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Revue sommaire de la politique agricole en Guinée et les leçons non comprises par le ‘PR. AC’ (deuxième partie)


2012-01-28 11:15:56

A partir de 1984, le régime de CONTE était le chouchou des bailleurs de fonds qui, après avoir imposé certaines réformes via FMI et BM ont retenu les priorités que sont santé , éducation et développement agricole. Pour ce dernier point qui nous intéresse dans la présente réflexion, des stratégies et politiques ont été élaborées notamment à travers les LPDA 1 et 2 qui ont mis un accent particulier sur les projets agricoles, l’amélioration des semences et l’aménagement des pistes rurales. Pour quel résultat après 25 ans ? En tout cas pas pour grand ‘chose puisque les niveaux d’importation de riz par exemple au meilleur des cas n’ont pas diminué.

 Les financements alloués par les bailleurs de fonds traditionnels ont en réalité servi à FINANCER L’ADMINISTRATION AGRICOLE en grande partie. Il s’est agi d’acheter des pick-ups neuves, de payer des dépenses de carburants et d’entretien, de servir des primes élevées qui pour la plupart du temps dépassaient les salaires de base des cadres et agents agricoles. N’oublions pas les locations de villas et de bureaux type ministériel très coûteux. En tout cas, l’administration s’est bien servie et la portion qui est allée à la terre pour aider le paysan à améliorer son travail et son rendement était faible. Deux Projets illustrent bien le gâchis de cette période : il s’agit du Projet Agricole de Kolenté et un autre projet à Kissidougou.

 Des modèles d’exploitations agricoles tels que le Centre de Kilissi ( Kindia ), la rizière de Monchon (Boffa) affectée aux malaysiens, la rizière de Koba (encore àBoffa)donnée aux chinois sont restés des enclaves intraverties sans aucun effet d’entrainement sur le travail des villageois et sur le rendement de leurs champs. Un effort important a aussi été fait sur les pistes rurales . Mais étant donné la nature de nos sols ( surtout en zone forestière) et la pluviométrie ambiante, leur durée de vie n’excède guère les 3 ans. L’on ne peut pas en vouloir à l’administration CONTE seule pour ce qui s’est passé durant cette période du moment que les bailleurs de fonds approuvaient tous les contrats et contresignaient les décomptes des travaux souvent supervisés par leurs propres experts chèrement payés.

   Le Chef de l’Etat lui-même, que l’on a appelé plus tard Président-Paysan, pratiquait lui-même l’agriculture , en fait depuis qu’il était simple sous-officier de l’armée . Certains ont appelé cela « agriculture de plaisance » car le Patron aimait bien inspecter ses milliers d’hectares de palmiers à huile, d’hévéas et ses usines d’extraction d’huile de palme sans jamais s’intéresser au prix de revient d’une tonne d’huile par exemple. Il avait fortement souhaité que les villageois l’imitent ainsi que les fonctionnaires. Mais il faut se rendre à l’évidence que cela n’a pas ressemblé au planteur de Yamoussoukoro et des villages voisins.

  L’armée guinéenne n’a pas été en reste. Au début des années 2000 d’importants moyens financiers ont été mis en œuvre pour que le ravitaillement de l’armée en riz vienne désormais de ses champs. L’on se rappelle les éditoriaux-fleuves du journaliste Leroy, qui, invité à vanter le succès de l’armée dans l’agriculture n’a trouvé rien de mieux à dire qu’à calculer la récolte en nombre de sacs !! Le jour que le Pr va encore remuer l’épée des audits, nous lui recommandons humblement de commencer sous ses pieds en demandant au Généra Bouréma Condé et à Mamadou Sylla de rendre compte des dizaines de millions de dollars qu’ils ont engloutis à Koundian et ailleurs au nom de notre vaillante armée.

