URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=9279
2011-11-14 22:39:29
Le 20 juin 1990 le président François Mitterand disait dans son discours de La Baule « il n’y pas de développement sans démocratie et il n’y a pas de démocratie sans développement » .il s’avère que la démocratie est indissociable de la citoyenneté qui s’accommode très mal avec notre culture ethniciste. D’où la question aujourd’hui : voulons nous une nation juridique ,( un Etat-nation de droit) gage de notre développement socio-économique ou un Etat sans droit où nos nationalités ethniques se côtoient et se regardent en chiens de faïence ?
La République de Guinée fait partie des grandes curiosités de ce monde. Le Pr Alpha Condé , président de la République fraichement élu a dit dans son discours d’investiture le 21 décembre 2010 : « J’ai hérité d’un pays mais pas d’un Etat ! » Cette formule résumait en partie, seulement en partie, la situation sociopolitique du pays car la Guinée est bien un pays sans Etat mais surtout sans Nation juridique.
En 1997 le Pr Alfa Ibrahima Sow écrivait « Instrument de notre cohésion nationale, de notre désir de vivre ensemble, et de notre insertion commune dans la modernité notre Etat reste encore fragile à plus d’un titre ; d’abord et avant tout parce que c’est une création contemporaine liée à la colonisation, donc relativement récente. Ensuite parce que c’est un Etat en cours d’édification, et une nation embryonnaire en devenir ; soit au total un Etat-nation à caractère territorial. Enfin parce que c’est un Etat qui doit , à partir de données socioculturelles plus ou moins différentes, créer en quelques décennies une république une et indivisible ; et forger, dans le temps, une seule et même nation ; »
A la fin du règne du général Lansana Conté l’Etat républicain s’était effondré avec une déliquescence quasi-complète de toutes les institutions, une Assemblée Nationale caduque complètement paralysée, une Armée devenue une armée de loubards et un refuge de délinquants, un gouvernement mafieux avec une guerre sans merci au sommet de l’exécutif entre des cliques et des clans pour une prédation de leur proie : le peuple de Guinée. Aujourd’hui avec l’exacerbation des divisions ethniques la nation embryonnaire postcoloniale a vécu ! C’est devant ce douloureux constat que nous devons nous poser la question de savoir est ce que la République de Guinée est un vrai Etat-nation, une Nation juridique ou un ensemble de nationalités ethniques vivant sur le même territoire ? Est-ce que nous les guinéens avons un réel désir et une vraie volonté de vivre ensemble et de partager un destin commun ? En effet les ambitions et les agissements politiques basés sur l’ethno-politique mettent sérieusement en danger aujourd’hui notre Etat-nation. L’appartenance ethnique n’est pas un mal en soi car c’est une réalité historique et ethno-sociologique . A l’origine le terme nation se confond pratiquement avec celui d’ethnie. En effet nation vient de natio qui signifie naissance, et nation veut dire des individus de même origine. C’est la défaillance de l’élite guinéenne qui a conduit à l’instrumentalisation de nos groupes ethniques. C’est cette indigence politique et intellectuelle se basant sur nos faiblesses pour nous diviser davantage, qui a abouti à l’ethno-stratégie et la manipulation des communautés ethno-régionales, un vrai crime contre la Nation! Il n’y a rien de plus normal que d’appartenir à une ethnie car tout le monde est issu d’une ethnie, qu’on le sache ou pas qu’on le dise ou pas !
Le terme ethnie vient du grec ethnos qui signifie Peuple, Tribu, Société d’une même culture se constituant plus ou moins en Etat tribal. De ce point de vue une ethnie est une nation, ce mot voulant dire au départ « groupe humain issu de la même origine. » A l’ origine toutes les communautés humaines ont été d’abord des nations ethniques. Ces nations ethniques subsistent encore de nos jours dans plusieurs pays du monde ! nous pouvons citer comme exemples : au Nigéria les nations Haoussa , Yoroubah, Iboh ; nation Peule au Mali , en Guinée, au Sénégal, au Cameroun etc…nation Malinké au Mali en Guinée, en Côte d’Ivoire, nation Soniké au Mali, au Sénégal, en Mauritanie. En Belgique il ya la nation flamande , la nation wallonne ; en France nous avons la nation corse, la nation basque et bien d’autres.
