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Historique de la ville de Dalaba


2011-11-08 13:42:03

Cet écrit fait suite à la série consacrée à notre histoire et à la demande de certains internautes, afin de savoir d’où nous venons, et, surtout pour promouvoir notre héritage culturel dans son devenir. J’ai tiré mes sources des annales de la Guinée française et de wikipédia.

Dalaba est une ville située sur le haut plateau du Fouta-Djalon à environ 325 kilomètres de la capitale Conakry. C’est une ville d’excellence !

En 1908, l'administrateur du cercle de Ditinn, (dans Fougoumba l’ancienne métropole religieuse du Foutah théocratique), constate et détaille l'originalité du climat dans la monographie du cercle et les bienfaits de celui-ci sur la santé des Blancs. Avant même cette date, les qualités climatiques de la localité attirent l’attention d’Européens avertis. De nombreuses missions scientifiques sont menées dans le Foutah dès la fin du XIXe siècle : minières, zootechniques et autres. Il faut noter que Dalaba relevait du cercle de Ditinn pendant cette époque.

A partir de 1906, les cercles (divisions administratives) remplacent les  régions au Foutah-Djalon, car ces régions sont considérées par les colons comme des entités territoriales et administratives trop difficiles à gérer, de par leur autonomie vis-à-vis du chef-lieu de la colonie de Guinée française, Conakry.

Cette autonomie découle des différents traités entre la France et le Foutah-Djalon, dont celui du 6 février 1897 entre la France et l’état théocratique du Foutah-Djalon. En effet, la France, représentée par l’inspecteur général des colonies, Chaudié, gouverneur général de l’Afrique occidentale française s’engagea dans ce dit traité, à respecter la constitution du Foutah-Djalon. Cependant par la velléité dominatrice des colons, le traité ne fut pas respecté pour long temps.

Le professeur Auguste Chevalier, professeur et botaniste français, mène dès 1905 une mission scientifique et crée des jardins d’essais. La mission consistait à trouver en Afrique occidentale un lieu permettant l'introduction d’espèces végétales européennes comme le pin entre autres.

M. Chevalier plante ainsi aux alentours du village de Dalaba, (misside Dalaba pour ceux qui ne connaissent pas le lieu), toute une forêt de pins afin de tester l’acclimatation de cet arbre au climat local. Quelques années plus tard, à son retour de captivité (il est fait prisonnier en Allemagne durant le premier conflit mondial), Auguste Chevalier constate la réussite totale de ses essais. Ce jardin d’essai portant le nom Jardin Barry Gassimou aujourd’hui avait le sobriquet Jardin Chevalier au temps colonial.

Au fait,  Dalaba est le nom d’une source de l’un des affluents du fleuve Sénégal. Cette source sacrée se trouve à peu près à cinq (5) kilomètres du centre ville de Dalaba. De la source, des habitants environnants viennent se servir en eau potable très fraiche, ou pour déposer diverses offrandes sensées apaisées des soi-disant mauvais esprits qui habitent les lieux, ou pour servir d’autres choses de la spiritualité villageoise.

Les pins et autres végétaux du jardin d’essai sont devenus grands et forts. C’est dans ce jardin que j’ai vu un pommier pour la première. Le succès de cette expérience inscrit le village de Dalaba et sa région dans les espaces climatiques exceptionnels de l’A.O.F. (Afrique Occidentale Française). L’article de M. Chevalier intitulé La situation agricole de l’ouest africain sur ses travaux en Afrique le fait connaître en métropole quelques années plus tard.

Dalaba est une ville touristique mais son histoire est plus complexe. En effet, on peut distinguer quatre périodes dans l'évolution de la ville en matière de tourisme. La période antérieure à la Seconde Guerre mondiale est la première. Elle est à l'image des autres stations climatiques du Foutah-Djalon, le commencement d'un afflux d'Européens attirés par la publicité faite autour du climat et des paysages de la région.

Dalaba s’est développée grâce à l’administration coloniale. Elle est le fruit du rassemblement de différents petits villages. L’emplacement de la ville de Dalaba est en réalité dans le village Tangama. Les autorités coloniales planifient à Dalaba tout un ensemble de structures visant à accueillir la population européenne et à mettre différents types de services à sa disposition. La ville est construite de toutes pièces. Le rapide développement urbain profita à Dalaba au détriment du chef-lieu du cercle d’alors qui était Ditinn. C’est ainsi que par sa modernité, Dalaba supplanta Ditinn comme chef-lieu administratif. Un camp de parachutistes et tant d’autres institutions coloniales furent construits.

Le 1er octobre 1932, dans des documents disponibles aux archives nationales de Guinée, ce village Dalaba est rattaché à ce que le Gouverneur colonial d’alors appelait « l’agglomération commerciale », ceci sous-entend l’établissement de commerces locaux soulignant l’aspect économique que représente un tourisme européen pour la population autochtone.

La seconde période débute en 1942, suite à certaines mesures prises au niveau même du Gouvernement de l'A.O.F. La ville de Dalaba conserve son aspect de lieu de tourisme allié à l'aspect de centre sanitaire qui qualifie la ville du terme de  tourisme sanitaire. Les colons Français feront de Dalaba un site de convalescence pour les malades qui ne peuvent être rapatriés en Métropole pour cause de guerre.

La troisième période couvre la fin de la colonisation et l’avènement de la première république. Malgré les grandes différences politiques qui existaient entre le régime colonial et le régime de la Guinée indépendante, le rôle qu’ils essayèrent de faire jouer à Dalaba est similaire. Il s’agit de mettre en valeur un pays au travers d’une ville renommée.

La troisième période annonce la reconversion de la ville de Dalaba en station de tourisme de loisirs. En 1958, l’indépendance de la Guinée anéantit ce projet de l’administration coloniale. Le tourisme d’État du premier régime, si particulier, était le seul possible et il impliqua un nouveau rôle pour la ville. Le symbole de la colonisation française devient paradoxalement celui du régime de Sékou Touré. Le régime s’approprie la ville et décide d’en faire le symbole de la Guinée indépendante.

Enfin la dernière période s’étend du début des années 1980 à nos jours et correspond à la période où le régime se relâche, permettant de voir en Guinée un éventuel développement du secteur touristique. Le pays s’ouvre à nouveau au monde. Dalaba voit là l’opportunité de retrouver sa notoriété d’autrefois. Mais la conjoncture économique et politique défavorable annonce un retour bien difficile du tourisme dans le pays.

Je vous salue et à bientôt

Moussa Bella, Barry


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

barry09/11/2011 11:35:13
Merci frère Bella pour cet excellent article , au moins vous vous avez compris qu'on a quelque chose en commun et qui est le Foutah , continuez à œuvrer dans ce sens , je vous en suis reconnaissant.
Saikou yaya barry09/11/2011 11:38:18
Mon frere barry merci pour cette information sur ma ville natal ki etait le seige du senat du


fouta diallon nous vs engoureons "barry saikou yaya mosaikoudjon dalaba from chicago"
BAH09/11/2011 21:46:49
Merci monsieur BARRY de l'intérêt que vous portez à la culture guinéenne en général et à la ville de DALABA en particulier.
Juste une petite remarque dans votre narration portant sur le transfert du chef-lieu de Dintinn à Dalaba tangama.
Il me paraît utile de préciser que ce fût l'oeuvre d'un grand chef de canton, Thierno Oumar BAH.
Fatoumata10/11/2011 18:13:49
Bonjour,

Y aurait-il un site qui répertorie toutes les archives de Mr Bella concernant notre histoire?

Merci d'avance,