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Etat de terreur en Guinée2011-08-05 12:47:29 Arrestations arbitraires, tortures, violation de domicile et saccage des maisons et des biens, tels sont les exploits des éléments de l’armée et de la gendarmerie chargés de mener les enquêtes sur les tirs contre la résidence d’Alpha Condé à Kipé. Un retour sous escorte de guerre De retour de son séjour américain, Alpha Condé a regagné le palais présidentiel sous une impressionnante escorte militaire avec des hélicoptères de combat (MI-24) qui se sont illustrés dans les guerres en Afghanistan, Irak et Tchechenie. Pourtant la Guinée n’est pas officiellement en état de guerre. L’état d’urgence n’a pas non plus été décrété. A défaut de l’amour des Guinéens, Alpha Condé est désormais prisonnier de lui-même et de son armée plus tribalisée que jamais. Une absence totale d’indépendance de la justice Selon un site en ligne, au moins huit différents services mènent l’enquête sur cette affaire. Cinq de ses services relèvent des renseignements rattachés à la présidence. Chacun des services travaillant indépendamment les uns des autres. Ce qui constitue déjà une violation du code de procédure pénale (CPP). Parmi les services intervenant, l’armée de terre qui n’a aucune qualité pour intervenir dans cette procédure. Un mobile à la poursuite de l’épuration d’une armée déjà tribalisée Le rapport sur la réforme du secteur de sécurité en Guinée transmis par le général Cissé à Sekouba Konaté en mai 2010 disait page 4 « Dans le domaine de la défense, les forces armées guinéennes ne correspondent pas à un schéma républicain. Elles se caractérisent par l’indiscipline, l’implication dans des activités illégales, un recrutement et des avancements de complaisance ». Il constate que « le dispositif juridique n’est pas mis en application, ou encore, il n’est pas géré démocratiquement. De cela résulte une confusion manifeste des rôles et des compétences entre les différentes forces ; confusion qui se fait au profit de l’armée ». C’est une armée dont l’effectif réel demeure un mystère. Le rapport du général Cissé mandaté par l’ONU en application de l’Accord de Ouagadougou fait observer qu’entre 2001 et 2009, l’effectif des armées est passé de 10 000 à 32 261 hommes sans compter la gendarmerie avec un pic d’accroissement exponentiel entre 2008-2009, avec plus de 10 000 recrues au profit notamment de la gendarmerie. Résolu à ne pas subir le sort de ses pairs NKwamé Nkrumah et Modibo Keita renversés par des coups d’Etat, Sekou Touré déclare, en 1968, « qu’il n’y aurait jamais de coup d’Etat en Guinée, mais il a ensuite réajusté son idéologie révolutionnaire à l’égard de l’armée et a de plus en plus usé de la terreur, des divisions ethniques, du clientélisme et de toutes nouvelles formes de surveillance populaire révolutionnaire pour avoir les forces armées complètement sous son contrôle ». (Rapport ICG précité). Les cellules de son parti démocratique de Guinée (PDG), les comités d’unité militaire favorisent le climat de suspicion au sein de la grande muette. ICG observe que « tout au long de l'histoire de la Guinée, les forces armées ont été politisées et utilisées pour réprimer l'opposition civile, en procédant à des exécutions extra judiciaires, en faisant usage de la torture, et même en participant au trucage des élections […] « L’existence de factions menace sérieusement la cohésion institutionnelle. La ligne de fracture la plus évidente et potentiellement volatile est ethnique. Chaque chef d'Etat a privilégié les membres de son groupe ethnique dans les forces armées et créé des rivalités en leur donnant des promotions ou des rentes. La plupart des officiers à des postes de commandement cherchent à s'entourer de jeunes soldats appartenant à leur groupe ethnique » (p24). Lansana Conté a tenté de marginaliser les officiers malinkés, alors plus nombreux, après les coups d’Etat de Diarra Traoré