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Guinée : Un an de pouvoir d’Alpha Condé, un rêve brisé


2011-12-22 10:29:25

Il ya juste un an que les Guinéens ont eu à la tête de leur nation, la leur, un homme venu d’ailleurs. De la France diront les plus sympathiques. Du Burkina Faso, selon les critiques les plus  acerbes.

Dans un cas comme dans l’autre, celui qui a été proclamé Président de la République de Guinée a quelque chose d’étrange en lui. Passer sa vie dans le pays de droits de l’homme, la France, et se révéler en moins d’un an comme l’un des plus grands potentats que la Guinée a connus.

N’Koro Alpha, l’un des surnoms du Président Guinéen, nous a livré lui-même son bilan. Fait rarissime de se juger soi-même au lieu de laisser cette tâche à ses multiples conseillers ou à son porte-parole. Craignait-il quelque chose. Il n’a pas échappé car les bilans de son année au pouvoir pullulent de partout. Je compte également exposer ma vision, mon bilan d’un an de règne sans me laisser berner par l’autocongratulation du 20 décembre 2011 à laquelle les Guinéens ont eu droit.

Mais, bien inspiré est celui qui, en quelques lignes, dresserait le bilan d’un an de remise en cause du peu d’acquis démocratiques en Guinée, de pouvoir personnel basé sur une politique de division, de stratégie ethnocentrique, de meurtres, de massacres, de répression de l’opposition, d’arrestations arbitraires, d’indexations d’une ethnie comme source de la misère du Guinéen et de l’échec du système RPG, de bafouement des lois républicaines, de nominations ethniques, de voyages à l’étranger quand le peuple patauge dans la misère, d’initiatives avortées etc. La liste est inépuisable et je n’en retiendrais que quelques aspects .

Le  pouvoir d’alpha Condé, un rêve  brisé et un pogrom anti-peulh

Celui qui avait promis d’être le Nelson Mandela guinéen, n’a rien trouvé d’autre que d’apparaître en Pieter Botha, (Premier Ministre d’Afrique du Sud de 1978 à 1984 et Président de la République de 1984 à 1989).  Alpha Condé serait bien plus proche de  ce fervent défenseur de l’apartheid et du système ségrégationniste noir que de Mandela, le grand unificateur du pays, surnommé arc-en ciel. Une autre usurpation du Président guinéen qui appela ainsi son alliance afin de mieux compter les ethnies pour les ségréguer.

 A la place du bantoustan sud africain, Alpha Condé a érigé les quartiers à majorité peulhe de Conakry en ghetto ou zone de non citoyen du moment qu’il considère les peulhs comme des étrangers. Qui ignore qu’habiter Bambéto, Kosa, Hamdallaye, Vanindara, Cimenterie, Kissosso est une vraie malédiction ? On ne saurait compter le nombre d’exactions qui se sont produites dans ces quartiers de la périphérie de Conakry depuis l’entre-deux tours des élections présidentielles et maintenant.

En avril 2011, le retour de Cellou Dalein d’un séjour à l’étranger a fait un mort : Zakariyaou Diallo tombé sous les balles des forces de sécurité.

Les 18 et 19 juillet, un attentat présumé contre le domicile du Président guinéen donne l’occasion de mettre aux arrêts et de torturer de dizaines de citoyens civils et militaires. Le déferlement de mercenaires appelés « Donzos » (chasseurs) sur Conakry transforme la capitale en vrai purgatoire. La cible, les officiers soussous proches de Lansana Conté et de Sékouba Konaté et les Peulhs.

Le 27 septembre 2011, à l’appel des journées de manifestation de l’opposition, il y  a eu quatre morts, tous des Peulhs et des centaines d’arrestation.

Les brimades, les exactions arbitraires de toutes sortes, les condamnations, les vols et viols, tout comme les meurtres ont essentiellement visées la même communauté. Tout non peulh arrêté est libéré sur le champ ou dès son arrivée aux postes de police ou de gendarmerie.

