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| Jacques Kourouma |
Le sentiment, qui se dégage de l’histoire de notre pays depuis un an, est l’expression d’une inquiétude qui se partage désormais par la majorité des citoyens. Les faits l’attestent.
Le désenchantement depuis l’arrivée de Kouyaté
Après juin 2006, date de la première grève qui connut morts d’homme, les Guinéens ont poursuivi le combat pour la liberté en escomptant que dans la durée, le changement viendrait au bout. Et ils se sont adaptés sinon ont essayé de dompter le temps en leur faveur avec l’assurance que le pouvoir lancerait la passerelle pouvant déboucher sur la réalisation du grand rêve guinéen de 1958. Certes, cette date historique constitue le socle sur lequel est bâti tout le drame de notre pays ! (C’est un autre sujet) Sous cette bâtisse, le feu a continué, malheureusement, à brûler et à réduire en cendre froide l’espoir du mieux-être voulu en cette année-là par la majorité, semblerait-il, des Guinéens.
En 2007, des syndicalistes de courbette ont été propulsés sur l’arène des politiques (qui n’est pas leur champ de lutte habituel) où ils ont plus que jamais prouvé leur cupidité et avidité pour l’argent de la corruption. Ils en sont devenus, après janvier-février 2007, la corporation la plus ignoble et la plus hypocrite de nos organisations reconnues par la République. La conséquence est le tassement de l’élan patriotique, s’il n’est pas simplement fissuré pour laisser la place à la peur, à la suspicion et à la psychose lesquelles ouvrent l’ère que nous avons vite fait d’enterrer à l’arrivée des militaires aux affaires en avril 1984. Et dire qu’ils avaient créé un enthousiasme populaire qui, comme en 1958, ne fit pas contrôler par les Guinéens pendant que la clique Ibrahima Fofana se vendait à Mamadou Sylla (après juin 2006) puis à Lansinè Kouyaté lors de la grève généralisée. Des centaines de jeunes moururent, l’autorité guinéenne fut affaiblie et la République confiée à un nouveau chef de gang sans âme et scrupules.
Il y a maintenant un an et des mois que la Guinée est noyée dans le cycle infernal d’une construction ethnique par un gouvernement chaotique. Malheureusement, le pire est à venir, car l’occupant de la primature de notre pays porte encore son masque de véritable tyran, mais il s’inscrit, comme son père politique, dans la funeste démarche qui consiste à mettre la Guinée et ses populations sous sa coupe réglée à travers des tueries, fussent-elles symboliques.
Pendaison et crime symboliques
Tel un serpent affamé devant le trou du rat qui s’impatiente, Lansinè Kouyaté a démontré suffisamment sa gloutonnerie et sa voracité à vouloir le pouvoir à tout prix. Il s’affaire à jouer son va-tout pour ne pas rater cet objectif, lui, l’impénitent, lui, le médiocre, lui, le nouveau machiavel prêt à éliminer tous ceux dont l’imaginaire soupçonnerait d’être un handicap ou un obstacle posé sur son chemin de conquête. Même si Lansana Conté a coupé la langue de l’animal qu’il lui a confié. Il accepte d’avaler cette humiliation et l’indignité qu’elle draine. Ce qui compte pour lui, pourrait-on croire, ce sont les butins qu’ils récoltent et l’attente du rendez-vous du Général-Président avec dame mort pour usurper, lui aussi le fauteuil qui serait laissé, sûrement vacant. Mais les anciens dignitaires de la Première République n’étaient pas mieux enracinés et plus organisés que lui ? L’histoire a, cependant déjoué toute leur longue stratégie. Ceci ne doit pas plonger les Guinéens dans l’immobilisme face aux manigances de ce PM. Si tel est le cas, le réveil sera très douloureux et lourd de conséquences.
Lansinè Kouyaté voyage, il signe des arrêtés pour se remplir les poches. L’affaire des hôtels guinéens octroyés à Kadhafi via ses subalternes en est la belle illustration. Mais ces crimes économiques, bien que graves ne doivent pas rendre les Guinéens aveugles. Plutôt, ils ont à ouvrir les yeux, et à sortir du silence complet derrière lequel ils s’abritent. Le drame est immense et les conséquences risquent d’emporter à jamais toute la nation. De quoi s’agit-il ?
Sékou Touré avait, en son temps, créé une immense prison qui s’enferma sur toute la Guinée pendant 26 années noires. Pour réussir cette machiavélique aventure, le complot permanent l’inspira. L’occultisme et l’obscurantisme lui servirent de corbillard qui escorta les valeureux et vrais fils de Guinée dans un voyage sans fin parce que nous continuons encore de nous interroger sur leurs restes en vue d’une sépulture digne et honorable. Ce qui nous amène à faire un clin d’œil à la question de la réconciliation nationale.
