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Langues africaines et Hommage à Eldridge Mohammadou au menu d’une conférence à Bruxelles


Eldridge Mohammadou derrière John NguFoncha au début des années 60Lundi, 18 avril 2011 16 : 29

Rétrospectivement on peut dire de ses objecifs qu'ils étaient autant simples qu'ambitieux.

Le Lion africain doit (ré-) écrire lui-même son Histoire au lieu de continuer à  ingurgiter celle, tronquée et indigeste, écrite par les chasseurs de l’Europe coloniale.

Les langues africaines doivent être pleinement réhabilitées afin d’être utilisées au service du développement et de la renaissance de l’Afrique.

Le continent doit se libérer du colonialisme et du néo-colonialisme.

Et pour atteindre ces objectifs chacun doit s’impliquer pleinement dans son domaine de compétence et surtout donner de soi.

Avec un passé pro-upéciste et un caractère incontrôlable, il comprend vite qu’il n’a pas sa place en politique dans le Cameroun post-indépendantiste, alors il démissionne de l’administration en 1964 après avoir côtoyé de près John Ngu Foncha et Ahmadou Ahidjo : « vous voulez des gens qui veulent plier les genoux, je ne veux pas en être, je ne peux pas en être !».  

Alors Eldridge Mohammadou consacrera sa vie à la recherche, la publication et l’enseignement, après s’être donné les compétences intellectuelles et linguistiques pour faire le travail: il apprendra, en autodidacte,  pas moins sept langues dont le Sango, le Kikongo, le Fulfulde, l’Allemand, le Français, l’Anglais et l’Espagnol.

Mais son passé lui vaudra un ostracisme implacable au Cameroun, car finalement c’est à l’université de Maiduguri que l’historien et linguiste camerounais, qui fût à la fois militant contre le colonialisme et le néo-colonialisme,  enseignant, chercheur et écrivain  finira ses jours le 18 février 2004. Vu du Cameroun il mourra dans l’anonymat.

Il laissera une œuvre proprement impressionnante:  plus d’une vingtaine d’ouvrages, écrits tant en Français, en Anglais qu’en Fulfulde , un recueil des traditions orales des peuples du Nord-Cameroun (Fulbé, Mboum, Bouté, etc), participation comme rapporteur à la célèbre conférence de Bamako de 1966 qui, sous l’égide de l’UNESCO, avait créé, formalisé et adopté un nouvel alphabet latin pour l’écriture de certaines langues africaines telles que le Fulfuldé, le Bambara, le Haussa, le Touareg,  etc ; écriture en Fulfulde et en Français de l’Histoire de tous les Lamidats du Nord Cameroun, incluant une liste de tous les Lamidos qui y ont régné avec leur biographie et arbres généalogiques respectives, etc. Dans tous ses œuvres il s’est bien sûr servi des archives du Colon, mais il a toujours rigoureusement tenu a recueillir sur le terrain les sources archéologiques et les traditions orales des peuples concernés.

Le site d'information en Fulfulde peeral.comEldridge Mohammadou, c’est donc une vie au service d’une cause, le souci de laisser à la prospérité des instruments pratiques pour pouvoir,  non seulement continuer l’œuvre des premiers chercheurs, mais surtout   lire, écrire et communiquer en langues africaines, comprendre l’histoire des peuples africains et s’en servir pour se libérer.

Pour ne prendre que deux exemples, lorsque nous nous connectons sur des sites internet comme le site du la BBC Haussa http://bbc.co.uk/hausa , ou le site http://www.peeral.com (site multimédia en Fulfuldé) ou alors lorsque nous lisons des livres ou des journaux dont l’alphabet d’écriture est basé sur des caractères latins et qui sont écrits en Bambara, en Fulfulde ou Hausa nous profitons directement du travail de ces pionniers qui se sont mis au travail dès le lendemain des indépendances pour rejeter de la meilleure des façons le rouleau compresseur destructeur de la culture que la colonisation à mis en route.

Le site d'expression Hausa de la BBCMais aujourd’hui, où en sommes nous ? Pour se limiter à l’aspect linguistique, les générations qui ont suivi utilisent-elles à bon escient  les outils mis à notre disposition par Cheick Anta Diop, Amadou Hampâté Bâ, Théophile Obenga et d’autres chercheurs moins célèbres tels qu’Eldridge Mohammadou ?   Peut-on vraiment encore parler d’un problème d’outils pour lire, écrire et communiquer en langues africaines ? Pourquoi l’apprentissage des langues maternelles reste encore si marginal dans l’éducation de nos enfants ?