Il se trouve que la nation ethnique ne correspond qu’exceptionnellement à l’ Etat-nation ou nation juridique. Ceci est particulièrement vrai pour l’Afrique où les frontières sont artificielles et arbitraires héritées du découpage colonial de 1884 lors de la conférence de Berlin.
Ce n’est donc pas par hasard que le terme ethnie prend toute son importance avec les conquêtes coloniales à la fin du 19ème siècle ! selon le principe universel bien établi « diviser pour mieux régner » les intellectuels colons ont désigné par ethnie les populations parlant la même langue, ayant la même ascendance et les habitudes culturelles. Mais il faut savoir que le mot est attribué à des réalités très diverses, car les critères qui les définissent sont disparates et évolutifs. Par exemple les Peuls du Wassoulou qui se sont sédentarisés dans le monde Malinké dans la vallée du Niger et de son principal affluent le Sankarani ; et qui ont perdu l’usage de la langue Poular pour adopter la langue malinké sont -ils encore des Peuls ? Est-ce que l’ethnie doit se définir uniquement par le seul critère linguistique ? Parmi les nombreux critères définissant l’ethnie, il faut citer la langue, les coutumes, le territoire, le physique, le patronyme, ( c’est ainsi que dans tout le Mandé la tradition dit bien que les Peuls ont quatre noms Diallo, Diakité, Sidibé, Sangaré). Parmi ces innombrables critères il y a aussi celui de la conscience d’appartenir à un même groupe ethnique.
L’immense majorité des Etats-nations modernes du 21ème siècle sont composés de plusieurs nationalités ethniques , mais à l’inverse très peu de nations ethniques forment un Etat-nation.
Aujourd’hui la Guinée est à la croisée des chemins ; elle a le choix entre bâtir une Nation juridique (ou civique) « instrument de notre cohésion nationale et de notre insertion commune dans la modernité » ou végéter dans un pays sans un Etat-nation de Droit ni Démocratie où les différentes nationalités ethniques se côtoient et se regardent en chiens de faÏence sans aucune perspective de développement socioéconomique ; car comme l’a dit le président F. Mittérand « il n’y a pas de développement sans démocratie et il n’y pas de démocratie sans développement »
A l’heure da la mondialisation, je pense que le choix d’un Etat- nation de Droit avec des Institutions fortes basé sur une Démocratie pluraliste nourrie par une vraie citoyenneté nous est indispensable. Il n’y pas de vraie démocratie sans vraie citoyenneté car c’est la citoyenneté qui donne la transcendance politique transformant ainsi l’individu ethnique en individu citoyen .
Pour sortir notre pays du cercle vicieux de l’ethno-politique avec son cortège de sectarisme, d’ethnocentrisme d’un autre âge et un risque non négligeable de conflits armés interethniques, il n’y a aucune voie à emprunter que celle de la CITOYENNETE qui mène par le dialogue citoyen à la Démocratie et à l’Etat de Droit. Cette citoyenneté qui est la stricte égalité de tous les guinéens en droit et en de devoir devant la loi de la république doit être institutionnalisée et encouragée ( comme le prévoit notre constitution) d’abord par l’Etat, le gouvernement, les pouvoirs publics. Les acteurs politiques et les intellectuels doivent relayer la promotion de cette citoyenneté au niveau des populations. Les partis doivent dialoguer dans un esprit citoyen ; personne ne doit oublier que ce qui nous unit , à savoir, la Guinée devrait être plus grand et plus fort que ce qui nous divise. La Guinée est notre lien commun à tous, préservons la de nos agissements ; il ne faut que pour des intérêts égoïstes à court terme, nous allumons un incendie qui va brûler tout notre pays. Par la culture du Dialogue Citoyen entre les acteurs politiques, nos concitoyens vont s’imprégner de notre citoyenneté et de notre nationalité civique qui se manifesteront au fur et à mesure par plus d’ouverture des uns par rapport aux autres et plus de mixité. Ainsi les citoyens guinéens se sentiront plus solidaires ,plus forts, car en réalité , nous sommes tous interdépendants ; ce qui se passe à Lola a automatiquement des répercussions à Tougué ! Le malheur comme le bonheur ne connaissent pas les ethnies, la maladie ou la famine à Labé sont les mêmes à Yomou ou à Kouroussa !
