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Le « printemps africain » d'Alpha Condé pourrait être mis à mal par quelques gelées tardives

(La dépêche diplomatique 28/03/2011)


2011-03-28 10:05:43

« Moi, je fais confiance aux peuples africains. On parle du printemps arabe, mais, comme le démontre mon élection, nous vivons actuellement un printemps africain ». Cet homme qui fait le « printemps de l’Afrique » à lui tout seul s’appelle Alpha Condé. Il préside la République de Guinée ; enfin, ce qu’il en reste après quelques décennies de dictature.

Il en a été désigné le président (cf. LDD Guinée 026/Mercredi 17 novembre 2010) à la suite d’une campagne au cours de laquelle « l’ex-marxiste » devenu « social-démocrate », « opposant historique » à la dictature guinéenne, leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), n’a pas ménagé sa peine pour stigmatiser les peuls « mafieux qui pillent le pays », « le voleur qui crie au voleur », « des commerçants qui n’ont aucune expérience du pouvoir d’Etat et ont acheté un parti à Diallo » (Cellou Dalein Diallo arrivé en tête au premier tour avec 43 % des voix contre 18 % à Condé mais battu au deuxième tour !).

Christophe Châtelot dans Le Monde avait évoqué « l’ethno-stratégie opportuniste » de celui qui disait vouloir être « à la fois le Mandela et le Obama de la Guinée ». Je crains que Condé ne soit que l’autre façon de dire « Gbagbo » en malinké !

J’ai évoqué, déjà, les exactions et les viols perpétrés en pays peul par des éléments de « l’armée » guinéenne afin de terroriser cette population pendant la période électorale (cf. LDD Guinée 027/Mardi 14 décembre 2010). J’avais reçu le témoignage de victimes, à Dakar, et je n’étais pas confiant quant à la façon d’être de Condé qui me semblait alterner la posture politique et l’imposture idéologique. Les hommes politiques tout comme les hommes d’affaires ont tendance à se construire une légende. A 72 ans, Condé a eu le temps de peaufiner la sienne.

Sans, pour autant, faire illusion dès qu’on gratte un peu (cf. LDD Guinée 026/Mercredi 17 novembre 2010). L’opposition radicale, la prison, le socialisme… « Mandela et Obama » permettent, dans les médias, de faire l’impasse sur le monde des affaires et les… affaires de tout ce beau monde. Le problème, c’est que les « opposants » ont une vie politique à éclipses : un jour, ils sont sur le devant de la scène ; le lendemain dans l’ombre (plus souvent encore dans le brouillard). Tandis que président de la République, c’est un job à plein temps. On est sous les projecteurs en permanence. Plus encore quand on a attendu longtemps, très longtemps, ce moment-là et qu’enfin il arrive avec les limousines, les motards, les drapeaux qui claquent au vent, les tapis rouges, les regards concupiscents des uns et des autres qui veulent se faire remarquer du chef.

Condé est en France, en visite officielle. L’occasion de répondre aux questions de Etienne Mougeotte (le « patron » en personne) et de Pierre Prier pour Le Figaro (23 mars 2011). Par les temps qui courent où les « révolutions arabes » sont soutenues et encensées par la droite française, rien de mieux que Le Figaro pour exprimer son tempérament « révolutionnaire ». Condé est l’homme du « printemps africain ». Mais à l’âge qu’il a, il faut reconnaître que ça ne bourgeonne plus guère. « L’opposant historique » a pris ses distances avec l’Histoire. Il a laissé mourir de mort naturelle Ahmed Sékou Touré puis Lansana Conté et a attendu qu’un militaire tire une balle dans la tête de Moussa Dadis Camara et que celui-ci soit exfiltré au Burkina Faso pour qu’une présidentielle (laborieuse) puisse être organisée en Guinée.

A la mort de Conté et après que Dadis Camara se soit emparé du pouvoir, Condé avait proclamé que les « Guinéens n’ont plus peur » et que le « rapport de force » était en faveur de « la population et [de] la communauté internationale » (La Croix, mardi 6 janvier 2009). Conté était mort mais Camara était bien vivant. Et l’on vivra le massacre du lundi 28 septembre 2009 au lendemain des manifestations anti-Camara de Labé, capitale du pays peul, deuxième ville de Guinée et fief de l’opposition. Avant que Camara ne prenne un peu de plomb dans la tête, Condé comptait sur la « communauté internationale » et sa détestation des massacres de civils et des viols des femmes par les militaires. Aujourd’hui, il est pour « les solutions pacifiques en Afrique » et affirme que « si on laissait les Africains régler leurs problèmes, on y arriverait plus facilement ».

La meilleure preuve en est qu’il a fallu plus d’un demi-siècle, la mort naturelle de deux dictateurs et l’assassinat d’un troisième pour que l’on parvienne, enfin, à organiser une élection présidentielle en Guinée et que Condé en soit déclaré vainqueur !

