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2011-09-11 18:38:05
J’ai appris avec stupéfaction et une douleur indicible la disparition brutale d’Almamy Ibrahima Barry, décédé le mardi, 6 septembre 2011, à la clinique Sainte-Marie d’Abidjan en Côte d’Ivoire, des suites d’une crise cardiaque fulgurante, dans sa 66ème année. C’est une perte cruelle et irremplaçable pour l’ensemble de la communauté guinéenne. Un homme exceptionnel s’en est allé, qui n’a malheureusement pas eu l’opportunité de donner la pleine mesure de ses remarquables capacités.
Nous étions arrivés au Lycée Classique et Moderne de Labé au lendemain de l’indépendance de la Guinée, à la fin d’octobre 1958, à l’âge de 12-13 ans. A l’époque, on allait au lycée et à l’internat dès la première année de collège.
D’entrée, il avait formé un trio indissociable avec deux autres de nos camarades, Doura Diallo, le futur « Shaft », décédé en 2009 à Paris, et Sow Souleymane « Sorel », qui sera, comme lui, haut fonctionnaire à la BAD, la Banque Africaine de Développement. On n’a jamais vraiment su comment il a reçu le surnom de Gouspin. Mais, il l’avait adopté et assumé officiellement.
Parmi nous, il a été l’un des tout premiers, avec Shaft et Sorel, à partir pour l’étranger, dès après le Bacc. à la fin de 1965, pour échapper à l’univers concentrationnaire sékou-touréen, chemin que la plupart d’entre nous emprunterons dans les 4 à 5 années suivantes. Pour lui, ce fut d’abord l’Université de Dakar au Sénégal, puis, après les grèves de mai-1968, celle de Grenoble en France où il accomplira un cursus complet en sciences économiques.
Il se marie alors avec une compatriote malienne, Aimée, et décide aussitôt de rentrer en Afrique. « En Europe, on vit dans l’anonymat total, sans aucune identité sociale », me confiait-il à son arrivée à la BAD à Abidjan, en 1973. Il tenait à mettre ses compétences au service du développement du continent.
En reconnaissance de l’affirmation de son efficacité et de ses qualités professionnelles, il gravira bien vite tous les échelons de la hiérarchie au sein de cette grande institution, jusqu’au rang de Représentant résident de la BAD à Rabat au Maroc pour toute la région Afrique du Nord, puis à Yaoundé au Cameroun pour toute l’Afrique centrale, ensuite à Addis Abeba en Ethiopie auprès de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), de l’OUA et du Gouvernement éthiopien, avant d’achever sa carrière au sommet de la Banque à Abidjan, juste aux côtés du président de celle-ci, Babacar N’Diaye.
Durant ce parcours, il a assumé, cumulativement, les charges d’administrateur de la Banque de Développement des Etats de l’Afrique Centrale (BDEAC) et de la Banque de Développement des Etats des Grands Lacs (BDEGL), ainsi que celle de membre du Comité d’évaluation de l’aide du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE.
Malgré l’obligation de réserve à laquelle sont soumis les hauts fonctionnaires des institutions internationales, il avait jeté toutes ses forces dans la lutte de l’opposition guinéenne contre la dictature et pour l’instauration d’un Etat démocratique et la reconstruction de la Guinée.
Descendant en droite ligne de Karamoko Alfa mö Timbo, fondateur de l’Etat théocratique du Fouta Djallon au XVIIIème siècle, il incarnait les valeurs inaliénables et universelles de nos aïeux. On le voit bien dans le mémorable « Message d’espoir » qu’il avait adressé à la nation guinéenne, à la veille de l’élection présidentielle de 2010 et dans lequel il dressait le portrait du Président dont la Guinée avait besoin. Il avait, à cette occasion, créé un parti politique, le Front Patriotique Guinéen (FPG).
« La Guinée a besoin, écrivait-il, d’un homme :
L’homme que nous avons aujourd’hui à la tête de la Guinée est aux antipodes de celui qui est ainsi décrit. Cet homme-là qui navigue à vue, sans aucune perspective, sans une vision à long terme, va tout droit dans le mur et en klaxonnant. Pauvre de nous !
Je déplore amèrement que des hommes comme Almamy Ibrahima Barry n’aient pas pu accéder aux commandes de l’Etat pour « répondre, disait-il, aux aspirations des Guinéens et satisfaire leurs espérances par la mise en œuvre de mesures concrètes immédiatement perceptibles. »
Le Très-Haut en a décidé ainsi. Puisse-t-Il l’accueillir en son sein et au royaume des bienheureux. Qu’il repose en paix au cimetière de Mamou où il a été inhumé ce 10 septembre 2011.
Je présente mes condoléances attristées à sa femme Aimée, à leurs quatre enfants, à toute la famille et à toute la nation guinéenne endeuillée.
Alpha Sidoux Barry
Conseil & Communication International (C&CI)