 

Beaucoup d’africains évoquent le problème d’intégration et d’acceptation pour expliquer leur choix d’apprendre à leurs enfants uniquement les langues européennes comme l’Anglais, le Français, l’Espagnol ou l’Allemand. Dans quelle mesure une transmission prioritaire de nos langues à nos enfants peut constituer un obstacle à leur intégration, tant au niveau de leur milieu de vie immédiat qu’au niveau universel ?

Pour discuter de ces discuter de ces questions et rendre hommage à Eldridge Mohammadou, et à travers lui à tous les pionniers, célèbres ou anonymes qui ont fait tant de sacrifices pour faire avancer la renaissance africaine,  l’Association pour la Promotion de la Justice et de l’Education organise le 30 avril prochain au Centre Culturel de Pianofabriek à Bruxelles une conférence-débat  autour des thèmes suivants : 

  • « Apprentissage des langues africaines: obstacle ou instument d’intégration et d'accès à la citoyenneté (mondiale) ? » 
  • « Qui était Eldridge Mohammadou et Comment lire son œuvre ? » avec Mr. Christian Seignobos qui a travaillé pendant une trentaine d’années avec le chercheur camerounais.

 

Contact et Information : APJE-info@oumarou.net ou 0032 488 353436

Biographie de Eldridge Mohammadou par Christian Seignobos.

Roufaou Oumarou

 


 

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VOS COMMENTAIRES

Diallo Mamadou Saidou20/04/2011 23:45:11
C'est un excellent travail de recherches. Il y a une richesse culturelle telle, qu'il convient de la valoriser par tous les moyens humains et financiers ainsi que par les outils technologiques disponibles, dont l'internet, les bibliothèques virtuelles, les médias, etc." S'enraciner pour s'épanouir", disait Senghor du Sénégal, s'enraciner dans sa culture ancestrale et s'épanouir en frayant le lien entre cette culture et la civilisation de l'universelle. La langue commune de l'humanité demeure pour longtemps encore l'anglais. Les enfants doivent apprendre leurs langues culturelles et l'anglais, plus quelques langues officielles et de voisinage. Avec trois langues apprises à l’école (primaire et les dix premières années d'études) les lycées et universités mettront l'accent sur les sciences, les arts et métiers (au lycée et à l'université). Il convient d'identifier ce qui a échoué dans l'enseignement des langues locales en Afrique et rectifier le tir.
Il conviendra d’opérer des choix ardus, entre : la promotion des langues locales comme instrument d’expression des cultures et d’échanges interculturels, et les langues de métier, des sciences, et de la recherche, communément partagées avec les administrations et la coopération internationale.
La non valorisation de ces langues explique en soit une bonne partie des échecs des sociétés civiles africaines, dans l’effort de mobilisation des énergies dynamiques, nécessaires, à la participation politique pour influencer les choix des projets de sociétés. Cet effort préserverait plus la paix en Afrique en atténuant les tensions entre les attitudes de domination culturelle de la langue de l’ethnie du président, chef de l’Etat, aux autres cultures composant les quasi-nations d’Etat-nation, aussi bien que celles des nations sans-Etats.
L’internet soulève des défis énormes de gestion des frontières linguistiques africaines et les frontières terrestres. L’internet créera-t-il des Etats virtuels (Cyber-Etats) pour des nations linguistiques au-delà des frontières souveraines terrestres, dans le méandre des grands empires précoloniaux ? Y’aura-t-il d’autres Haiti de 1804 quelque part encore en Afrique? La Yougoslavie, l’URSS, la Sierraléonne, le Libéria, le Tchad, le Polisario, la Libye, la Côte d’ivoire, la Guinée, le Mozambique, l’Afghanistan, le Pakistan, le Burundi, le Congo, le Rwanda, les Comores, la Belgique, l’Espagne, l’Irlande, l’Irak-le Kurdistand, le Cashimir peuvent produire des matières à réflexion, parmi tant d’autres pays membres de l’ONU.
Les identités linguistiques grandissent avec les dimensions de la condition humaine : l’épanouissement humain les revendique et les exacerbe et, les exclusions et les attitudes de domination les rendent encore pires.
Encore tous mes hommages à l'auteur de cette riche recherche.
Saidou
Mody Camara21/04/2011 12:31:54
Je suis à Mons, en Belgique. Je serai là, à cette conférence. Merci guineepresse.