   Tout ce qui précède nous conduit à 2008 ,année du rappel de CONTE à Dieu  avec notre pays si richement doté par la nature aussi dépendant que jamais des importations de riz. Conakry continuait d’être approvisionnée par les bateaux au lieu d’être approvisionnée par les camions. Quelles leçons le Pr aurait-il pu tirer de ces 50 années d’échecs agricoles s’il connaissait la Guinée, s’il avait une sensibilité guinéenne ? 1) Il aurait compris que l’administration n’a pas pu et ne peut pas encadrer valablement l’agriculture au risque de financer une NOUVELLE  ADMINISTRATION AGRICOLE ; 2) Les méthodes de travail du paysan guinéen n’ont guère changé malgré les projets-pilotes ; 3) la maîtrise de l’eau, fondamentale pour une agriculture moderne, reste encore à conquérir ; 4) les rendements à l’hectare pour le riz par exemple restent encore médiocres 5) il n’y a pas de surplus commercialisable, précisément à cause des rendements faibles ; la seule commercialisation qui a pu se faire grâce aux pistes rurales restées praticables a concerné un échange de subsistance couvrant les besoins courants des villageois ;  6) il n’ y a pas eu de grandes exploitations agricoles modernes dignes de ce nom.

  Ces quelques leçons sommaires, Cellou Président les connait. Sidya Président les connait. Tous les deux connaissent la campagne guinéenne, le paysan guinéen. Ils ont FAIT l’agriculture réellement .Ceci est particulièrement vrai pour le Président Sidya qui a un vaste domaine agricole et  connait les contraintes agricoles. Ils n’auraient pas perdu du temps en décidant tout en apprenant. Eux savent déjà. L’expérience n’est pas ACHETABLE ; ELLE EST A ACQUERIR.

   Nous comprenons que le Pr a besoin d’une campagne agricole réussie pour gagner les législatives. Cet empressement qui dénote toute l’inexpérience de notre président du RPG ne marche pas avec l’agriculture ; le paysan lui veut être sûr de l’endroit où il met les pieds car un échec pour lui correspond à une catastrophe. Non seulement à une année et des ressources perdues mais aussi à la famine. Nous avons donc assisté à une distribution chaotique d’engrais et d’autres intrants à des paysans mal préparés et mal encadrés et pour des terres non aménagées.  Les ingénieurs agronomes ne nous disent-ils pas que des engrais dans un espace où l’eau n’est pas maîtrisée, c’est de la richesse jetée à la mer ou dans le fleuve. Et dire que les paysans doivent rembourser ces intrants qui sont une dette imposée par l’Etat ! Il faut d’ailleurs signaler que le Fouta Central a été « oublié » dans  la distribution d’intrants ; peut-être que pour le Pr , les guinéens ne mangent que du riz. Ainsi, les producteurs de pomme de terre de Timbi (Pita) et ceux d’oignons de Dalaba n’ont eu droit à aucune assistance de l’Etat. Rappelez-vous que le Pr candidat avait vu le succès des centaines de paysans du Fouta nourrissant la Guinée entière pendant plusieurs mois de l’année en pomme de terre, comme un monopole ! Il ne taxe pas de monopole les cultivateurs de ri z de la côte, ni les producteurs d’igname (kappè) de Batè Nafadji. Si les prêts pour la campagne agricole ne sont pas remboursés, cela voudra dire que le Fouta, ses enfants et ressortissants qui sont les plus grands contributeurs au budget national ont financé la campagne agricole 2011/2012.

