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GUINEE : "LA GUERRE DU FEU"
C'est le titre du roman de J.H. Rosny aîné (1856-1940) que j'emprunte pour cette chronique, vous allez voir pourquoi. Le sous-titre de "La guerre du feu" est "Roman des âges farouches" et Rosny aîné précisait que c'est un "voyage dans la très lointaine préhistoire, aux temps où l'homme ne traçait encore aucune figure sur la pierre ni sur la corne. Il y a peut-être cent mille ans". Aux prises avec les éléments et les bêtes féroces, le primitif fait l'apprentissage de l'angoisse et de la terreur, luttant de toutes ses forces inentamées pour ne point périr. Comment survivre avec seulement des massues et des pierres comme armes dans des éléments hostiles? La tribu des Oulhamr (tel est le départ du roman) se laisse ravir le Feu par une tribu rivale, les Dévoreurs d'Hommes. Va s'ensuivre alors une guerre sans merci, une guerre totale car qui possède le feu ne doit pas se le laisser ravir sous peine de périr. La guerre du feu constituait ainsi une des panoplies essentielles de la sauvegarde de la tribu (la nation).Comme affrontement, la guerre du feu des hommes des carvernes était rude et meurtrière. Mais les nécessités du temps l'imposait. La possession du pouvoir politique en République de Guinée en constitue un cas d'école qui évoque actuellement, avec bien sûr le recul du temps, la surveillance du pouvoir de deux tribus face à face. Celle de l'entourage présidentiel de Lansana Conté et celle du Premier ministre Lansana Kouyaté. Cela fait un an que ces deux tribus se guettent pour rien pendant que le pays continue de sombrer. La classe politique au pouvoir ne semble même pas s'en apercevoir, puisqu'elle continue de s'exprimer sur ces questions avec une légèreté et un optimisme déconcertant comme l'homme préhistorique rivé au rougeoiement de son feu de bois et aux moindres gestes des tribus voisines qui pourraient tenter de le ravir; les dirigeants guinéens n'ont toujours veillé que pour le strict contrôle de leur pouvoir politique. Ce sont les deux têtes de l'exécutif guinéen actuel qui illustrent à merveille la phase sommaire d'une guerre du feu avec en moins des munitions de massues ou de pierres ... du moins jusqu'ici. Le théâtre de cette guerre se joue dans le cadre d'un décalage temporel et culturel stupéfiant. Malgré son "tour du monde" du Caire à la CEDEAO et à l'OIF, qui aurait supposé des contacts intellectuels et culturels fructueux avec d'autres et utiles au management d'une Primature, la culture reçue dans le moule du PDG quant à l'approche du pouvoir a été la plus forte. D'où l'accumulation d'erreurs commises depuis avril 2007. Avec les évènements de janvier-février 2007, la culture et le temps étaient en train de changer pour la Guinée mais Lansana Kouyaté ne l'avait pas remarqué. Partout où des gouvernements de transition ont été installés en Afrique, leur rôle avait été de remettre de l'ordre pour un nouveau départ. Même si des points relatifs au Gouvernement de Kouyaté ont été biaisés par le mauvais ficelage de l'accord tripartite auquel n'avaient pas participé les partis d'opposition qui y auraient sans doute apporté plus, le Premier ministre non assoiffé de pouvoir et en "diplomate chevronné“, aurait dû s'auto imposer des limitations pour la clarté de la suite des choses. Sentant que son président n'avait plus pour longtemps en raison de son état de santé et que d'autres lorgnent la place (peut-être) bientôt vacante, Kouyaté a sans doute pensé que ça serait bête et peu combatif de la leur laisser. Dans cette affaire, les uns et les autres ont oublié que des vieux grabataires ont parfois enterré tous les héritiers présomptifs. Pour ce qui a rapport à l'opposition politique guinéenne, peut-on penser à la stratégie de la guerre du feu? Franchement, je ne le pense pas pour la simple raison qu'elle n'a pas encore accédé au pouvoir. Cependant, au début des années 90, après la légalisation des partis d'opposition, il y a eu comme une sorte de guerre de feu entre les tribus qu'ont semblé former les leaders politiques. Avec l'expérience qu'ils avaient acquise à l'extérieur, ils ont eux aussi paru décalés par rapport aux réalités. Celles-ci devaient leur commander une synergie d'actions sans laisser à Lansana Conté le temps de consolider son parti avec les moyens et toute la logistique de l'Etat. En outre une demande potentielle importante de renouvellement de l'encadrement sociopolitique existait dans le pays réel. Le pays légal constitué alors des débris du CMRN en avait conscience et était un tantinet réticent sur