La désorganisation de l’économie avec l’expropriation des investisseurs économiques, l’importation du riz par l’Etat pour les Conakryites, la chasse aux cambistes, les décrets divers et variés, …. font qu’il est temps de voir où nous mène les décisions du « Président démocratiquement élu » ?
M. Alpha Condé « Président Démocratiquement élu » vient de décider de manière unilatérale d’accélérer la chute de la monnaie Guinéenne en interdisant aux cambistes de faire leur travail de change monétaire.
Toutes les décisions prises jusqu’ici par M.A.Condé en matière économique vont à contre-courant des réalités économiques contemporaines. Il vient ainsi de décider d’interdire (de quel Droit ?) aux cambistes d’exercer leur métier. Résultat : dès le lendemain, la valeur du francs Guinéen chuta de 12% par rapport aux devises notamment l’euro et le dollar US.
Il résilie des contrats d’entreprises, réquisitionnant des salariés de manière unilatérale, sans anticiper les conséquences de ses décisions notamment en matière juridique (Procès devant les tribunaux internationaux).
Le « Président démocratiquement élu » exproprie des entrepreneurs Guinéens pour des mauvaises raisons, notamment pour avoir choisi le camp adverse lors des élections Présidentielles.
Il est temps que M.A.Condé laisse les Guinéens travaillés pour améliorer leur niveau de vie, et qu’il demande plutôt à son gouvernement d’avoir une Politique économique, notamment monétaire, crédible et cohérente.
On sait, en effet, que la Politique monétaire a vocation à fixer le niveau de la masse monétaire en vue d’une part, d’accélérer la croissance de l’économie réelle et d’autre part de maintenir la valeur interne (taux d’inflation) et externe (taux de change) de la monnaie. La monnaie est un outil de développement.
Si M.A Condé veut agir pour l’intérêt de tous les Guinéens, il doit s’occuper d’avoir une politique économique.
Nous avons expérimenté en Guinée toutes les interdictions imaginables en matière de politique économiques sous le régime sanguinaire Sékou Touré. Il ya même eu dans ce pays une « Police économique », en réalité une milice dont la fonction était d’empêcher la population d’avoir accès librement au bien être, afin de mieux la contrôler par le commerce d’Etat, à travers la mise en place de bons pour l’acquisition de quasiment tout article, y compris le savon ou le sucre !
Le « Président démocratiquement élu » doit arrêter ses provocations inutiles et dangereuses.
Dans une économie de marché, l’Etat peut dans le meilleur des cas, réguler le marché. Et cette régulation pouvant se faire, entre autres, par une politique budgétaire ou monétaire. Les gouvernants Guinéens parlent en permanence de FMI, Banque Mondiale… Ces institutions ont pour paradigme économique : le marché c’est-à-dire tous les prix sont fixés par la loi de l’offre et de la demande. Il y a une contradiction fondamentale entre ce que M.A. Condé dit et lorsqu’il tend la main au FMI et la Banque Mondiale.
Après avoir fait croire à certains compatriotes que son objectif premier est le développement économique et la lutte contre la corruption notamment par les marchés de gré à gré, ce même « Président démocratiquement élu » vient de résilier d’un trait de plume le contrat entre la société exploitant le Port Autonome de Conakry, la GETMA, au profit du groupe Bolloré sans aucun appel d’offre de ce marché, faisant ainsi la même chose que ses prédécesseurs qu’il dénonçait pourtant. Or nous savons tous, que les marchés de gré à gré entraînent toujours de la corruption.
A priori, entre ces deux entreprises (GETMA et le groupe Bolloré) je n’ai aucune préférence ; je trouve seulement, et je ne suis pas le seul, que la méthode d’annulation du contrat de GETMA et la fermeture de l’entreprise est du moins cavalière. Ces méthodes ne peuvent inspirer la confiance à des investisseurs étrangers de valeur dont la Guinée a pourtant besoin.
Or le fondement de base d’une économie de marché c’est la CONFIANCE entre les acteurs et le respect des engagements c’est-à-dire des contrats.
Si j’étais responsable du groupe Bolloré, je ne serai pas rassuré d’avoir obtenu un contrat dans les conditions que nous connaissons, les règles pouvant changer à l’arrivée de chaque nouveau pouvoir. Bien que bénéficiaire aujourd’hui des faveurs du pouvoir, il pourrait y réfléchir à deux fois avant de s’engager massivement dans un environnement aussi instable.
En effet, rien ne peut garantir au groupe Bolloré que dès que le pouvoir politique va changer, son contrat ne va pas être annulé. L’incertitude devient une donnée qui sera intégrée dans tous les calculs de rentabilité économique de ce groupe dont la vocation est de faire des profits. Dans ces conditions, les calculs économiques ne favoriseront que le court terme, donc des investissements liés au court terme et même au très court terme! Ce qui est contraire aux intérêts d’un Etat qui, au contraire, doit encourager des Investissements à long terme voir à très long terme.