 Pour lancer la commercialisation, des dizaines de milliards ont été remis à des fonctionnaires (trésoriers préfectoraux) qui n’en ont pas l’expérience, pour acheter aux paysans un excédent qui n’existe pas en réalité. En effet, après avoir remboursé( ?) le prix des intrants, mis de côté les besoins de consommation et les semences prochaines, il n’est pas sûr qu’il y ait un reliquat commercialisable dans une agriculture à rendement encore faible. C’est surtout aussi le retour de l’Etat commerçant, alors que  tous les conseillers sont convaincus que c’est un échec. Mais monsieur le président du RPG, comme vous avez installé un Parti-Etat, vos gouverneurs, préfets, sous- préfets  et trésoriers  seront responsables de l’échec de la campagne de commercialisation, en fait de la campagne agricole. Nous attendrons que vous faites comme le Président CONTE qui avait limogé tous les chefs de quartier de Conakry quand il a voulu distribuer du riz à la place des commerçants (perte nette= 12 millions de $). Monsieur le Pr, il existe des gens appelés hommes d’affaires dont le travail est de faire ce genre d’activités. Si  nos campagnes dégageaient un excédent agricole important, vous n’aurez pas à mobiliser vos fonctionnaires : 1) le prix du riz local aurait tout de suite baissé et  2) ce sont les commerçants eux-mêmes qui viendraient vous vendre du riz à la porte de vos magasins pour le moment vides. Si la campagne agricole a réussi, ces deux conditions seront visibles maintenant ; mais ce n’est pas encore le cas, en tout cas à ma connaissance.

  Pour réussir l’autosuffisance alimentaire ou plutôt la sécurité (ou souveraineté) alimentaire, il faut de grandes exploitations agricoles permettant  d’utiliser les grands moyens de production de manière intensive. Mais pour des questions idéologiques, vous allez refuser parce que pour vous ,Monsieur le Pr, le riche est un voleur. Mais pourtant vous êtes prêt à donner nos terres agricoles à de riches étrangers tels cet homme d’affaires indien, Président du groupe Archéan que vous avez reçu le 12 janvier dernier et qui vous disait qu’il allait faire de la riziculture pour produire du biocarburant. Quelle hérésie alors que nous n’avons pas assez de riz à manger et que nous voulons être le grenier de l’Ouest Africain. Monsieur le Président burkinabé du RPG, nos compatriotes ne voudront pas d’un tel investisseur qui devrait peut-être commencer par produire du fourrage à partir de la paille de riz. Monsieur le Pr, permettez à nos compatriotes de s’enrichir en travaillant la terre de leurs ancêtres. Mettez en place pour cela un code foncier rural qui les sécurise pour 99 ans ; vous n’aurez plus à engloutir des fonds à travers vos fonctionnaires du RPG. Vous pourrez aussi mettre à profit ce conseil d’un cadre de la FAO : puisque nos agents agricoles n’arrivent pas à encadrer efficacement nos paysans, alors «  importons » des paysans thaïlandais, vietnamiens ou birmans qui vivraient AVEC  nos frères villageois et leur apprendraient des techniques culturales qui vont améliorer sensiblement les rendements de leurs champs.

  Nous voyons bien que les leçons à tirer des échecs passés sont bien connues. Cependant, leur mise en œuvre ne semble pas facile quand on a à faire avec un régime à idéologie de type maoïste, c'est-à-dire dans notre cas , un populisme doublé d’inexpérience et d’amateurisme.

 

Par  BALDE Kandia-Haïdara

Lire la première partie !


 

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VOS COMMENTAIRES

Gandhi28/01/2012 13:39:27
Voilà ce qu'une partie de la fonction publique nuisible est capable de faire. Non seulement ils pillent les financements agricoles destinés aux agriculteurs, mais en plus ils ont le culot de vouloir expliquer ce qu'il faut faire. Il n'y a qu'à les dégager tous et les renouveler par des jeunes formés.

AC ne connait rien. Pour lui, il faut donner aux agriculteurs ce qu'ils n'ont pas demandé (des tracteurs) ou leur vendre des engrais qu'ils se procuraient de toutes façons. Par la suite s'ils n'obtiennent aucun résultat, et ils n'obtiendront que ce qu'ils ont décidé, AC sera le premier à dire qu'on leur a tout donné et que ce sont des saboteurs. Un internaute a même déclaré que la Guinée était auto-suffisante, parce qu'il l'avait vu à la RTG.

Pitoyable !