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Gouvernement Alpha Grimpeur: le riz jaune du Changement !Le Lynx Numéro 988 - 21 mars 20112011-03-25 18:19:46 Le 17 mars,10h30, un contingent de flics aux yeux rouges, armés jusqu’aux dents, débarque au marché de Yattayah-Fossidet. Panique. Marchands et étalagistes ont cru qu’il s’agit d’un gang prêt à opérer en pleine journée et c’est le sauve qui peut. Les flics, mines serrées, foncent sur les premières boutiques à riz. Deux d’entre eux brandissent des scies métalliques et cassent les cadenas. Ainsi de tous, les magasins de riz du marché. Ils font le piquet, le doigt sur la gâchette des PMAK devant chaque magasin, invitent ceux qui sont intéressés par le riz à 160 000 francs glissants à venir se servir. La nouvelle fait le tour du quartier et les clients affluent. Le proprio d’un magasin, originaire de Télimélé, pointe du nez devant la porte pour tenter de faire comprendre qu’il ne s’agit pas du riz Grimpeur. «Nous avons acheté ce riz bien avant, il y a longtemps et nous avons fermé pour éviter l’amalgame. Ne confondez pas». Un des assaillants, en treillis de la police lui assène une gifle cinglante qui le fait atterrir avec fracas. Des tonnes de riz sont vendues et les flics ont emporté le magot. C’est le libéralisme, non ? 11h 30, au quartier de Kaporo-marché, une dame, soussou bon teint, qui a un magasin de renom reçoit la visite d’un autre contingent du même genre. Elle avait pris soin de fermer sa boutique pour éviter tout désagrément, mais c’était sans compter avec la détermination du contingent. Un flic fonce droit devant la boutique, casse le cadenas. «Dji fulé é mukhu kolon ma dyi sakhanyi» (ces peulhs-là, nous connaîtrons ces jours-ci) balance-t-il. La dame, assise, impuissante face au débarquement lance : «Fulèè mun n’naa» (Je ne suis pas Peulh). Un des flics lui intime de prendre place devant son magasin. «Nous allons vendre ton riz, et on va te restituer l’argent. Si tu veux, tu prends. D’accord !». La femme en larmes, encaisse. Tout son riz, qu’elle avait acheté à 230.000, est bazardé sous ses yeux, à 160.000 francs glissants. Elle empoche son argent, rentre chez elle. Imaginez comment ! Vers 16h, au marché de Kènien, des flics avaient engagé une campagne de rafles systématiques de tous les détenteurs de magasin de riz. Deux jeunes, originaires de Pita, sont arrêtés, ligotés, jetés dans les fourgonnettes. «Vous êtes des saboteurs, mais vous allez voir». Au marché de Madina, vers Avaria, d’autres vendeurs de riz ont subi le même sort. Ligotés, humiliés puis jetés au gnouf en attendant d’être filmés, et présentés à la face du monde comme des saboteurs. «Le matin, un monsieur en uniforme est venu nous proposer le riz à 120 000fg, nous lui avons dit que nous ne sommes pas intéressés. Il est reparti. Quelques instants après, un autre vient nous dire qu’il veut un sac de riz, nous lui avons dit que nous ne vendons pas de riz. Ces deux personnes reviennent un peu plus tard avec un groupe de policiers. Ils ont arrêté nos amis propriétaires de ces magasins, ils les ont ligotés et dépouillés de tous leurs biens: téléphones, argent, montres, machines à calculer, ordinateurs. Deux d’entre eux ont défoncé les magasins et, confortablement, s’y installent. Ils ont vendu tous les sacs de riz, de sucre et de lait qui étaient-là. Et ils ont emporté l’argent, disant qu’ils vont aller le remettre à leur chef, a expliqué Lamine Diallo, témoin oculaire, vendeur au marché Madina, habitant à Nongo. A Boussoura, c’est à coups de grenades lacrymogènes que les flics ont annoncé leur débarquement dans un secteur où les voisins se donnaient des coups de poing pour acquérir le riz du changement. La veille, au quartier Mafanco, pas