Le seul non Peulh, un Malinké au patronyme de Kaba qui a comparu au tribunal de Dixinn a été acquitté alors que tous les Barry, Diallo, Bah, Baldé, Sow sont condamnés à des peines de prison ferme ou avec sursis assorties d’amendes importantes.  Qui pourrait nier au vu de ces éléments que l’arrivée au pouvoir d’Alpha Condé a exacerbé les violences et les divisions intercommunautaires ?

Un régime ethnocentrique

La majeure partie des nominations du pouvoir guinéen sont basées sur l’ethnie et guidées par la suprématie malinké sur les Soussous, Forestiers et Peulhs. Selon  « tonton Alpha » les deux premières ethnies seraient toutes Malinké. A croire que le bon Dieu se serait trompé dans la nomination des ethnies. Quant aux Peulhs, ils seraient tout simplement des non guinéens.

Que l’on compte l’entourage d’Alpha Condé. Majoritairement Malinké, celui-ci est divisé en cercles. Le cercle le plus restreint est formé des « Condé ». Ce sont les affinités avec ces derniers qui déterminent votre place et votre influence en tant que Malinké au sein du cercle du pouvoir.

Les rescapés du système Conté qui servent de conseillers pour anéantir Cellou Dalein  Diallo et embobiner certains Soussous viennent au second rang.  Les ressortissants de la Guinée Forestière, même ceux qui occupent des postes de défense et de sécurité sont en subside. Tout porte à croire que la plupart d’entre eux ont pieds et mains liées par une forme de chantage. Sous la menace d’inculpation du Tribunal Pénal International pour crimes contre l’Humanité, on leur ferait croire que leur sort dépend du service rendu au chef. Mais, n’est pas forcément « gaou » qui l’on croit.

En définitive, sous le règne d’Alpha Condé, les Guinéens sont catégorisés en trois : Les empêcheurs de tourner en rond ou « les ennemis » », le terme est de N’Koro Alpha, c’est-à- dire les Peulhs. Ceux à qui il faut donner quelques miettes et du pouvoir et de riz pour être en paix et ceux qu’il faut tenir par le chantage pour s’assurer de leur fidélité.

Un système politique qui piétine les lois de la République

La plupart des décisions du système guinéen sont anticonstitutionnelles. Autant les nominations sont ethniques, autant l’exercice du pouvoir repose sur l’arbitraire et le contournement de la constitution

La restructuration de la Commission Nationale Indépendante (CENI) et la nomination de son Président sont tout aussi illégales.  Lounsény Camara, actuel Président de l’institution a été nommé en dehors de toute légalité et sans aucune consultation du Conseil National de la Transition (CNT) comme le stipule la constitution.

Les destitutions et suspensions de certains membres  de la CENI, messieurs Thierno Seydou Bayo, Directeur de la  Communication et de Siré Dieng, commissaire, tout comme la suspension de journalistes comme Ibrahim Ahmed Barry, Ciré Dieng et Marie-Louise Sanoussy se sont faites sur la base de l’arbitraire et de l’illégalité.

Il est notoire qu’il n’y ait plus de publications de décrets ou d’arrêtés de nomination en Guinée. La raison est toute simple. Alpha Condé nomme des personnes aux patronymes tellement récurrentes ou dont la consonance est tellement proche qu’il préfère que les promus reçoivent main à main leur décrets. Sous l’ère Condé, tu dors Directeur Général et tu te réveilles subalterne. La faute à l’ethnie. 

Un système qui menace la paix sociale

Les exemples ne manquent pas pour montrer que le pouvoir guinéen actuel est à sens unique. C’est un pouvoir ethnique dominé par une personne, une région (ou ce qui apparaît comme tel car tous les Malinké ne mangent pas dans la même assiette qu’Alpha et ses proches). C’est une dictature dont la haine viscérale contre les peulhs reste encore obscure. Mais, la violence contre cette ethnie, est faite contre toute la nation. Oublie-t-on que l’histoire a montré que la réaction des brimés, des exclus, des marginalisés de toutes les dictatures de Franco à Kadhafi a souvent été douloureuse et inattendue. 

