URL: http://www.guineepresse.info/index.php?aid=9281
2011-11-14 22:43:10
L’AG fermée de l’ACTOG, consacrée au renouvellement des membres du Bureau et au bilan de deux années d’exercice, a eu lieu samedi 29 octobre 2011 dans les locaux de l’AGECA.
Des interventions approfondies et responsables des participants, sur la situation de l’ACTOG, au regard de la réalité actuelle de la Guinée, se sont appuyées sur l’ordre du jour ci-après :
1. RAPPORT GENERAL DU PRESIDENT DE L’ACTOG :
Avant que le Président de l’ACTOG ne livre à l’Assemblée le contenu de son rapport, consacré au dernier mandat de son Bureau, une minute de silence a été observée pour le repos de tous les martyrs de la Guinée.
En introduction il a soulevé la question qui revient à chaque AG :
« Faut-il revoir le programme d’activités de l’ACTOG ou confiner notre association aux activités exogènes ? ».
Autrement dit, faut-il réorienter ou élargir ses domaines d’intervention en fonction du contexte socio-économique du pays, ou rester fidèle malgré tout aux lignes directrices et fondatrices de notre Association ?
Questionnement né, on l’aura compris, du ralentissement des activités de l’ACTOG en Guinée, suite à l’arrêt du TOKTEN et la fin subséquente des missions qu’effectuaient ses intervenants, le tout en relation sans doute avec le climat politique peu favorable de ces dernières années.
Tout en attendant des réponses à cette épineuse question d’orientation de l’ACTOG, plusieurs actions, bien que peu visibles encore sur le terrain, ont été menées malgré tout par le Bureau sortant :
- des contacts avec quelques opérateurs économiques, français en particulier, intéressés au recyclage des déchets plastiques en Guinée (EUROPLAST) et végétaux (eventure.ltd). Pour être associée à ces travaux de récupération et bénéficier d’aides européennes, il a été nécessaire d’inscrire l’ACTOG à l’Union Européenne.
- la rencontre avec le Président de la République de Guinée, lors de sa visite officielle en France, rencontre pendant laquelle il a été question de la situation générale du pays.
Le projet Tokten, abordé par le Président de la République lui-même lors de son entretien avec le Président de l’ACTOG, semble être l’une des meilleures solutions souhaitées et retenues dans l’entretien, pour une forte implication de la diaspora dans le développement général de la Guinée. Elle est moins coûteuse, donc plus intéressante pour le pays en termes d’apports immédiats de la communauté guinéenne de l’extérieur. A cet effet et en prévision d’une solution rapide, une liste des cadres de l’ACTOG (non exhaustive) a été constituée, à la demande du Président de la République, tous prêts à servir dès à présent dans les domaines de leurs compétences respectives.
A la fin de son rapport de deux ans de mandat du Bureau sortant, le Président de l’ACTOG, qui présidait la séance, a donné la parole au Trésorier pour faire le point sur la situation financière de l’Association.
2. RAPPORT FINANCIER DU TRESORIER :
Le ralentissement des activités de l’ACTOG, a fait qu’il n’y a pas eu d’autres recettes que les cotisations de quelques membres. L’association n’a pas bénéficié non plus de sa subvention habituelle du lieu de domiciliation. Cependant bien que le budget ait plutôt sensiblement baissé, beaucoup d’adhérents n’étant pas à jour de leur cotisation, on n’enregistre pas de déficit. Il faut noter également, que l’on n’a pas pu encore intéresser de nouveaux adhérents aux projets de notre association. Il apparaît qu’ils ne seront pas nombreux tant qu’il n’y aura pas d’activités « attirantes » au programme, d’ici-là on ne devra compter que sur des adhésions ponctuelles, et les relances d’adhésion en direction de jeunes diplômés resteront propablement sans grands effets.
Après des questions et des remarques pertinentes de l’Assemblée, auxquelles le Trésorier a apporté des réponses convenables, quitus a été accordé au rapport financier. Avant de passer au point suivant d’échanges, de contradictions et d’écoutes, le Président a souhaité que l’ACTOG s’approprie le sujet de débat en cours en Guinée sur la réconciliation nationale.
3. DEBAT :
Le sujet a porté essentiellement sur la problématique de la « Réconciliation nationale », que les Guinéens ne parviennent pas à résoudre et à évacuer de leur vécu, faute d’un débat sain, ouvert et franc sur les exactions commises par les régimes politiques successifs qu’a connus le pays. L’intention d’ouvrir les archives qui posent question et d’évoquer publiquement le passé commun ne fait toujours pas l’unanimité, les Acteurs d’hier, responsables supposés d’exactions, étant encore aux commandes.