Aujourd’hui, la politique n’est plus sa tasse de thé ; et les relations internationales encore moins. Il est chef d’Etat et son grand souci c’est de remettre de l’ordre dans l’économie guinéenne ; pas l’économie des entreprises, celle des fonctionnaires. « Le système était tellement gangrené que, sur dix fonctionnaires, huit ou neuf sont concernés ». Dans un pays où rien, jamais, n’a fonctionné dans le secteur public, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation nationale, des transports, des infrastructures, etc. et où les salaires étaient payés « à l’occasion », je m’étonne qu’il y ait eu des fonctionnaires « honnêtes » ; sans doute ceux qui, morts de faim, sont au cimetière.

Mais, précise Condé, « comme me l’a demandé l’imam de la grande mosquée, nous allons nous concentrer sur les grands voleurs plutôt que sur les petits ». Espérons que ce ne sera pas qu’une « chasse aux peuls » ! Condé veut « geler tous les contrats passés en 2009-2010 », c’est-à-dire depuis la mort de Conté ; sans doute pour n’être pas désagréable avec les « hommes politiques » qui ont géré la Guinée sous Conté et sont, aujourd’hui, nécessairement, ses alliés.

Condé veut aussi « désarmer » la Guinée : 4.200 militaires vont être mis à la retraite. Et les autres vont « participer à la vie économique. [L’armée] va construire des routes, rénover des usines, et nous sommes en train de créer une brigade agricole ». Mais il ne dit rien de la hiérarchie militaire qui, pendant des décennies, à mis la Guinée en coupe réglée, exploitant les sociétés d’Etat, encaissant les « commissions » sur les contrats, assurant la « sécurité » des sites de production minière, organisant le racket des populations et participant à tous les trafics y compris ceux de la drogue et des êtres humains.

Condé en « Monsieur Propre » ? Avec le « printemps africain », il nous promet un grand nettoyage. Sauf que ce qui nous tombe dessus en ce moment c’est un grand déballage : celui de « l’affaire Getma-Bolloré ». Mauvais calendrier. Jamais personne ne parle de la Guinée mais voilà que Condé débarque à Paris alors que cette affaire passionne la presse française.

Pour la bonne raison que Bolloré est, incontestablement, le groupe privé français le plus ancré au « sarkozysme » et que celui-ci n’est pas au mieux de sa forme à un an de la présidentielle française. « L’affaire Getma-Bolloré », c’est la version guinéenne de « l’affaire Progosa-Bolloré » qui, voici pas loin de deux ans, a fait les beaux jours des médias (cf. LDD Progosa 010 à 014/Lundi 1er à Vendredi 5 juin 2009). Progosa, c’était à Lomé, Getma, c’est à Conakry. Le schéma est le même : manu militari les autorités en place balancent à la mer les gestionnaires du port pour les remplacer par le groupe Bolloré. « J’ai pris une décision souveraine pour les intérêts de la Guinée », commente Condé dans Le Figaro (cf. supra). Mais dans le même temps, les journalistes révèlent le déroulement de l’affaire qui n’a rien à envier (dans le fond, la forme est plus soft : il n’y a pas encore de morts) aux méthodes de Sékou Touré et de Conté. Il faut lire à ce sujet ce que Sylvain Courage dit dans Le Nouvel Observateur (24 mars 2011) de la collusion entre Condé et Bolloré et du rôle de Bernard Kouchner (qui a repris du service comme consultant depuis qu’il a été viré du gouvernement).

Jean-Pierre Béjot

La Dépêche Diplomatique


Lecture à compléter par:

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20110323.OBS0123/guinee-bollore-sarkozy-l-embarrassante-affaire-du-port-de-conakry.html

Bonne semaine,
Gayo


 

8 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

New Look28/03/2011 16:26:04
J'en connais qui sont prêts à nous dire que ce monsieur béjot est un peul ou qu'il sort avec une peule...
SAID28/03/2011 20:55:44
De tels articles font la fiérté du site guinéepresse. Je suis comblé de joie de cette analyse. Que Dieu benisse la Guinée avec sa diaspora.
Alhadji Hambourg29/03/2011 10:58:39
Le militaire qui avait arrêté le président Alpha Condé à Pinê a aussi été arête à la présidence…

29-Jan-2011

Au lendemain de la présidentielle du 14 décembre 1998, le président du Rassemblement du peuple de Guinée et candidat malheureux à cette présidentielle a été arrêté dans la petite localité de Pine, préfecture de Lola.

Et le soldat de deuxième classe à l’époque du nom d’Aboubacar Camara qui avait mis la main sur le leader historique était devenu un héros au pays et au sein de l’armée. Et a l’époque, le Capitaine Issiaga Camara, neveu du feu président général Lansana Conté avait approché le jeune militaire qui est venu à la présidence de la république et est resté dans les grâces du chef pour avoir arrêté son adversaire le plus coriace de tout les temps. Et après le décès du vieux général, Aboubacar Camara qui est aujourd’hui Capitaine de l’armée guinéenne est toujours resté à la présidence de la république, précisément au palais Sekhoutoureah.

