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| Chantal Colle |
Le 19 mars 2008, le gouvernement Lansana Kouyaté a pris la lourde irresponsabilité d’expulser une citoyenne guinéenne sous le fallacieux prétexte que ses propos ont été diffamatoires à l’endroit du PM lors d’un point de presse tenu le 17 mars.
Un mois après, Madame Chantal Colle a voulu informer ses compatriotes sur cette dérive totalitariste d’une autre époque du PM. C’est ainsi qu’elle a organisé une conférence de presse le samedi 19 avril 2008 au sénat (Palais du Luxembourg) à Paris.
A cette occasion, La Ligue Guinéenne Des Droits de l’Homme et du citoyen, Fédération de France, toujours fidèle à sa mission, a fait la déclaration qui suit.
LIGUE GUINEENNE DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN
FEDERATION DE FRANCE
Nous savons que certains parmi vous s’étonnent ou s’interrogent de nous voir aux côtés de Madame Chantal Colle. C’est parce que la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme et du Citoyen, Fédération de France, n’a jamais cessé, depuis bientôt 50 années, de dénoncer les graves atteintes aux Droits humains en Guinée, surtout sous le règne du PDG. Elle condamne avec détermination et vigueur l’expulsion de Madame Chantal Colle de son pays de naissance par certains servants du pouvoir et du système qui l’ont adoptée. C’est bien cette adoption qui dénature son rôle et ses activités dans sa Guinée natale. Elle ouvre le champ à de nombreuses interprétations à cause de son affiliation au clan présidentiel. Ses activités entrepreneuriales sont peintes de toutes couleurs, soit pour disculper, soit pour condamner sa présence dans les arcanes du pouvoir, elle, la jeune femme guinéenne et femme d’affaires, avant tout.
Mais la rencontre de cet après-midi nous éloigne de toutes ces considérations pour qu’ensemble, nous ne puissions partager une façon de voir et de comprendre ce que signifient pour le gouvernement de Lansana Kouyaté les droits humains édités par la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.
La méthode Lansana Kouyaté ne nous rappelle tristement que celle de son parti originel, le PDG qu’il est en voie de ressusciter à travers la commémoration programmée du cinquantenaire. La Ligue est aux côtés de madame Chantal Colle afin que les autorités judiciaires compétentes de notre pays appliquent la loi, rien que la loi.
Alors, nous exigeons avec fermeté la levée immédiatement et sans condition des mesures arbitraires qui la frappent et le rétablissement de tous ses droits et devoirs de citoyenne guinéenne. Comme tout patriote soucieux du développement socio-économique de son pays, Madame Chantal Colle a pris courageusement l’initiative d’informer l’opinion publique guinéenne et internationale sur la gestion calamiteuse du gouvernement issue des douloureux événements de janvier-février 2007 quand sa mission, à partir de la feuille de route, est, entre autres, de garantir la bonne gestion du patrimoine national et de restaurer l’Etat de droit.
Nous voudrions, tout de même qu’à l’issue de cette rencontre, que le Guinéen ou la Guinéenne ne regarde plus d’un air navré ou soupçonneux l’autre Guinéen, celui ou celle qui exerce son droit à l’expression et à la liberté d’opinion. Nous souhaitons qu’en sortant d’ici, le citoyen ou la citoyenne de Guinée ne soit plus inquiété parce qu’il pose un regard critique sur l’action du pouvoir public ; que celui ou celle qui ne peut supporter l’injustice, et qui, pour cela s’investit dans le combat pour la Justice et l’instauration d’un véritable Etat de droit dans son pays, ne soit plus perçu comme « ennemi du changement ou ennemi du peuple » ou encore injurieux par un gouvernement guinéen, quel qu’il soit.
La Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme et du Citoyen, fédération de France, a pour objectif premier la lutte contre toutes formes d’injustice commises à l’endroit de toute personne, quelles que soient sa nationalité, ses activités, ses opinions politiques et/ou religieuses, son appartenance régionale et ethnique…
Cependant, ce combat ne doit pas être interprété comme l’affirmation d’une éthique. Il ne peut signifier que le retour à l’équilibre dans le monde, et en ce qui nous concerne, dans la Guinée. Il y a, n’est-ce pas, un lien étroit entre l’idée de Justice et celles d’équilibre et d’harmonie, même si l’harmonie sociale est difficile à atteindre ou à établir ? Ce qui nous amène à affirmer que l’injustice crée le déséquilibre lequel trouble la paix sociale. Autant reconnaître que la justice est unie à la paix et réciproquement
Chers Compatriotes,
Mesdames et messieurs,
Amis de la Guinée,
Vous qui êtes épris de justice donc de paix, nous ne pouvons espérer redresser la République de Guinée en partant des conséquences pour en occulter les principes. Ces principes sont aussi tout le contenu de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Pour le sujet du jour : les libertés d’expression et d’opinion. A celles-ci, ajoutons le bénéfice de la présomption d’innocence pour toute personne et son droit à une justice équitable et non expéditive tel que l’a fait le gouvernement de notre pays.
L’inégalité et l’injustice sociales, le non respect des droits humains sont précisément une des conséquences du désordre que subissent la Guinée et ses populations.
Notre pays est gouverné par l’égoïsme de la hiérarchie du pouvoir autoritaire. Ainsi est-il devenu un bagne où les citoyens sont enchaînés les uns aux autres sans espoir de briser leurs chaînes, si ce n’est au dépens de leurs compagnons d’infamie. Comment qualifier un tel gouvernement porté par la force brutale et la puissance de l’argent ?
Sa démarche immonde se fait à travers des actes barbares tels que les atteintes aux droits humains, l’usage incontrôlé de l’autorité, l’intimidation et la peur, les préjugés et les exploitations misérables et bestiales de toutes sortes.
En Guinée, mesdames et messieurs, on exploite tout, l’Homme comme la Nature et ses richesses. Dans notre pays, on sacralise la prise du pouvoir ou sa possession au lieu de recommander la prise de conscience et de créer les conditions nécessaires à l’épanouissement du citoyen en toute sécurité.
C’est pourquoi ce serait, mesdames et messieurs, un acte inhumain, une complicité, même passive, si la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme et du Citoyen, Fédération de France se désolidarisait de Madame Chantal Colle, injustement privée de sa nationalité et expulsée. Mieux, il faut agir pour l’avenir. C’est en cela qu’il faut éviter à ces tyranneaux de créer des antécédents qui viendraient les renforcer dans leur injustice criarde.
Merci à vous tous et toutes d’être là, cet après-midi. Ensemble, méditons sur cette pensée de Pascal : « Ne pouvant trouver le juste, on a trouvé le fort .»
Paris 19 avril 2008
Cette déclaration a été lue par Jacques Kourouma, membre de la Ligue Guinéenne des Droits de l’Homme et du citoyen, Fédération de France.