaux préfets, que je ne connais pas, mais dont je me réjouis, parce que la démilitarisation de l'État est une idée que je défend à 100%. J'ai dit que je préférais le plus mauvais des civils au meilleur des militaires. C'est une boutade bien sûr, mais je ne conçois pas de discuter avec quelqu'un, sachant qu'il pointe son arme sur ma tempe. Même les investisseurs internationaux ne sont jamais à l'aise, lorsqu'il faut négocier avec des hommes en uniforme (il y en a qui l'ignorent ou qui font semblant). Je constate quand même que le gouverneur de Conakry, qui avait giflé un huissier, et qui en plus, n'a même pas le courage de ses actes et de ses opinions, est toujours en place, et cela constitue une faute. Car le maintenir est un acte volontaire, or les Guinéens pragmatiques font davantage confiance aux actes perpétrés, qu'aux effets d'annonces. Symboliquement néanmoins, le PRG aurait pu attendre la journée de la femme, pour en promouvoir au moins 3 sur les 8 préfets. On attend une féminisation accrue des postes, car les femmes sont plus pragmatiques et moins belliqueuses, et on imagine aisément que s'ils elles dirigeaient, les viols seraient immédiatement poursuivis pénalement et sévèrement sanctionnés. D'autres décisions individuelles nous paraissent loufoques ou dangereuses. Ainsi l'ex gouverneur de la BCRG aurait été malhonnête (mais l'actuel également !!! puisqu'il l'a lui même reconnu), et c'est la raison de sa révocation (illégale je l'ai déjà dit). De même le général Toto, dont on disait qu'il était respectueux du droit, joue au cow-boy pour satisfaire des intérêts personnels ... Le Directeur de la Radio Nationale, après près de deux semaines de suspension pour « faute lourde » par le Directeur général de la RTG, a été rétabli dans ses fonctions, selon des sources de la maison... Le PRG a décrété qu'un Colonel serait nommé Médecin personnel du Chef de l'État. A quand la nomination par décret du cuisinier, du chauffeur, voire du planton ? Même si on peut comprendre que tout pouvoir récent cherche à se consolider, on rappelle que l'élection d'un PRG a d'autres finalités, qui ne sont malheureusement pas la priorité du gouvernement actuel. On entend beaucoup de choses (comme d'habitude), mais on ne voit rien venir. En revanche, ce qu'on aimerait entendre fait défaut. Pas de programme socio-économique à l'horizon Le candidat Alpha Condé avait déclaré qu'il remettrait en cause les contrats miniers, il a changé d'avis, puisqu'il déclare qu'il faut d'abord définir une nouvelle politique minière (je croyais qu'il avait un programme !!!) avant d'agir. Il prend moins de gants avec nos ressortissants, alors que de nombreuses expulsions ne vont rien rapporter d'autre à l'État dans l'immédiat, que des rancœurs et des frustrations. Encore une fois, je ne partage pas l'idée qu'il ne faut rien faire en ce domaine, mais je suis sûr que s'il existe des gens malhonnêtes, il y en a aussi d'autres qui ont acquis de bonne foi leur terrain. Le PRG, un justicier ? La récupération des créances de l'État est tout à fait normale. Ce qui l'est moins, c'est la publicité attachée à ce genre d'affaires et la mise en pâture de noms sans aucune explication, les intéressés qui ne sont pas tous des escrocs (sinon c'est à désespérer) apprécieront. Il y a en effet des différences entre les dettes, d'ailleurs la dette intérieure (ce que l'État doit), dépassait les 600 millions d'euros à la mi 2010. Il n'y a aucune publicité pour cet aspect. Un séminaire pour savoir quoi faire ? Une bonne décision... à condition qu'elle soit suivie d'effet A suivre... Gandhi, citoyen guinéen
6 commentaire(s) || Écrire un commentaire
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||