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2011-12-30 20:53:48
Un an de gouvernance d’Alpha CONDE a permis à l’aune de l’épreuve du pouvoir de tirer quelques enseignements et de porter un éclairage sur les pratiques du nouveau régime sur la question relative au respect des droits de l’homme en Guinée.
C’est avec une grande amertume que nous avons enregistré pendant la première année de l’exercice du pouvoir par M.Alpha CONDE une volonté systématique et délibérée d’étouffer par de violentes répressions la liberté d’opinion et d’expression des citoyens . Du 03 avril 2011 au 27 septembre 2011 plus d’une dizaine de citoyens sont abattus uniquement par qu’ils manifestaient leur opposition au pouvoir de manière pacifique. Plusieurs centainessont incarcérées et arbitrairement traduites devant des tribunaux aux ordres. Le pouvoir s’est servi d’eux comme des otages qu’il a fallu « graciés » au compte-goutte pour imposer des concessions à l’opposition démocratique.
Le 19 juillet 2011, un « attentat surréaliste » peu crédible, digne des émules du « complot permanent » de l’ancien régime permet au pouvoir de faire arrêter sans aucune preuve des dizaines d’officiers de l’armée nationale ainsi que des civils,cueillis manu-militari dans leur domicile .Depuis lors tout ce monde croupit en prison,torturé et sans aucun soutien. Le 19 juillet 2011,est devenu ainsi le prétexte pour faire arrêter tous ceux qui sont gênants pour le régime. Plusieurs généraux,comme Nouhou THIAM et Bachir DIALLO et de simples citoyens comme El hadj Alpha Lafou, Hadja FatouBadiar, Baba Alimou BARRY, Alfa Saliou WANN, ThiernoSadou DIALLO sont pêle-mêle associés à une action dont les tribunaux n’ont jusqu’à présent pas pu confondre les prévenus. Pour donner un semblant de crédibilité à cette mascarade, Alpha CONDE lui-même, m’impute d’être l’organisateur de ce mauvais feuilleton politico-militaire.
Récemment à Labé,un jeune membre du CNT,BAH Souleymane est kidnappé en plein jour,puis jeté en prison à Conakry. C’est dans des circonstances analogues que la famille de l’ex aide de camp du Capitaine Dadis CAMARA,Toumba DIAKITE est violement interpellée par des gendarmes. Un de ses frères,succombe sous l’effet de la torture. Pour tous ces cas, la gouvernance d’Alpha CONDE se mure dans un silence coupable. Ce déni de justice et d’Etat de droit rappelle les périodes les plus sombres de notre histoire sous l’ancien régime dictatorial.
De même,le Secrétaire Général de la principale centrale syndicale du pays M. Amadou DIALLO élu avec brio lors du dernier congrès de la CNTG est agressé dans son domicile par des militaires cagoulés. Il n’eut la vie sauve que grâce à la baraka. Cette agression n’est pas encore élucidée,mais depuis lors M.DIALLO et sa centrale font l’objet de menaces ouvertes et d’hostilité de la part des autorités guinéennes. Encore une nouvelle fois,une justice instrumentalisée à travers un tribunal du travail a « décrété » l’annulation du congrès du syndicat. Cette attaque contre la liberté d’organisation et d’expression des travailleurs guinéens est un pas de plus dans la dérive liberticide et anti-démocratique.
Les populations également ne sont pas à l’abri de cette vague répressive et qui use de la violence de manière disproportionnée. Les ressortissants de Galapaye en Guinée Forestière en ont fait les frais. Là aussi,une justice aux ordres s’interférent dans un conflit intercommunautaire grave pour prendre un parti-pris en faveur d’une communauté, condamnant ainsi à mort plus d’une dizaine de Guerzé. Une justice injuste n’a jamais réussi à cimenter l’esprit de concorde et de repentance,mais au contraire creuse plus profondément les dissensions et accentue la haine.
Avec moins d’acuité mais aussi avec violence ,les orpailleurs de Siguiri et de Kouroussa se sont vus imposés d’aller cultiver la terre, alors qu’ils sont les dépositaires d’une tradition multiséculaire de chercheurs d’or et cela depuis la naissance de l’empire mandingue de Soundjata KEITA et de Kankan Moussa du XIII émesiécle . Plusieurs d’entre eux,osant braver l’interdit furent manu militari emprisonner et fouetter à sang.
