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Le 29 décembre approche. Que devrait faire l’opposition guinéenne ?


2011-12-09 10:02:32

Le 29 décembre 2011 est la date unilatéralement fixée par le Ministre de l’Administration du Territoire et des Affaires Politiques dont l’ouverture très démocratique, oh ! ethnique, est bien connue de tous les Guinéens.

C’est seulement à une vingtaine de jours à peine de la date proposée que le ministre chargé d’administrer sa dose de somnifère à une opposition déjà à moitié endormie entreprend des démarches. Pour ce faire, il s’est rendu la semaine dernière de quartier général en quartier général afin de s’assurer que tous les partis politiques sont  prêts à avaler la pilule.

La tournée devrait continuer jusqu’au moment où il sera convaincu que les doses reçues sont largement suffisantes. Et, tout porte à croire que tel est le cas. Chaque  parti politique lui exprime sa reconnaissance pour son  initiative. Il se lance lui-même dans une sorte de mea-culpa, oh combien sincère, pour avouer qu’il aurait fallu venir plus tôt à leur rencontre. Naturellement, seuls ceux qui  attendent à nouveau le Père Noël pourraient le croire. Reste à savoir ce qu’apportera le réveillon si des élections forcées étaient organisées.

On pourrait croire que la majeure partie des leaders et responsables de l’opposition jusque- là rencontrés sont quelque peu amnésiques. Avoir accepté le fait que de sélections libres, transparentes et démocratiques sont le remède approprié au mal guinéen est une évidence.  Mais, ne pas saisir l’occasion pour dire qu’il fallait commencer par le dialogue au lieu d’opter pour une politique de division et d’exclusion est une erreur. Le dire s’imposait d’autant plus que les présidentielles de juin et novembre 2010 portaient le même rêve de transparence. Un rêve auquel plus d’un guinéen a cru mais qui fut cauchemardesque.

Que l’opposition guinéenne s’avise et se dise que le temps du patriarche et du chef tout puissant est révolu. Qu’elle se souvienne avoir drainé la majeure partie des populations guinéennes. Qu’elle n’oublie pas que des hommes et des femmes, des jeunes, des vieux et des enfants tous soucieux de démocratie, d’équité, de changement et de reconstruction nationale comptent encore sur elle. Qu’elle montre qu’elle n’est pas uniquement prédisposée à se  plier à tous les pouvoirs : passés et actuels. Qu’elle n’est plus encline à se laisser berner par des rencontres opportunes qui ne permettent aucun débat ni décision.

Cela est d’autant plus important que bon nombre d’observateurs et d’analystes commencent à se dire que cette opposition qui a accepté l’invitation du Président guinéen sans concertation a encore commis l’erreur de ne pas critiquer ouvertement un ministre qui ne cherche qu’à gagner du temps.  La preuve ? Le mémorandum qui lui a été remis dort encore dans ses tiroirs. Elle avait l’occasion d’obliger ce ministre et le gouvernement à se plier à ses exigences.

Si les deux alliances qui forment l’opposition se lançaient dans une aventure électorale sans préparatifs, elles vont décevoir, de manière durable, leurs militants et sympathisants tant de l’intérieur que de l’extérieur. Dans les conditions actuelles, elles doivent plutôt prouver qu’elles sont aptes à diagnostiquer le mal guinéen et d’y apporter le remède approprié. Elles doivent dire clairement et, au plus tôt possible, si elles iront ou non aux législatives en dépassant le stade des dénonciations et des faux fuyants. Elles doivent, pour plus de crédibilité, montrer qu’elles n’ignorent pas qu’en politique, que c’est celui qui décide du jeu le gagne. Cependant, un jeu tronqué comporte des risques. les risques existent quand le jeu est tronqué.

L’opposition a tous les moyens de pression sur le pouvoir guinéen qui n’a pas le choix. Il doit organiser les élections pour sortir de l’impasse intérieure et se légitimer face à l’extérieur. Mais, il doit comprendre que ce qui s’est passé aux présidentielles ne se répétera pas. Qu’il n’y aura pas d’élections fiables sans partage du pouvoir à travers des législatives consensuelles. Que, des élections, dans un climat de suspicion et de divisions politiques et ethniques pourraient conduire à des conflits qui entraîneraient le retour à la case départ. Enfin, rien n’exclut dans ces conditions la reprise en main de la situation par l’armée.