Le nouveau pouvoir tente actuellement, d’ouvrir ce débat en vue d’un « pardon » et d’une « réconciliation », à l’image de ce qui s’est passé dans de nombreux pays africains. Quelle sorte de consensus se dégagera-t-il de la confrontation des points de vue au sein de l’ACTOG ? En attendant d’y répondre et de faire un listing des propositions, voici condensées dans l’ordre des intervenants, quelques ébauches de solutions ci-après :
- au sein de population, on remarque de plus en plus une stigmatisation de la population du Fouta. Pour beaucoup, c’est elle qui est responsable des maux qui minent la société guinéenne, particulièrement de la situation désastreuse de l’économie. Elle est systématiquement indexée au point qu’elle a été victime, comme une vengeance, de violences meurtrières à Siguiri et en région forestière.
- le problème de la réconciliation est mal abordé. Car il est de plus en plus ramené au débat entre peuls et malinkés, comme si la réconciliation entre les deux ethnies suffirait à atténuer aussi les autres clivages régionaux, à résoudre tous les maux de la Nation. Comme si la résolution des maux de la Guinée se résumait à l’entente de deux régions, le Fouta et le Mandingue, oubliant que la Guinée comprend quatre régions. On imagine facilement que les problèmes de méfiance et d’animosités entre les individus ne se résoudront pas en accentuant les oppositions régionales ou ethniques. La solution ne peut-être que globale, politique et économique, avant d’être culturelle.
- C’est plutôt le mur qui sépare les Guinéens de l’extérieur de ceux de l’intérieur qui doit être abattu. Il faudra nécessairement combler le fossé entre ces deux entités, si l’on veut réellement réconcilier les Guinéens. Mais a-t-on vraiment la volonté d’intégrer les Guinéens de l’extérieur, en voit-on vraiment l’intérêt de le faire ?
Cette voie n’a jamais été empruntée jusqu’ici, par les pouvoirs successifs au pays, il y a constamment une exclusion de fait des Guinéens de l’extérieur par les détenteurs du pouvoir, qui en ont décidé ainsi, faisant fi de l’intérêt supérieur du pays qui est d’utiliser toutes les forces vives à son service.
Quelle solution, quelle stratégie, pour remédier à une telle situation ?
Dans tous les cas, il ne faut plus attendre l’avis ou l’appel de qui que ce soit pour apporter notre contribution au pays, surtout quand c’est l’esprit de rejet de la diaspora qui prime.
Pour commencer, une rencontre des Guinéens de l’extérieur sera nécessaire pour aplanir les différends et s’entendre sur la meilleure manière pour eux de s’investir en Guinée, étant entendu que divisés, ils seront beaucoup moins efficaces et utiles au pays et à eux-mêmes.
- L’Etat, occupé ailleurs par d’autres sujets peut-être plus importants pour lui, paraît absent dans le débat sur la réconciliation voulue par le Président Alpha Condé. Ainsi, le travail est-il confié essentiellement à des religieux et à la société civile, des structures qui ne semblent pas bien cerner et bien maîtriser la question posée.
Cependant il faut bien intégrer le fait que c’est bien l’Etat, qui est concerné au premier chef par tout débat sur les exactions toujours perpétrées en son nom en Guinée, un débat qui est incontournable dans le processus de réconciliation nationale souhaitée.
- Au stade actuel du débat le mot « réconciliation », n’a pas encore son vrai sens. Il faudra parler avant, de tous les actes odieux commis contre les citoyens au nom de l’Etat, actes couverts par cet Etat pendant 50 ans. C’est alors seulement, que l’idée de « réconciliation nationale » pourra être abordée avec une certaine sérénité et une grande chance de succès.
- Tel que le sujet est abordé au pays, il ne semble concerner que deux communautés et le vocable de « réconciliation nationale » sous-tendrait plutôt la volonté des autorités, d’aplanir les conflits nés des dernières élections présidentielles, conflits électoraux facilement manipulables.
- On sait que le vocable « réconciliation nationale », est né de la volonté des autorités d’aplanir les conflits qui ont eu lieu pendant les dernières élections présidentielles. Les agressions pendant tout le processus électoral, ont été essentiellement le fait des deux communautés peule et malinké, mises en cause dans une responsabilité partagée certes, mais avec une réelle difficulté d’évaluer honnêtement le degré de cette responsabilité et mesurer correctement les dégâts subis par les uns et les autres.
De ces points de vue, il ressort de façon indéniable qu’il doit revenir à l’ensemble des Guinéens, d’assumer sans exclusive tout le passé de leur pays, ceci dans tous ses aspects aussi scabreux soient-ils, en considérant que la responsabilité est à partager par tous.
Cela devra se faire sans galvauder le sens du mot « réconciliation », mot qu’il faudra s’approprier en faisant par exemple des propositions sémantiques, qui cernent mieux la réalité de la problématique posée.