A Lola et à Djécké en Guinée Forestière et aussi à Bambeto et Cosa à Conakry,toute manifestation des jeunes pour réclamer du travail ou la liberté est noyée dans le sang. La gouvernance d’Alpha CONDE a instauré une partition du pays en créant des « bantoustans » où le non –droit prime comme en Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Dans ces zones l’utilisation de la violence contre les populations civiles est sans limite. Une milice privée, armée entièrement à la dévotion du régime du RPG,les « donzos » écume les quartiers et les zones favorables à l’opposition. L’existence de cette force supplétive aux forces de défense officielles est sans précédent et rend très peu crédible les déclarations publiques favorables à une réforme du secteur des forces armées nationales avec la coopération de la communauté internationale. Pour conforter plus encore son système politique, il encourage les attitudes tendant à creuser le fossé entre les différentes communautés nationales du pays. La déclaration du Général Facinet TOURE ,médiateur de la République ,déniant à la communauté peule ses droits politiques de citoyens guinéens , l’encouragement tacite des activités d’une organisation dénommée « manding-djallon » pour susciter la division des populations foutankées, l’extermination du bétail des éleveurs de Beyla et l’ethnicisassions en outrance de l’administration publique du pays au profit exclusif de l’ethnie à laquelle appartient M.Alpha CONDE,ruinent les fondements de la République et sèment pour longtemps la méfiance et la haine entre les guinéens.
Alpha CONDE,suit avec constance une stratégie politique que lui-même a déclinée au lendemain de son investiture « ramener la Guinée, là où Sékou TOURE l’a laissée ». Donc ce qui serait surprenant, serait de sa part l’application d’une notre politique autre que celle-là. En excellent tacticien politique, il use d’un semblant de dialogue politique et de la rhétorique de la réconciliation nationale comme un os à donner aux partis politiques et à la communauté internationale tout en faisant avancer tranquillement et sereinement son ambition d’obtenir un pouvoir totalitaire en Guinée. Comme Enver Hodja,qu’ il rêve d’imiter , la Guinée doit être l’ « Albanie » d’Afrique ,bastion inexpugnable d’un communisme archaïque et tropicalisée.
Mais ce qui est surprenant est l’attitude de la classe politique guinéenne. Elle reste atone devant l’enfoncement du pays dans une gouvernance totalement hors la loi. Elle se tait alors que des dizaines de citoyens sont injustement privés de leur liberté et que d’autres meurent sous la torture qui leur est infligée. Les libertés sont bafouées et des principes essentiels de la constitution sont violés comme l’égalité des citoyens, la liberté d’expression,l’indépendance de la justice et le caractère républicain de l’Etat. Rivés sur l’organisation d’élection législative dans un contexte d’illégalité et d’anti constitutionnalité,l’opposition démocratique déserte ce qui vaut la peine de se battre à savoir sauver le pays pendant qu’il est encore temps.
Oubliant les leçons de notre histoire, chacun se vautre dans une indifférence coupable devant la souffrance de ceux qui sont embastillés en se disant qu’ils doivent être nécessairement coupables jusqu’au jour où sera à son tour d’être pris. La Guinée a perdu beaucoup de ses illustres enfants ainsi, à cause d’un aveuglement collectif.Nous ne devons pas permettre que cela se répète.
Après chaque nième tragédie collective, nouscrions plus jamais ça !Mais il suffit que l’émotion s’estompe pour que nousoubliionsnos résolutions et nous sombrons dans l’indifférence et le cynisme. Cette attitude atavique est le frein à l’émergence d’une société civile forte, exigeante et responsable. Toutefois, il n’est pas tard car l’engagement des individus peut venir à bout d’un totalitarisme rampant. Les prisonniers politiques en Guinée ont besoin de la solidarité nationale et internationale. Défendre leur liberté et leur droit,c’est également défendre notre liberté et nos droits. La Guinée a été tellement traumatisée, violentée et souillée qu’il est inacceptable que cela puisse se poursuivre.
Chacun d’entre nous a une responsabilité dans la construction d’un système politique, alors la Guinée a besoin de se libérer, de se réconcilier,de se construire et de s’épanouir pour l’intérêt de tous ses enfants. C’est un devoir et une obligation morale d’y contribuer.
2012 sera une année cruciale pour savoir si la Guinée s’oriente vers un changement démocratique réel ou comme par fatalité vers la descente aux enfers.
Mais ayons confiance en l’avenir. Ne baissons pas les bras ! N’oublions pas les prisonniers politiques en Guinée.
Bonne et heureuse année. Que Dieu vous garde et protège notre pays !