En fait, M.A.Condé est resté avec les idées Marxistes et leurs différentes applications des années 1950 et 1970 brefs, la fin du 20 ème siècle (contrôle de l’économie par l’Etat, contrôle de la vie des citoyens…). Années pendant lesquelles, certains croyaient à l’Idéologie Marxiste et la fin des années 80 et le début du 21ème siècle où, même les pays socialo-communistes de l’Europe de l’est, Cuba ont fini par adopter l’économie de marché ; aujourd’hui, seule la Corée du Nord est dans la même Idéologie avec une gestion de pénurie dans tous les domaines de l’activité économique.
Certainement, pour A.Condé, la suite sera d’importer du riz par le gouvernement, affecter au secteur public quelques industries (fabrique de textile, fabrique de produits plastiques, Boulangerie…) et parallèlement faire la chasse aux opérateurs économiques notamment les cambistes sans oublier de mettre en place des cartes de ravitaillement pour les Conakryites, créer une Police économique (en réalité une milice) pour, théoriquement, faire appliquer ses règles.
Très certainement, M.A. Condé ne sait pas qu’avec le système du sanguinaire Sékou Touré, les Guinéens ont expérimenté tout ce qu’il cherche à mettre en place : mise en œuvre de la politique de l’ethno-stratégie qui va chercher à transformer certains Guinéens en sous-hommes, en pensant que le reste de la population va suivre aveuglement ses caprices…. Ces temps sont révolus. En effet, lorsque les Guinéens écoutent et lisent les décrets kilométriques de M.A.Condé, dès qu’il y a dans un décret un nom, qui n’est pas de l’ethnie (dont M.A.Condé) se réclame, les gens se disent sans aucune hésitation : Quel est ce traitre ? Ou bien, qu’est ce qu’il a fait contre ses proches pour avoir cette récompense ?
Bref M.A.Condé par ses décisions nous fait revenir 30 ans en arrière ! Nationalisation des Petites et Moyennes entreprises (Soguifab, soguiplast…) et bientôt nous aurons les Boulangeries Publiques (sadicom), des usines de chaussures (UMC), les bons d’achats, la police économique (au KM 36 où, il y aura une frontière de fait entre Conakry et le reste de la Guinée), une carte de ravitaillement pour les Conakryites qui permettra aux possesseurs de carte et, de préférence celle du RPG, de pouvoir acheter du riz, du sucre, de l’huile….livrés par le magasin populaire du quartier…où, la condition sine qua non pour obtenir les produits importés par les magasins d’Etat, est de participer aux réunions du Parti RPG, en faisant de la
délation contre les Guinéens qui appartiennent aux autres partis Politiques et si, d’ici là,
ils ne sont pas interdits.
Cela ne vous rappelle rien ? Rappelez-vous de la Guinée entre 1964 et 1984 ! Nous avons vécu tout ce que A. Condé cherche en instaurer en Guinée ! Nous savons par expérience, que l’Etat est un mauvais gestionnaire dans notre pays. Lorsqu’on entend des pauvres « spécialistes » déclarer qu’il faut contrôler les prix et les mêmes nous parler d’économie de marché, on en perd son latin. Ces deux approches sont contradictoires : dans une économie de marché, c’est la loi de l’offre et la demande qui fixe les prix et personne d’autre fut-il l’Etat qui, lui, joue un rôle de régulation par sa politique fiscale et budgétaire. Alors que contrôler les prix par l’Etat ce n’est plus une économie de marché mais, plutôt une économie administré avec des « prix » administrés. Ainsi, dire pour ne prendre que cet exemple, dire que l’Etat va fixer le « prix » des devises par rapport à la monnaie locale (FG), c’est de la folie ! En effet, imaginons que tous les acteurs respectent la décision du gouvernement d’A. Condé d’appliquer les « prix » des devises fixés par la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG) :
- Tous ceux qui voudront (vont demander) des devises (des euros par exemple), n’auront pas accès au montants souhaités (pour certains, des Hommes d’affaires, des Etudiants, des commerçants…) ;
- L’Etat (ici le bureau de change de la BCRG) n’aura jamais les devises demandées et les montants souhaités par les demandeurs.
Conclusion : Dans la réalité, les vrais cambistes c’est-à-dire les « petits » agents de change que l’on retrouve dans les rues au port, à la poste, à Air Guinée, au marché Niger , à Madina, Taouyah, Kindia, Mamou, Dabola, Labé…vont continuer leur métier de cambistes, mais cette fois la monnaie locale (FG) sera en chute libre par rapport aux devises (euro, dollar) du fait de la clandestinité des opérations de change.
Un pays, peut-il en permanence vivre sous tension ? M.A.Condé a vécu en Europe, même dans une organisation aussi petite soit-elle, l’association des Etudiants dont il était membre, ne peut prospérer sous tension permanente. Le malheur pour la Guinée s’est d’avoir été livrée de manière irresponsable à un homme qui semble sortir d’une hibernation si profonde que tous les changements enregistrés par le monde depuis quarante-ans lui ont échappé ; si vous ajouter à cela une haine irrationnelle pour une partie des guinéens, vous aurez une idée précise des lendemains sombres qui attendent encore ce pays pourtant si éprouvé.
Alpha-Malal BARRY

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