Mais avec l’arrivée de l’ancien geôlier du général Lansana Conté à la présidence de la république, les proches n’ont pas tardé pour repérer le soldat qui avait mis le grappin sur Alpha Condé. Avec qui, il faut le rappeler une bataille rangée c’était engagée avec l’actuel homme fort du pays jusqu'à ce que selon les témoins de la scène, l’un d’eux a mordu l’autre et des coups de poings ont aussitôt suivis. Du coté de la famille Camara, certains membres confient que l’officier une fois arrêté a été mis au gnouf à la sureté urbaine de Conakry.

D’autres par contre affirment que ce n’était que pour quelques jours seulement car depuis fort longtemps, on a perdu les traces du Capitaine Aboubacar Camara qui est porté disparu. Et la famille est très inquiète du sort qui a été réservé à l’officier qui n’a été présenté devant aucune juridiction avant sa disparition.

Pour confirmer ou infirmer l’information, nous avons tenté de joindre le Conseiller en communication du président Condé, Rachid Ndiaye. Et bien que ce dernier ait confié qu’il était l’ami de la presse lors d’un déjeuner de presse, il n’a pu prendre le téléphone. Peut être que ce n’est que partie remise….

Mohamed Soumah
LAMINE BAH29/03/2011 11:31:47
La manière dont cet professeur en train de diriger la guinée, même si c'est un fou, ignorant, qui ne connait rien dans la vie qu'on donné le pouvoirs, n'allé pas agir comme ça. Il ne peut pas faire l'affaires de la guinée. Ce Mr. Est incompétent, voir immoral. Tous les faux intellectuels guineanne ainsi que le général analphabète qui ont aidé ce Mr. À accédé au pouvoir de manière très frauduleuse, vous allais regretter pour longtemps. Vous avez me vos enfants en retards de 20 an encore; surtout toi tibout camara, tu es jeune, en tant que le première conseillé du président, il fallait lui dire de ne pas mettre le pays en dangé, mais tu as regardé le présent et tu as ignoré les futures. Voilà aujourd'hui, c'est tout les guineanne qui en train de payer de votre malhonnêteté intellectuel. toi et le faux général, vous allez regretter pour les crimes et les trahisons contre le peuple de guinée. Lamine bah depuis, NY. Wassalam
Yamoussa29/03/2011 17:57:34
Je suis d'accord avec New Look, il s'en trouvera des gens qui diront bien que Bejot est un Peul. Il ne dit que la verité pourtant. L'opposant HISTORIQUE va bientot se muter en HYSTERIQUE. On parie combien ?
Boubah de Coyah29/03/2011 20:34:38
Video de la rencontre de Alpha Conde et les guineens de la France sur le site tamtam guinee.Vous pouvez voir ce qui s'est passe a l'exterieur de la salle de rencontre avec la police, les vigiles du RPG et des guineens qu'on a refuser d'acces a la salle.Vous pouvez voir aussi SALIOU,ce guineen qui a pu s'adresser a ALPHA.A vous d'apprecier.
Boubah de Coyah29/03/2011 20:41:14
Le militaire qui avait arrete Alpha Conde a Pine en 1998 a ete aussi arrete a la presidence de la republique ou il servait.Sa famille n'a plus ses nouvelles depuis, selon guineelive.com
Ali05/04/2011 06:45:22
Mais vous aussi! Vous interpretez mal ce scenario hein! Ce monsieur a "daba" notre handicape national comme un petit b.i.l.a.k.o.r.o et tout ce que le vieux gatteux a eu comme defense c'etait ses dents (ups dentiers hahahahahaaa).....Apres la bastonnade de Alpha a Pine le gars l'a ligote comme un fagot de bois et on l'a jette dans le vehicule direction Kankan sous la demande de Koureissy Conde (ex-mediateur). Quand Alpha a vu Koureissy il a pleure comme une femme et ce dernier a dit de mettre notre "prof elu" a l'aise... apres tout ceci le monsieur a ete bien recompense (je ne suis pas fan de Koureissy mais ici je parle de l'ingratitude du vieux haineux). Si les gens ne prennent garde ce militaire et Souape Kourouma seront liquides en prison. Personne ne parle d'ailleurs de ce dernier, sa famille a tout fait mais rien que Nenni. On dit partout que c'est un preisonnier personnel du vieux desposte. Un parent a l'indigne Jacuqes Kourouma qu'on voit faire la vigile a Paris a la reception de celui qu'il avait traine dans la boue quand il etait encore lucide... mais depuis qu'il commence a fumer de la moquette... il a change de camps ce vieux escoc pour esperer sortir de sa misere.