BAH Oury
Ancien Ministre de la Réconciliation Nationale et de la Solidarité
Vice-Président de l’UFDG, <chargé des Relations Extérieures et de la Communication
VOS COMMENTAIRES | |
| Pathe Bah | 30/12/2011 21:34:47 |
| Je vous remercie Mr. Bah pour un travail juste et equitable. La premiere annee de Alpha Conde a ete un echec pour la Guinee et les Guineens. J'espere seulement que l'opposition sera a la hauteur de leur responsabilite car avec votre absence du pays, je ne vois pas quelqu'un capable de diriger une opposition aussi naive et imcopetant. Je prie Dieu de vous faire revenir au pays dans la securite pour etre au devant de la lutte democratique avant que cela ne soit tard. Encore une fois merci pour tout les sacrifices que vous consenter pour notre pays. | |
| BAO | 30/12/2011 23:20:02 |
| Merci beaucoup Mr. Bah pour cette excéllente retrospective des bavures que les habitants et ressortissants guinéens continuent de subir. Les guinéens de tout bord devraient s´entendre pour dire plus jamais ca et empêcher l´implantation ou renforcement d´une nouvelle dictature. Je veux croire que les guinéens en ont mare de la dictature, du camp boiro, du 28 Sept ... Nous avons tous le devoir de sauver la Guinée contre ces Negros Nazis, complexés qui ne voient leur bonheur qu´en abattant,en violent ou en torturant des être humains. Ces boureaux veulent nous imposer un faux bonheur(la dépravation) . Nous devons lutter pour rompre définitivement avec ces pratiques dictatoriales. Que l´année 2012 soit l´année de la société civile qui défendra le droit des citoyens. Fraternellement. | |
| AP. Diallo | 31/12/2011 00:01:44 |
| C´est quand même très significatif: bien avant d´avoir terminé de lire cet article et le nom de son auteur, je me suis dit: "Cet article est de Bah Oury". Merci Mr. Bah. Qu´Allah vous protège, vous êtes une grande fierté et un grand espoir pour les patriotes guinéens. | |
| Diallo | 31/12/2011 01:10:43 |
| Mr Bah Oury, sachez que nous sommes de tout coeur avec votre combat pour une guinée démocratique avec un Etat de droit. Notre opposition sans Bah Oury comme une voiture sans carburant: elle va rester immobile. | |
| coulibaly | 31/12/2011 10:40:33 |
| bjr mr bah il faut oser de retourner dans le pays. c est la prison seulement on te tue pas le monde est derriere toi.mais reste dans les hotels des blancs de dire des grds mots ne resoudre le probleme. | |
| Mujahid al Fulany | 31/12/2011 17:47:22 |
| Mr Bah, vous savez, c'est la tragedie guineenne de n avoir toujours pas eu la chance d avoir au devant des hommes et femmes qui aiment la patrie. Si non combiens des jeunes se sont sacrifie pour que notre pays va a l avant? si vous regardez ce qui se passe aujourdhui en Guinee, je dirais le probleme guineen est son soit disant elites. En tant que croyant, j ai de l optimisme pour l avenir de notre pays, mais je vois pas un avenir meilleur pour nous tant qu on a ce genre d elites chez nous. Qu ALLAH nous donne la reussite de tous nos projets qu IL aime! | |
| dgb | 01/01/2012 13:40:58 |
| C’est comme ça qu’on aimerait voir l’opposition ! Mais ils restent malheureusement en berne. Merci Mr. Bah Oury Nous vous soutenons dans le combat pour l’émergence de la démocratie dans notre pays. Bonne année à tous. | |
| Mamadou S. Diallo | 03/01/2012 18:29:03 |
| "Après chaque nième tragédie collective, nouscrions plus jamais ça !Mais il suffit que l’émotion s’estompe pour que nousoubliionsnos résolutions et nous sombrons dans l’indifférence et le cynisme. Cette attitude atavique est le frein à l’émergence d’une société civile forte, exigeante et responsable." Cette remarque de Bah Oury resume en somme la source de tout notre malheur. Il faut refuser d'obulier, il combattre l'indifference! Ci-dessous un discours qui sied parfaitement avec l'appel de Bah. C'est l'extrait d'un discours de quelqu'un qui fut aussi victime -comme Bah Oury et milliers d'autre Guineens - de persecutions, d'exclusions, de tortures, d'executions arbitraires parcequ'ils sont differents de l'autre, ont exprime une opinion differente de l'autre. Ce extrait est d'Elie Wiesel rescape juif du camp Nazi de Auschwitz: "Indifference is not a beginning, it is an end. And, therefore, indifference is always the friend of the enemy, for it benefits the aggressor -- never his victim, whose pain is magnified when he or she feels forgotten. The political prisoner in his cell, the hungry children, the homeless refugees -- not to respond to their plight, not to relieve their solitude by offering them a spark of hope is to exile them from human memory. And in denying their humanity we betray our own. Indifference, then, is not only a sin, it is a punishment. And this is one of the most important lessons of this outgoing century's wide-ranging experiments in good and evil. In the place that I come from, society was composed of three simple categories: the killers, the victims, and the bystanders. During the darkest of times, inside the ghettoes and death camps -- and I'm glad that Mrs. Clinton mentioned that we are now commemorating that event, that period, that we are now in the Days of Remembrance -- but then, we felt abandoned, forgotten. All of us did" N'oubliez pas les victimes, ceux qui sont morts, ceux qui croupissent en prison, ceux qui souffrent en silence. Il faut agir avec passion sans emotion pour la justice contre l'impunite! | |