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CESAIRE : L’ENVOL DU PHENIX
OISEAU FABULEUX DE LA MYTHOLOGIE EGYPTIENNE. « La mort de Césaire ? La fin d’une époque.. ». Voilà le mot qui clôt un hommage à Césaire, trouvé par un nègre(2) à la grande messe du 20h de la grande chaîne publique française. La Négritude venait d’être évacuée comme une variante des enfantillages Banania . Une vénérable mais vaine théorie fondée sur un « coloriage » vient de s’épuiser dans un ultime soupir. Pas de quoi bousculer les parts de marché esclaves de l’audimat ! Avec Senghor ce n’était que l’agonie de cette vielle négritude. Maintenant on va lui faire la peau. Fin de la vacuité nègre. Wole Soyinka, premier Nègre africain à recevoir le Nobel de littérature avait déjà défriché le champ de la contestation avec sa formule : « le tigre ne proclame pas sa tigritude, il attrape sa proie et la tue ».Je ne devrais sans doute pas associer le nom du grand Soyinka à l’auteur de ce jugement à l’emporte-pièce, habitué des plateaux où certains excellent à hisser l’audimat, en s’égosillant comme les enfants à la crèche « en haut en bas ! », titillés par des « puéri-cultrices » de peep-show affublées de porte-jarretelles et maniant fouet et martinet en usage dans ces émissions dont tout le monde parle, afin de contredire l’adage qui dit qu’on ne peut pas plaire à tout le monde.. Césaire et ses complices Senghor, Léon Damas, ont attrapé au vol et ont ennobli l’injure tirée de « nigger », vocable américain traduit du « negro », de la langue de Diogo Cao qui avait vaincu sur les rives du Congo, la négraille qui n’avait pas eu le génie d’inventer le mousquet. Le terme allait connaître sa première fortune avec la première revue noire. Je ne parle pas de celle de Joséphine Baker avec qui la future célèbre formule aurait pu commencer par I’m black BUT I’m beautiful, mais dont la beauté a été hélas réduite à des appâts pour Blancs qui aiment le manioc. « La négritude n’est pas une métaphysique. La négritude n’est pas une prétentieuse conception de l’univers. C’est une manière de vivre l’histoire dans l’histoire » ( Césaire, Discours sur la négritude ). « La fin d’une époque », a donc tranché Kelman ! Comme si l’on pouvait couper la gorge à l’histoire qui se fait, confondue avec un état. D’ailleurs plus d’un demi-siècle plus tôt, Césaire avait anticipé le malentendu qui viendrait sûrement un jour, d’une brebis galeuse à « peau noire et masques blancs » ( F. Fanon ), victime du divertissement ( Pascal ) : « Je réclame pour ma face la louange éclatante du crachat ! ». Même venu de Etranges siècles ( le dernier et celui qui s’annonce ), où des nains emboîtent le pas à des géants avec l’outrecuidance de leur faire de l’ombre ! Je sais, G. Kelman de manque pas de talent oratoire. Mais la grandeur de la griotique ( Niangoran Porquet ) tient à ce qu’elle ne confond pas le champ noble de la Parole traditionnelle avec le tam-tam des nouveaux médias. « La carte du monde faite à mon usage, non pas teinte aux arbitraires couleurs des savants, mais à la géométrie de mon sang répandu, j’accepte et la détermination de ma biologie, non prisonnière d’un angle facial, d’une forme de cheveux, d’un nez suffisamment aplati, d’un teint suffisamment mélanien, et la négritude, non plus un indice céphalique ou un plasma, ou un soma, mais mesurée au compas de la souffrance.. » « le nègre chaque jour plus bas, plus lâche, plus stérile, moins profond, plus répandu au dehors, plus séparé de soi-même, plus rusé avec soi-même, moins immédiat avec soi-même.. » .. Quand André Breton le pape du surréalisme découvre dans le bric-à-brac d’une mercerie de Fort de France « Cahier d’un retour au pays natal », il crut d’abord au réveil de la montagne Pelée à côté. C’était au début de la seconde guerre mondiale, quand il fuyait la prolifération du monstre en sa mue vichyste en France métropolitaine. La suite on la connaît. Césaire est encore plus grand ! Qu’importe qu’un jeune homme pressé, un Camerounais, grisé par un certain « blacksuccess » n’aime pas le manioc ! N’est-ce pas dans l’ordre des choses du formatage culinaire de la mondialisation où l’on entend des auteurs ( dont certains sont d’authentiques écrivains ), d’origine africaine préférer se dire « a-fricains » ou mieux, heureux d’être « euro-afriacains », plutôt que d’être des auteurs africains. Il reste que le Cameroun et l’Afrique ne se feront jamais sans Félix Moumié, Ernest Ouandié, Ossendé Afana(3) qui eux mangeaient leur « ndollé », en lisant « Discours sur le colonialisme » et « Cahier d’un retour au pays natal ». Ce n’est pas d’avoir essayé de libérer le Cameroun avec les armes qu’on les a tués très vite. C’est qu’un certain Occident ne voulait pas d’une engeance politique qui se mêlait de mettre la culture au fondement de l’action politique et y enraciner les Etats et les nations futurs pour lesquels ils combattaient. Ils avaient compris comme Césaire le répétera plus tard, que le « culturel (est) un préalable indispensable à tout réveil politique et social.. » Les enfants de Césaire ne sont pas ces Nègres Et surtout, vous savez, je vous le répète, Non sans avoir fait au préalable la prière revivificatrice des morts : « Eia pour la joie Breton parlant de Césaire, a dit l’Homme fondamental. Vu comme cela, le pays natal n’est pas seulement cette petite île, cette vaste Afrique ou même ce non-lieu infini de la Négritude. Ce pays natal, sujet-objet de la nostalgie de tous les grands poètes, n’est autre que l’Ile des Saints, la Mer de la Grande Tranquillité ( Bouddha ), le Pays du lointain et proche Khaïdara ( Welo et Yoyo des Peuls ),le Pays de la Grande Eau des Dogons, etc. Nietzsche, ton frère en poésie a tout fait pour se libérer du cycle infernal de l’éternel retour. Mais dans ce bateau ivre pris dans la tempête des mots, Nietzsche qui était aussi en quête du Surhomme, a rejoint le pays natal par le portail de la folie, comme Nerval et tant d’autres.. Peut-être n’avaient-ils pas médité le fameux vers de l’autre génial et grand naufragé des mots, Hölderlin : « Dieu c’est comme la mer, il se dévoile en se retirant. » Césaire, ton retour au pays natal a déjà échappé à l’éternel retour des bonimenteurs !
Saïdou Nour Bokoum
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