loin du Bunker de Alpha Grimpeur, un autre contingent de flics a dû user des biceps et de matraques pour faire respecter l’ordre et la discipline dans un magasin de vente du riz. «Le riz du changement au lieu de la quiétude attendue, a plutôt plongé les Conakrykas dans la diversion. C’est devenu un moyen d’exclusion, de frustration tous azimuts, des familles amies d’hier se regardent en chiens de faïence aujourd’hui» déplore un retraité. Les écueils ne manquent pas autour du riz. La semaine dernière, dans nos marchés, ça criait, ça se lamentait et ça pleurait. Des nounous qui ne parviennent à nourrir leur famille que lorsqu’elles vendent le riz et les condiments sont coincées par des femmes munies d’ordre de mission portant le sigle du RPG et dûment signés. «Au nom du changement, nous venons vous dire que le Président Alpha Condé veut que vous vendiez le kilo de riz à 3 500 francs guinéens au lieu de 5 500 francs guinéens. Celles d’entre vous qui aiment Alpha Condé doivent le faire pour le bonheur des Guinéens, mais celles qui refusent de le faire s’exposeront aux rigueurs de la loi. C’est sérieux» lance une d’entre elles au marché de Taouyah, devant un parterre de témoins hébétés. Une autre du groupe, poitrine bombée, balance: «La récréation est terminée. Guinée is back, a dit notre Président ! Nous allons faire le changement». Puis, sans attendre de réplique, elles intiment aux vendeuses de riz dans les marchés l’ordre de céder leur place. Les assaillantes se sont mises à bazarder le riz à tout venant. Dans les marchés de Matoto, de Madina, de Cosa, d’Enco 5, de Taouyah, les mêmes scenari sont dénoncés. «C’est nous qui sommes au pouvoir ! Vous allez faire ce que nous voulons !» martèle une nounou. Les rares vendeuses de riz importé qui ont échappé au verdict de la justice nouvelle, sont celles qui ont détalé vite. «Vendre le riz en Guinée actuellement, c’est s’exposer aux pires dangers. Si vous échappez aux policiers, vous allez forcément tomber dans les griefs de ces femmes «en mission du RPG». C’est sérieux. Pour bien des observateurs, ce riz est devenu un facteur de division sociale, de frustration au quotidien entre gens qui vivaient en harmonie» se désole encore une autre dame. Paraît-il, les seuls privilégiés qui n’ont pas eu de problèmes jusque-là, sont les habitants de la ville de Forécariah. Lorsque le premier bateau de ce riz a accosté au port, quelques unes des premières livraisons ont directement atterri chez le Premier ministre à Cosa. Des fonctionnaires de la Primature qui ont eu vent de la nouvelle ont jubilé, croyant que ce riz leur est destiné. Plusieurs tonnes ont été stockées chez le PM ce jour-là. Selon des témoins oculaires, entre 19h et 23h, ce jour-là, des camions bondés de riz ont démarré de la cour du PM, direction, Forécariah pour des bouches à nourrir, apparemment privilégiées. Seulement, voilà ! Des Forékariakas, ignorés dans le partage, dénoncent «la combine», parlent de favoritisme. Ils ne seraient pas des cibles potentielles pour les législatives.
«Eux, au moins, ils ont vu le riz, nous de l’intérieur du pays, nous n’avons pas vu ce riz. Pourtant nous sommes des Guinéens aussi. Pendant sa campagne, le Président Alpha Condé avait promis du riz à 25 000 fg le sac de 50kg. Ici à Mamou, nous avons entendu parler du riz de 160 000. Mais, nous n’avons pas vu un sac à Conakry», balance un Mamounais qui n’a pas sa langue dans… le sac. «Moi, je n’en ai que foutre de ce riz. Je préfère le sac de 250 à 300.000 fg dans nos marchés. Que personne ne me parle de ce riz !” claque un militant de l’Ufdg, du côté de Bambéto. Si seulement ce riz pouvait servir à ressouder le tissu social guinéen ! Abou Bakr
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