l'instauration du multipartisme. Mais ayant vite compris que cette évolution allait conduire à un extraordinaire émiettement du champ politique qui ne pouvait qu'arranger les affaires de ceux qui disposaient de l'appareil d'Etat, la légalisation des partis eut lieu. La Guinée en compte aujourd'hui 49. On a l'impression, bien sûr après coup et à distance, que ce piège de l'excessif émiettement des partis politiques de l'opposition a retardé les nécessaires changements qui doivent intervenir en Guinée. La question ici n'était pas le multipartisme en soi mais des nécessaires alliances ou ententes dès le départ. Voilà pourquoi, j'ai parlé de décalage : décalage vis-à-vis de l'attente de changement souhaité par les Guinéens et de décalage quant à la soif de pouvoir d'un certain nombre de ceux qui se sont lancés dans la création de partis comme d'autres se lancent dans la création d'entreprises. On ne peut, cependant pas rester à ce constat qu'il faut maintenant dépasser pour reconnaître que les jugements à l'emporte-pièce, portés parfois sur l'opposition et ses leaders sont excessifs. Ils ne tiennent pas compte de la réalité de l'environnement où travaillent les leaders de l'opposition et leurs militants. Il faut se rappeler que c'est tout de même grâce à l'action militante de ces partis qu'est entrée en Guinée une certaine libéralisation du régime issu du coup d'Etat de 1984. Jusqu'à cette libéralisation, le comportement dominant des gouvernants vis-à-vis des gouvernés était celui hérité du PDG à système mono partisan et qui s'est poursuivi avec les trucages électoraux même après l'instauration du multipartisme. La déception de constater que les rivières tarissent aussi doit avoir conduit au relâchement, voire à l'abandon du militantisme de certains. Or les chefs de l'opposition ne sont ni des rivières qui coulent avec le tirant d'eau qui ne baisse pas, ni ne disposent de caisse d'Etat dans lesquelles aller puiser comme cela a pu se passer dans les rangs du PUP. On peut donc imaginer les difficultés ( seulement existentielles) de certains chefs de petits partis face au quotidien du parti et des militants. Bref un parti se gère comme une entreprise, il faut des moyens que n'ont pas tous les partis de l'opposition. Il ne faut donc pas attendre des miracles. L'autre critique, à mon avis également excessive, à l'encontre de l'opposition a été de stigmatiser certains partis en les désignant de partis ethniques. Je pense qu'il est tout à fait normal voire responsable que des analyses attirent fortement l'attention et mettent les leaders en garde contre la tentation ethnocentrique, sans pour autant tomber dans le pamphlet. En fait, je ne connais pas de grands partis dans le sigle duquel apparaît une référence ethnique ou régionaliste. Tous visent l'unité de la nation guinéenne en formation. A ce qu'on constate et en dépit des mille et une vilenies endurées depuis des années tous les Guinéens sont attachés à la Guinée en tant qu'entité politique unique. Puisque je parle de nation en formation, il faut qu'en considérant les partis politiques comme vecteurs de premier plan dans cette formation, on adopte une approche multicritère dont celle-ci. Si l'on veut une constitution durable et solide de nos partis politiques, il faut partir de la réalité des régions nodales, c'est-à-dire des régions perçues comme nœuds de toute une série d'interactions (humaines, géographiques, historiques économiques etc.). Perçues comme nœuds dans l'espace national guinéen, les quatre régions peuvent servir de point de départ à des partis politiques sans être catalogués d'ethniques. A long terme, elles peuvent réciproquement irradier les unes sur les autres. Ces irradiations multipolaires des régions nodales finiront sous l'impulsion de l'administration et des partis politiques et d'autres acteurs institutionnels par former un tout national homogène institutionnellement. On voit donc que de l'hétérogénéité des partis et des régions dites ethniques on finira par obtenir une homogénéité nationale. Le parti ayant démarré dans tel point du territoire national verra son audience (proportionnelle) étendue à tout le territoire national. En dehors de cette conception de la politique, le combat qui se déroule dans ce domaine existe bel et bien et il est parfois rude, on le sait, mais pour que les Guinéens deviennent comme dans les autres pays d'Afrique et d'ailleurs, il faut qu'ils rompent avec les faux mythes qui entourent une indépendance dont on peine à trouver des traces positives. Ansoumane Doré
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