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2008-04-22 17:38:12
Les forces armées nationales (gendarmerie, armée de terre et de l’air) ont récemment procédé au recrutement de jeunes à travers tout le pays. L’opération vise non seulement à rajeunir mais aussi à renforcer le rang des différents Etats-majors. Aujourd’hui après cette opération qui a duré plusieurs mois, des voix s’élèvent partout pour dénoncer la magouille qui a entaché la façon dont se sont déroulées ces opérations de recrutement. En tous cas, dans les préfectures de Kissidougou et Guékédou, les jeunes exclus et leurs parents ne cachent pas leur mécontentement. C’est le cas de cette enseignante de Kissidougou qui, pour sa sécurité, a préféré garder l’anonymat :
« j’ai un fils qui a terminé ses études universitaires. Mais puisqu’il chôme actuellement, il est venu me dire qu’il veut intégrer l’armée. J’ai accepté sa proposition. Au lieu de recrutement, on lui a demandé comme frais d’inscription. Entre temps, c’est un officier qui faisait partie de l’équipe de recenseurs qui a appelé mon fils pour lui demander de payer s’il tenait vraiment à figurer parmi les admis d’office. Cela sans passer par le test physique, sanitaire et de moralité. Mon fils est venu me parler de ce que lui a proposé l’officier. Mais n’ayant pas d’argent, je ne me suis pas engagée. Au test de course, mon fils était parmi les 10 premiers. Malheureusement, son nom ne faisait pas partie des admis. C’est ainsi qu’il est reparti voir l’officier qui lui avait proposé un marché, à savoir débourser 6 millions de FG pour une des 15 places restantes réservées aux enfants des officiers supérieurs ».
Le deuxième témoignage est celui d’un représentant de l’opposition qui s’inquiète, non pas de la magouille qui a émaillé ce recrutement, mais plutôt du moment où ces opérations se font. C'est-à-dire à quelques mois des consultations électorales. En effet, notre interlocuteur s’étonne que l’armée se lance dans une opération de recrutement à l’approche des législatives : ‘’nous craignons que l’armée se lance dans ce recrutement, à la veille des consultations électorales, uniquement pour avoir des agents qui vont réprimer ceux qui vont revendiquer leur vote volé par le parti au pouvoir’’.
A Guékédou, c’est un jeune qui a combattu dans les rangs de l’armée pendant les attaques rebelles de 2000 qui exprime son inquiétude : « au moment des attaques rebelles, nous nous étions sacrifiés pour défendre notre patrie. A l’époque, on nous disait qu’après l’attaque rebelle, on allait nous recruter directement dans l’armée. Mais hélas, quand le recrutement a débuté, nous avons été oubliés et quand nous avons voulu manifester, ils nous ont tous mis en prison jusqu’à la fin des opérations de recrutement. Ceux qui étaient venus faire le recrutement à Guékédou sont repartis les poches pleines d’argent. Car, ils faisaient payer entre 3 à 4 millions de FG par personne. D’ailleurs, ils disaient à qui voulait l’entendre que ce ne sont pas la force physique ou la santé de quelqu’un qui nourrit les familles ». A ce jour, ce jeune évolue dans une structure de lutte contre le sida à Guékédou.
A en croire les différents témoignages enregistrés dans les autres localités du pays, Il s’avère que ces opérations de recrutement dans les rangs des forces armées nationales se sont déroulées dans des conditions loin de toute transparence requise par les normes en la matière.
Ahmadou 1 Diallo
envoyé spécial de GuineePresse.info