de 1985 et la tentative de putsch de 1996 en s’appuyant sur des unités spéciales comme les Rangers. Le CNDD a mis à la retraite les officiers supérieurs en service sous Lansana Conté à l’exception de Toto Camara et a promu tous les membres de son groupe. Méfiant, il a très vite écarté certains comme Aboubacar Sidiki Camara alias Idi Amin qui est présenté comme la tête pensante du CNDD et Saa Alphonse Touré. Il s’est appuyé sur certains corps et casernes de l’armée. Sekouba a pris le soin de démanteler les unités sur lesquelles s’appuyait Dadis en comptant sur des hommes comme Bunduka Condé et le Bataillon des troupes aéroportées (Bata). Il a également réintégré les écartés de Dadis en les gratifiant d’une élévation. C’est ainsi qu’après avoir libéré Idi Amin, il l’a nommé chef d’état major adjoint des forces armées. Tout en gardant Pivi et Thiegboro, des proches de Dadis Camara, il les a écartés des prises de décision. Empruntant les pratiques de ses prédécesseurs qu’il dénonçait pourtant, Alpha Condé conserve les traditions d’indiscipline et de népotisme. Bien que civil, il place ses pions en s’appuyant sur le noyau restant du CNDD et sur certains membres de son cabinet présidentiel présentés comme des têtes pensantes à l’instar de François Fall, Ministre d'Etat, secrétaire général à la présidence et Mohamed Diané directeur de cabinet à la présidence. En janvier 2011, il a ainsi confirmé le général Boundouka Condé comme chef d’état major de l’armée de terre ainsi que le-Colonel Moussa Thiegboro Camara, et le lieutenant colonel Pivi. Il a reconduit le général de brigade Namory Traoré à la tête de l’état major général des armées et le général de brigade Ibrahima Baldé (fossepel) à l’état major de la gendarmerie nationale. Tout comme ses ministères, ses différents chefs de cabinet et sa myriade de conseillers, certaines de ses nominations sèment la confusion. Ainsi en décembre il nomme comme chef d'Etat major général des Armées, le général de division, Kèlèfa Diallo en remplacement du général de division Nouhou Thiam. Le 9 janvier 2011, il nomme Boundouka Condé au même poste sans muter le premier. S’en est-il rendu compte ? Il est vrai que dans le décret nommant le dernier figurent des mots comme junior et sénior « Article 1er: sont nommés dans les fonctions de commandement de l’armée, les officiers juniors et supérieurs ci-après » sans que les différents postes attribués ne permettent de distinguer ce qui est junior ou senior. La réforme tant attendue de l’armée n’est pas du tout en bonne voie. Alpha Condé est Ministre de la Défense et a nommé le général de brigade Bouréma Condé comme son chef d'état major particulier. Il a mis en place une structure collégiale de vingt cinq membres pour l’appuyer. Parmi eux : Idi Amin passé au grade de général, devient son directeur de cabinet tandis que le colonel Amadou Tidiane Diallo devient chef de cabinet (on aimerait savoir la différence entre chef et directeur de cabinet). Il place à la tête des différents commandements militaires :
Le 18 janvier, il édicte un autre décret (D/2011/021/PRG/SGG) portant nomination aux postes de commandement militaire. Le Lieutenant colonel Zézé Onivogui devient chef d’état major de l’armée de l’air en remplacement de Lansana Touré. Mais quid alors de Kadjali Conté ? Il a commencé les purges au sein de l’armée dès son installation au pouvoir. Le 21 novembre 2010, à l’issue d’un couvre feu décrété suite aux troubles électoraux, Idi Amin et le gouverneur de Conakry le commandant de bataillon Resco Camara accompagnés des éléments du Bata présentent aux média une vingtaine de militaires arrêtés pour « violation flagrante des consignes du couvre feu » et fouettés au mépris de toute dignité. Voici la liste des personnes arrêtées : 1-Adjudant Aboubacar B Bangoura, Bataillon du Génie Militaire (BGM), Mat.23089G Puis, le 23 janvier 2011, lors de son déplacement au Burkina Faso, le général Boundouka