Tout le pays connut des sacrifices humains en plus des pendaisons, des fusillades et des disparitions que notre histoire ne saura jamais élucider. Les frontières étatiques sont encore des cimetières non identifiés où ont été enfouis des Guinéens au nom du pouvoir totalitaire de Sékou Touré. Ces crimes ont été perpétrés parce que la Guinée fut un espace clos et hermétiquement fermé par une idéologie rétrograde et sanguinaire dont l’instrument politique était le PDG, parti unique, parti-Etat. Cette cruauté eut lieu parce que les populations guinéennes n’avaient pas été vigilantes. Elles se sont produites parce que l’élite guinéenne, en dépit de son opposition et son combat, ne fit pas capable d’un sursaut unitaire et national. Aujourd’hui, les avatars persistent et la Guinée poursuit inexorablement sa descente en enfer quand ses enfants sont ferrés tels des chevaux de course par le désespoir et rongés par la misère et la famine.
Mais il se trouve que le monde a changé et la Guinée n’est pas épargnée par la globalisation. Cette évolution ouverte a été inaugurée chez nous, le 3 avril 1984. Le massacre enregistré par notre histoire ne peut plus être permis à quel que tyran ou dictateur que ce soit. Les pendaisons et autres inhumaines cruautés ne peuvent plus jamais se reproduire en Guinée. Les adeptes de ces funestes pratiques n’ont pas pour autant désarmé ! Ils ont simplement adopté de nouvelles voies avec de nouvelles méthodes. Ce sont celles-ci que Lansinè Kouyaté aurait préférées pour espérer gravir la dernière marche magistrale du pouvoir grâce à des conseillers obscurs.
Alors les conseillers occultes ou marabouts du PM lui auraient prescrit de procéder autrement.
Malgré la solennité des inaugurations qui suscite un nouvel enthousiasme à la vue des monstrueuses statues, il faut s’interroger afin d’éviter encore les erreurs du passé.
Les cinq statues, dont la conception aurait été prescrite par les grands marabouts de Lansinè Kouyaté, ne sont pas de simples sculptures. En effet, le PM, tenté et enivré par le pouvoir suprême, voudrait atteindre ce but. Il « travaillerait » la Guinée à travers des sacrifices hautement symboliques correspondant à des chiffres symboliques. Les premières cinq statues entreraient dans cette logique de conquête du pouvoir. Mais conquérir le pouvoir pourquoi faire tant l’homme est vide et incapable, tant il est corruptible et corrupteur ? En revanche, il est dangereux et machiavélique.
Les statues sont des empaillages de fétiches dont l’objectif serait d’enraciner la prééminence de Kouyaté et de le porter dans le cœur de ses compatriotes. Les Guinéens vont-ils encore se laisser avoir (pour dire simplement les choses)? Vont-ils permettre l’installation d’une nouvelle dictature ? N’avons-nous pas vu son masque se glisser légèrement en laissant entrevoir l’immense étendue de sa nuisance et sa vraie nature? Il a expulsé Chantal Colle, il a transformé les agents de la police de l’air de Guinée en détective chargée d’enregistrer les déplacements des Guinéens, il tente de museler la presse à travers des intimidations, il oppose la hiérarchie l’armée aux hommes de troupes en même temps, il les divise entre ethnies. Il utiliserait aussi Henriette Conté pour empêcher ses imaginaires « ennemis » d’accès au Président…
Devant cette situation, il nous vient d’interroger l’élite guinéenne qui doit être la gardienne éclaireuse de sa patrie. Pourquoi son silence si complet ? Où se trouverait-elle sa conviction pour une Guinée éprise de paix et de justice sociales ?
Lansana Conté ne pourrait-il pas dire : « Je suis toujours disposé à respecter les accords tripartites, mais proposez-moi, Guinéens, un autre fils de ce pays, plus digne, crédible et capable de conduire le pays au changement auquel vous aspirez ? »
A contrario, les Guinéens doivent prendre leur destin en main en réclamant la destitution de celui qui les a trahis et honnis. La jeunesse guinéenne doit se mobiliser pacifiquement en occupant, par exemple, la primature pour faire comprendre à Lansana Conté qu’elle ne veut plus de Lansinè Kouyaté. Lorsque ce mouvement se déclenchera, nos forces armées doivent protéger les manifestants. Alors promettez, hommes et femmes en treillis, policiers et agents de sécurité nationale de ne point tirer sur cette foule qui déferlera dans les rues pour réclamer le départ de Kouyaté.
Paris 25 avril 2008
Jacques Kourouma
jacques.kourouma@aliceadsl.fr