La question de la « réconciliation », telle qu’elle est posée actuellement, semble privilégier les faits récents, voire des faits relatifs aux dernières élections et qui sont mis au centre du débat. Alors que pour la « réconciliation nationale », il doit s’agir d’établir l’historique de tous les faits survenus dans le pays depuis cinquante ans, y compris pendant la période de transition, sans concession aucune.
Il faut dire par ailleurs, que cette question « réconciliation nationale » aurait dû être évacuée beaucoup plus tôt, il reste à l’aborder à présent très honnêtement et avec courage, sans se cantonner uniquement dans le présent et le passé récent à réconcilier les régions.
L’Histoire de la Guinée ne doit pas se réduire à celle des régions, ni aux ambitions personnelles des uns et des autres, ni à des conflits entre groupes ethniques.
Il est impératif de comprendre que notre Histoire est une Histoire commune à tous les Guinéens et que la « réconciliation nationale », est essentiellement une affaire de l’Etat et non d’individus ou de groupes constitués. Il revient donc à l’Etat de faire sa propre repentance, de 1958 à nos jours.
Quelle peut être la contribution de l’ACTOG dans le débat sur la question de la « réconciliation nationale » ? C’est la question qui a conduit les membres de l’association à s’impliquer et à mener des réflexions constructives, susceptibles d’aider à avoir une telle « réconciliation ».
Ils restent conscients de la délicatesse de la démarche et de sa possible incompréhension, notamment de la part d’extrémistes de tout bord, prompts à s’affronter sur le terrain, ramenant tout systématiquement aux questions ethniques et régionales, excluant du débat national l’importante diaspora du pays.
L’ACTOG, à travers ses membres, a le droit et le devoir de se saisir de la question de la « réconciliation nationale », de donner son point de vue sur la question et contribuer à l’écriture « scientifique » de l’Histoire du pays, une écriture susceptible d’apporter de bonnes surprises, favorables à l’unité nationale.
Elle souhaite le faire, à un niveau qui la mette au-dessus des contradictions et des situations partisanes, en luttant avec force contre les formes ethniques des partis politiques, en incitant fortement l’Etat et les partis politiques à privilégier l’éducation et la formation de la jeunesse.
Elle met fortement en avant, l’idée de parler plutôt d’une « Guinée brimée » que de régions ou ethnies brimées, et c’est cette seule « Guinée brimée » qui doit interpeller tout un chacun, en minimisant tous les faux problèmes que l’on sait si bien créer au pays.
Elle ne négligera pas non plus, le bon « melting pot » interethnique que les liens du mariage ont créé dans le pays et qui est un réel facteur de cohésion sociale, pouvant aider à surmonter pratiquement toutes sortes de clivages.
Le gros du travail à faire, est de s’investir dans la recherche pour une bonne écriture de l’Histoire de la Guinée, une Histoire qui peut bien éclairer tout le monde et apporter probablement, de bonnes surprises dans la recherche de la cohésion sociale et de la réconciliation des Guinéens.
L’ACTOG attire également, l’attention sur la trop forte implication des « sages » et des « coordinations régionales », ce qui ne semble pas conciliable avec la démocratie que l’on souhaite bien assise en Guinée.
Enfin, dans la formulation de ses propositions pour le débat sur la « réconciliation nationale », l’ACTOG restera à cheval sur les questions de principe, tant sur le fond que sur la forme.
En conclusion de toutes ces interventions, une commission sera mise en place, chargée de la rédaction d’un texte circonstancié.
4. RENOUVELLEMENT DES MEMBRES DU BUREAU ET DES COMMISSIONS :
Le vote s’est déroulé sous la direction du Président d’honneur de l’ACTOG et du responsable de la Commission juridique. Une liste réduite de 6 membres, validée par le Responsable de la Commission juridique, a été proposée à l’Assemblée par le Président sortant. Il n’y a pas eu d’autres listes ou d’autres candidats à l’un de ces postes. Il a donc été admis que le vote se déroule à main levée. La liste présentée à l’approbation de l’Assemblée a recueilli 15 voix sur 15 électeurs inscrits, dont une procuration.
Dans la foulée, il a été procédé à l’élection d’une liste des responsables des 4 commissions techniques du Bureau. Ainsi, c’est un nouveau Bureau restreint et des Commissions réduites qui sont élus pour un mandat de deux ans.
Le processus électoral s’est déroulé sans contestation et sans incident à la satisfaction de tous.
En son nom et à celui des membres élus de son Bureau, le Président réélu a remercié l’Assemblée Générale qui a accordé sa confiance à une équipe structurée et adaptée à la situation actuelle de l’ACTOG. Le Président, avec le concours des uns et des autres, promet de mieux faire durant ce dernier mandat, pour la réussite et le rayonnement de l’ACTOG.
La séance prévue à 14 heures, a effectivement débuté à 15 heures environ et pris fin à 18 heures, dans la bonne humeur des participants.
Le Président Le Secrétaire général
Abou KATTY Tolomsè CAMARA