Raison pour laquelle le système politique guinéen devrait mettre fin aux brimades de toutes sortes, au harcèlement des Peulhs et aux différentes tentatives de les opposer aux autres Guinéens. Cependant, il ne semble pas emprunter cette voie. Bien au contraire.

La politique actuelle de division tend vers son paroxysme avec l’Association xénophobe dénommée Mandén- Djallon dont le but est de pousser les différents  groupes sociaux du Fouta- Djallon  à une guerre intercommunautaire. Mais, attention ! Si la guerre a un visage,  elle n’a pas de frontière.

Les leçons à tirer du système  d’Alpha Condé

Cette année de règne du RPG et de son Président aura servi aux Guinéens de tirer quelques leçons :

-La Guinée n’a pas encore eu l’homme ou la femme qui fera le bonheur de son peuple.

-Comme le dit le proverbe, la racine n’a qu’à beau séjourner dans l’eau, elle ne deviendra pas caïman.  Sinon, Alpha Condé qui a passé toute sa vie dans le pays des droits de l’homme ne serait pas en moins d’un an  l’un des pires dictateurs que la Guinée a connus.

-Si les Guinéens se laissaient aller à la politique actuelle de haine et de division, rien n’est à exclure et les lendemains risquent d’être plus sombres qu’ils ne l’ont été auparavant.

-L’opposition guinéenne, même si elle prend des initiatives fort louables parfois, ne semble pas être prête à affronter le système en place. Elle réagit toujours  de manière instantanée à tout acte du pouvoir.

-Loin de tirer les leçons du passé, nos leaders se précipitent encore  à donner seing blanc au pouvoir en clamant qu’ils sont prêts à négocier avec lui. Pourtant, le mémorandum  qui constitue la base de leurs revendications n’est plus adapté car la CENI a fini son travail de remembrement, de révision des listes électorales etc. Pire, Lounsény Camara est toujours à son poste et plus fort que jamais.

-Les peulhs ont compris qu’en termes de haine et d’adversité Sékou Touré n’est rien à côté d’Alpha Condé. Le premier les a injuriés, exilés ou tués, le second veut leur disparition en débaptisant la terre de leurs ancêtres.

-Les autres ethnies auxquelles le pouvoir actuel fait des yeux doux ne sont pas à l’abri d’une absorption par la suprématie du RPG. Certains responsables politiques l’auraient-ils compris  pour prendre leur distance avec l’arc-en-ciel et le Condéisme ?

-Les Guinéens épris de paix et de justice, d’où ils se trouvent, ont conscience que le combat pour la démocratie dans notre pays doit continuer. Qu’ils doivent avant tout compter sur eux-mêmes que sur une communauté internationale fluide et prête à s’accommoder plus de stabilité que de droits de l’homme.

-Le régime d’Alpha Condé n’a rien de moins pire que le CNDD. Ce dernier est coupable de crimes dans un stade fermé et le pouvoir guinéen actuel est coupable des mêmes faits à ciel ouvert. Mais, pour le moment, c’est la politique de deux poids deux mesures qui prévaut car nul semble inquiéter les maîtres actuels de Conakry.

-Ceux qui ont reconnu la victoire d’Alpha Condé en novembre 2011 n’hésiteront pas de saluer son triomphe aux législatives. D’où le suicide collectif auquel nous pousse l’opposition si elle allait béatement et dans les conditions actuelles à des élections pilotées par la CENI, le Ministère  de l’Administration du territoire et de la décentralisation et le RPG.

En définitive, l’année de règne d’Alpha Condé se résume en 365 jours de désastre, d’ethnocentrisme, d’arrestations, de meurtres de civils et de militaires et de pogrom peulh.

Souhaitons des anniversaires plus heureux à nos compatriotes que ceux qui ont été alignés  par les mois de décembre de ces dernières années : 22 décembre 2008, prise du pouvoir par le CNDD, 22 décembre 201O, proclamation d’Alpha Condé Président de Guinée. Allez  chercher le lien !


Lamarana Petty Diallo

lamaranapetty@yahoo.fr


 

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