Les obsèques nationales du poète Aimé Césaire, décédé jeudi 17 avril, auront lieu dimanche 20 avril en Martinique en présence de plusieurs personnalités françaises et étrangères, a annoncé le Parti populaire martiniquais, parti qu'il a fondé. Le président français Nicolas Sarkozy devrait faire le déplacement, a annoncé l'Elysée. D'ici là, trois jours d'hommage au chantre de la "négritude", disparu à 94 ans, doivent avoir lieu.
Les autorités de Fort-de-France envisagent que le cortège transportant sa dépouille emprunte les différents quartiers de la ville, dont il a été le maire entre 1945 et 2001, dès vendredi. La population de l'île devrait aussi lui rendre un hommage au stade de Dillon, à Fort-de-France, avant la cérémonie d'obsèques nationales. L'Assemblée nationale devait observer, jeudi, une minute de silence à la mémoire de celui qui fût, aussi, le député ayant battu tous les records de longévité parlementaire de 1945 à 1993.
Le secrétaire d'Etat à l'outre-Mer, Yves Jégo, qui s'est rendu sur place, a demandé "l'ouverture d'un registre de condoléances" pour le poète et homme politique de l'île, ainsi que la création d'un registre virtuel de condoléances sur le site du ministère.
Appels pour un enterrement au Panthéon
Le poète martiniquais est mort, jeudi dans la matinée, au CHU de Fort-de-France, en Martinique, où il était hospitalisé depuis le 9 avril. Depuis son hospitalisation, pour des affections "de nature cardiologique", à l'hôpital Pierre Zobda-Quitman de Fort-de-France, des rumeurs alarmistes circulaient sur son état de santé, qualifié de "préoccupant" par ses médecins.
Aimé Césaire fut, avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, l'un des chantres du courant de la "négritude". L'auteur du Cahier d'un retour au pays natal avait consacré sa vie à la poésie et à la politique. Principale figure des Antilles françaises, il fut depuis les années 1930 de tous les combats contre le colonialisme et le racisme.
Les Martiniquais attendaient ces derniers jours avec sérénité, et dans la discrétion, l'évolution de l'état de santé d'Aimé Césaire, notamment à Fort-de-France, la ville dont il fut le maire pendant cinquante-six ans, de 1945 à 2001. Le président Nicolas Sarkozy avait salué le 26 juin 2007 en Aimé Césaire le poète et "homme d'action", "porteur d'un message de paix, de tolérance et d'ouverture", à l'occasion du 94e anniversaire de l'écrivain, dans une lettre rendue publique par l'Elysée. Après avoir refusé de rencontrer M. Sarkozy lors d'un voyage prévu, puis annulé, aux Antilles en 2005, le poète martiniquais avait finalement reçu en mars 2006 celui qui était alors ministre de l'intérieur.
Plusieurs élus, dont Ségolène Royal (PS) et Jean-Christophe Lagarde (Nouveau Centre), ont demandé que la nation lui rende hommage en l'accueillant au Panthéon, une idée à laquelle la ministre de la culture, Christine Albanel, s'est dite "favorable". "Au regard de l'œuvre et de la vie d'Aimé Césaire, il serait souhaitable, monsieur le président, que vous puissiez proposer, sous réserve naturellement de l'accord de sa famille et de ses proches, son entrée au Panthéon", a notamment écrit M. Lagarde dans une lettre adressée à l'Elysée.
Source : le monde
Hommage à Aimé Césaire
Après Dieu et le verbe.
Il y aura toujours...
Les arbres de nostalgie en Tasmanie
La verve inaugurale
L’étincelle des mots
Quand ils deviennent arme
Les phrases embrasèrent les solitudes
Et les résignations
Les poèmes ressuscitent les courages
Pour le retour vers les terres ancestrales
Il retrouva le vieil amadou que l'Afrique
Déposa dans son cœur.
Chanter le poète est une dérision.
Qui jamais s'acquittera d'une dette si lourde?
Qui sait où vont souffler les mots ?
Comment ils rebroussent chemin
Des terres d’esclavage
Vers les harmattans
Vers le Kilimandjaro
Les abords du Niger
Les alluvions du Nil
Les bas-fonds du Foutah-Djallon.
Comment ils imprègnent les consciences
Qui feront que malgré tout nous clamerons
Avoir des gardiens tenaces de l’honneur.
Pour interpeller les fausses certitudes
Des races
Que nous avons eu Fanon !
Que nous avons Mandela !
Que nous avons eu Césaire !
Dans les besaces de nos espérances !
Ourouro Bah
C'est avec beaucoup d'affliction que j'ai appris la disparition d'Aimé Césaire. C'est une perte cruelle non seulement pour la Martinique, mais aussi pour tous ceux qui luttent pour le triomphe de l'universelle fraternité.
Que son âme repose en paix.
Amen.
Mamady Koulibaly, écrivain guinéen
Césaire était de ces hommes exceptionnels dont la disparition est évidemment difficile à admettre. C'est une perte cruelle non seulement pour la Martinique mais aussi pour toute l'Afrique. Toutefois, tout comme Cheikh Anta Diop, il aura rempli son devoir au-delà de tous ces clichés réducteurs qu'il a heureusement réussi à briser. C'est cela nous rend encore plus fiers. Mes condoléances à tous.
Saliou SAMB,
REUTERS GUINEE

Revenir en haut de la page