Si le pouvoir actuel se sert des législatives comme un moyen de pression en agitant le spectre du blocage, de la crise, de l’isolement de notre pays, etc. il appartient à l’opposition de demander qui a créé la situation actuelle ?  Qui  a refusé  le dialogue en mettant en avant des critères ethniques au détriment de l’intérêt national ? Qui a décidé unilatéralement la révision des listes électorales ? Qui a choisi sans concertation les sociétés qui ont fourni le matériel électoral ? Qui a nommé et destitué arbitrairement les responsables de la CENI ? Qui a arrêté les militants des autres partis politiques pour prétendre les juger et les libérer pour une soi-disant grâce ou bonhomie du chef ?

Qu’on se le dise clairement. Aller aux élections à n’importe quel prix est un suicide politique pour l’opposition guinéenne et pour le pouvoir en place. Rien ne doit pousser les partis politiques à une aventure dans laquelle ils sont déjà perdants. Qu’Alpha Condé enlève Louncény Camara  de son poste de Président de la CENI ne changera rien. Tout est déjà ficelé. Il ne reste plus qu’à faire semblant d’aller aux urnes pour que les résultats déjà stockés soient publiés.

Pour ces raisons et bien d’autres, l’opposition guinéenne doit résister et refuser toutes élections dans les circonstances actuelles. Certes, il est difficile de tenir tête à un pouvoir qui harcèle et à une communauté internationale qui se dit impatiente. Mais, qui a avalisé les résultats de la présidentielle de l’année dernière ? N’est-ce pas la communauté internationale ? Qu’est- ce qui l’empêcherait de faire autant au lendemain de législatives tronquées ? Si l’on sait qu’un certain ministre, apparemment très influent dans la France- Afrique, squatte en Guinée depuis l’élection de son « frère jumeau », l’illusion n’est pas permise.

L’opposition guinéenne devra également résister à d’autres influences. Celles d’opportunistes qui la poussent à aller vaille que vaille aux élections. Ceux- là seront les premiers, une fois qu’ils auront un poste de député, à se révéler contre elle. Rien d’étonnant en cela car, dans nos démocraties africaines, celui qui ne vote pas en faveur du pouvoir ne touche pas sa pécule. Dès lors, exit les partis d’appartenance et vive le RPG pour ces gens sont guidés par la politique de la poche et du ventre.

Les exemples du passé le confirment. Bah Mamadou et Siradio Diallo avaient  eu leurs députés. Mais, combien d’entre- eux s’opposaient au Parti de l’Unité et du Progrès (PUP) ? La majeure partie recevait nuitamment de mallettes bourrées de billets  de banque pour voter au grand jour les lois du système.

Autant dire que l’opposition actuelle devrait, toute précaution gardée, accepter des élections législatives ou les refuser en toute connaissance de cause. Mais, pour cela, elle doit parler d’une seule voix et agir dans le sens de l’intérêt supérieur de la nation et du peuple de  Guinée.
 
Lamarana Petty Diallo                                   
lamaranapetty@yahoo.fr


 

4 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Sidibé09/12/2011 12:29:14
Gandhal, tu aurais mieux fait de prendre comme pseudo "maddyère qui veut dire si tu parle le pular ignorance.
M Diallo est et reste un des meilleurs analystes du web guinéen et ce n'est pas pour rien que des sites critiques et objectifs comme guineepresse le publie. Tu dois savoir que les hommes politiques guinéens doivent éviter les louangeurs comme toi qui lèchent leurs bottes pour des intérêts personnels.
au fait tu es où toi? Tu es sur le terain? Si tel est le cas donne nous ton vrai nom et oses l'afficher comme M Diallo, Ansoumane Doré Saïdou Bocoum, Sadio Barry et j'en passe.
lea situation en Guinée est si sérieuse que tout honnête homme et femme devrait critiquer cette opposition qui reste notre seule espoir au lieu de dire ce que le chef veut entendre. AC est là et il veut tout faire pour détruire l'opposition. Enfin, donne nous des meilleurs pistes si tu es vraiment gandhal et ne te cache pas sous des pseudos. sinon laisse nous tran,quille. celui qui n'ose pas dire son nom n'a rien a proposer car c'est ni plus ni moins qu'un trouillard. vas grimper les murs comme l'autre au stade de Coléah ok
Gandhi09/12/2011 13:52:08
L'opposition a suffisamment prouvé qu'elle n'acceptera pas des législatives tronquées et truquées. Le 29 Décembre aura lieu, mais il n'y aura pas d'élections ce jour. C'est clair et net.
LUFDG A GABON10/12/2011 12:01:09
Je voudrai avoir votre numero d iml . jsuis mbre du burau ufdg federation gabon. voila mon imail...,daramerediallo@yahoo.fr, je vous remercie
Aminata10/12/2011 23:17:34
Monsieur Diallo vous avez raison mais les abrutis de Cellou ne le comprendront jamais. Ils vont tomber à nouveau sur la nuque.