Dans la culture politique de notre pays le culte de la personnalité est ancré dans les mentalités, beaucoup de guinéens sont habitués à faire allégeance au chef, c’est l’héritage des différents régimes dictatoriaux que nous avons connus depuis notre accession à la souveraineté. Il est plus que temps pour tous les patriotes et tous les citoyens guinéens d’aiguiser leur esprit critique pour démasquer et dénoncer toutes les dérives totalitaires et ethno-régionalistes qui menacent encore notre pays.
Vive une Guinée unie et prospère.
Docteur B. Diakité
VOS COMMENTAIRES | |
| Barry malal Djigué | 15/11/2011 00:28:26 |
| Tout est écrit dans les deux derniers paragraphes de votre document:"Pour sortir notre pays du cercle vicieux de l’ethno-politique avec son cortège de sectarisme, d’ethnocentrisme d’un autre âge et un risque non négligeable de conflits armés interethniques, il n’y a aucune voie à emprunter que celle de la CITOYENNETE qui mène par le dialogue citoyen à la Démocratie et à l’Etat de Droit. Cette citoyenneté qui est la stricte égalité de tous les guinéens en droit et en de devoir devant la loi de la république doit être institutionnalisée et encouragée ( comme le prévoit notre constitution) d’abord par l’Etat, le gouvernement, les pouvoirs publics. Les acteurs politiques et les intellectuels ........ Ceux qui ne comprennent pas cela, nous mènent droit au chaos! Malheureusement, ils sont nombreux, à commencer par le Président de la République. | |
| wakkilaare | 15/11/2011 08:11:41 |
| Ce Monsieur aurait mieux fait de commencer par condamner la chasse aux peuls organisée par le rpg chez lui.Les crimes du pdg ss équivoque. | |
| Lynx | 15/11/2011 10:12:07 |
| Bien dit wakkilaare. Ce faux docteur croit qu'on a oublié ses sorties de Angbansanle et son soutien aux massacres de peuls chez lui à Siguiri: qui ne condamne consent mais lui il s'attaquait même aux victimes peules au lieu de se taire au moins en fermant sa grande g. | |
| Balde A Brxl | 15/11/2011 10:19:52 |
| La definition est exact mais la comprehension differe en fonction des pays.Ici en Belgique il ya trois ethnies mais quant on explique pas pas un etranger ne pouras pas jamais comprendre car il n'ya pas l'ethnocentrisme; il ya eggalité dans le gouvernement; partage egale,et jamais des guerres inter-etnique. tres different de chez nous car depuis Sekou Touré c'est la chasse au peulhs et actuellement 48 sur 50 nomminations sont malinkés, chaque ministre non malinké est accompagné par un autre ministre delegué. Le president lui meme se permet d'avouer aux habitants de boké de retirer leurs terre aux peulhs, de mettre du feu derriere les commerçants peulhs, d'accuser Diallo sadakadji, Bah Oury, retirer le ferme de Elhaj Alseny et tant d'autres... mais attendons qu'il soit encore majoritairement elu àl'assemblé ça va etre plus pire pour les peulhs. | |
| Diop | 15/11/2011 14:16:27 |
| Balde a Bruxelles dire qu'il n'y a jms de conflits ethnique en belgique est faux tu oublie que cela fait un certains moment que les belges sont dans l'incapacité de former un gvt à causes des tensions entre flamand et francophone . La seule difference c'est qu'en Belgique c'est tension ne s'exprime pas de la mm maniere. | |
| Balde A Brxl | 15/11/2011 16:47:05 |
| Mon frere Diop a mal compris ce qui pose pose probleme c'est le transfert et le partage de la richesse a part egale entre les commune, le financemment de bruxelle capitale, et pour Hall wilvord. c'est pas le cas de dire que lui est walon; flammant ou francophone.Renseigne toi bien. | |
| alpha | 17/11/2011 02:15:20 |
| bonne réthorique il aurait été plus utile de faire comprendre à ses parents de siguiri cette leçon. A présent que le foutah est entrain de se réveiller voilà que l'on se rappelle que la guinée doit être un état nation de droit aux institutions fortes alors commençons par dire le droit à propos des victimes de Siguiri et kouroussa | |