Condé et Kelefa Diallo ordonnent l’arrestation du général Nouhou Thiam aux motifs que ce dernier « ne cesse d’appeler les anciens collaborateurs de Sékouba à la révolte et à la désobéissance ». Nouhou Thiam avait déjà été arrêté en septembre lors du déplacement de Sékouba au Liban. Il est cité de nouveau dans cet étrange complot d’Alpha Condé. En avril 2011, ce sont les militaires affectés à la garde de Cellou Dalein qui sont arrêtés et radiés de l’armée. Comme pour le dernier « complot » d’Alpha, il y a de nombreuses contradictions dans les propos des autorités. Dans un communiqué de protestation, le général et ministre Toto Camara affirme que « les services de sécurité ont désarmé près de 40 gardes rapprochés, en bérets rouges. Ils sont actuellement objet d’interpellation ». Alpha Condé, lui, se contredit. Dans l’hebdomadaire Jeune Afrique il déclare : « Il n’y a jamais eu de perquisition, mais un problème interne à la garde personnelle de Cellou. L’argent qu’il distribue à ses hommes, dont certains sont des Bérets rouges, a été mal réparti, et l’un d’entre eux, mécontent, est venu exiger son dû les armes à la main. Tout ce qu’on a raconté dans les médias à ce sujet est faux ». (Jeune Afrique 31 mai 2011 http://www.jeuneafrique.com/Articleimp_ARTJAJA2628p022-029.xm.) « D’abord, les 3 militaires qu’on a arrêtés c’était des militaires habillés en civil ...(alors que Toto dit qu’ils étaient en tenue). Ils étaient dans la manifestation et on les a pris avec des kalachnikovs et des fusils. Ils ont été condamnés. Mais nous ne pouvons plus accepter que des gens se permettent de casser les véhicules. Est-ce que vous pensez qu’on va continuer à accepter que des gens occupent la rue, jettent des pierres sur les gens ? Non. Personne n’est au-dessus de la loi ». (http://www.rfi.fr/afrique/20110621-alpha-conde-president-guinee-conakry). Il faut rappeler que depuis l’arrivée au pouvoir du CNDD, le domicile de Cellou Dalein est devenu le terrain de jeu ou d’attraction privilégié de l’armée en quête de caches d’armes. Ce dernier attentat d’Alpha Condé n’a pas fait exception à cette constante, moins de trois mois après leurs dernières perquisitions. Cette fois ci, elle a étendu son champ de distraction au domicile du numéro deux du parti ainsi qu’à la famille du leader en s’attaquant à sa filiation (fils mineur et fille et par extension beau fils et amis présents chez ce dernier). La fille de Cellou Dalein Diallo avait déjà été interpellée en avril pour avoir apporté de la nourriture aux militantes arrêtées. La nouveauté avec le dernier attentat d’Alpha Condé, est le saccage systématique qui accompagne les fouilles intempestives des domiciles de l’opposition et de leurs familles. Le prétendu attentat a conduit à l’arrestation d’une trentaine de personnes. Le Procureur affirme les avoir déféré devant les juges : 1.Hissiam Awal ou Hisham Fawaz (un des sites en ligne a certainement fait une erreur dans la transcription du nom) Après leur interrogatoire, le juge ne s’est pas expliqué sur leur statut pénal. C’est un hebdomadaire africain qui fait état de leur inculpation (équivalent de la mise en examen). N’étant pas sortis libres du tribunal, tout laisse voir qu’ils ont été placés en détention provisoire. Ce complot est d’autant invraisemblable qu’Alpha Condé, qui avant enquête, met en cause l’opposition et des commerçants en plus des militaires, se confiant à son grand ami François Soudan dans l’hebdomadaire jeune Afrique du 31 mai 2011, accusait déjà l’opposition de vouloir recruter des mercenaires. Au rythme où vont les complots, Alpha Condé risque de battre le record de la période sombre de son autre prédécesseur civil et camarade, qui au lieu de s’atteler à la construction et au développement de la Guinée, a concentré toute son énergie à créer un climat de suspicion, de méfiance, de délation et de terreur. Hassatou Baldé
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