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Un ministre à l’étroit : le Dr Doré prendra-t-il le large ?


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Ibrahima Kylé Diallo

         Une conférence organisée par l’association « Demain, La Guinée » et portant sur la politique économique de notre pays s’est déroulée à Paris le 10 mai 2008, avec pour animateur principal le ministre Ousmane Doré.

         Voulant conserver à tout prix mes réflexes de Guinéen, j’ai décidé d’assister à la rencontre avec un retard « normal » de plus d’une heure. Cependant, j’ai saisi l’essentiel : le souhait de l’invité de mobiliser l’épargne des Guinéens de l’extérieur pour investir dans la production, les nominations attendues ( depuis plus d’un an ! ) pour restructurer l’administration, l’obligation pour les opérateurs économiques à payer des impôts, la relance de l’agriculture, la réconciliation des Guinéens, etc…

         Je n’ai pas l’intention, du moins pour le moment, de m’appesantir sur ces points qui n’ont rien de nouveau. En effet, qui ne connaît ce dont souffre la Guinée ? Ce pays, pas comme les autres, a été décrit et photographié sous tous ses aspects On ne peut presque rien dire qui n’ait déjà été dit sur la Guinée, le seul pays vert ( le tapis végétal est luxuriant ) où tous les voyants sont pourtant rouges ( rien ne marche ). Avant d’inviter les Guinéens de l’extérieur à réorienter leur épargne, il faudrait d’abord assainir l’environnement local. Pas uniquement sur le plan sanitaire ( on a l’habitude des moustiques ! ) mais sur le plan politique et surtout celui de la sécurité juridique. On n’a pas à être invité chez soi ! D’ailleurs, rares sont les Guinéens capables d’épargner et de mobiliser quoi que ce soit. Loin de leur pays d’origine rien, en revanche, ne les épargne : travail précaire, difficultés à payer leurs charges locatives et autres factures, surendettement, etc…

         Ce qui m’importe pour l’instant c’est l’impression que me laisse notre argentier qui a voulu s’exprimer à cœur ouvert. Je ne pense pas que M. Doré ait dit tout ce qu’il sait, encore moins tout ce qu’il veut. Mais à partir du peu qu’il a dit, il laisse transparaître ce qu’il est, à savoir un homme à qui de lourdes responsabilités ont été confiées mais qui se sent à l’étroit, faute de moyens. Un homme jovial, au contact facile qui a eu une bonne formation intellectuelle et une solide expérience professionnelle. Un homme qui a dû abandonner un salaire probablement confortable pour se mettre au service de son pays dans le but de s’offrir un destin national. Mais aussi un homme à l’ambition étouffée par la proximité encombrante de l’ombrageux Lansinè Kouyaté dont la nullité légendaire constitue un frein à tout progrès.

         Loin de l’insolation de Conakry et de l’insolence de L. Kouyaté, M. Doré semble prendre ses distances par rapport à ce dernier et se lancer dans une campagne promotionnelle : il faut s’éloigner des pourris afin de ne pas périr !

         Le problème du gouvernement d’étroit consensus de M. Kouyaté est que beaucoup de ses ministres, individuellement parlant, ne sont pas des incapables mais des cadres n’ayant aucun moyen de travailler correctement. Tout porte à croire que M. Doré pourrait être un bon ministre et même plus mais il ne semble disposer d’aucune marge de manœuvre. C’est tout de même étonnant qu’il ne reçoive pas une seule facture des coûteux voyages de M. Kouyaté ! Qui paye ces voyages ? Personne ne nous fera croire que les moyens colossaux mis à la disposition du Premier ministre le sont uniquement pour ses beaux yeux ou la mélodie de sa kora !

         Tout sonne faux dans l’équipe « Kouyaté ». Les ministres ne se rendraient même plus régulièrement à leur bureau et ne se déplaceraient « administrativement » qu’à l’occasion de leur insipide conseil hebdomadaire ! A pas d’éléphant, M. Kouyaté prépare lourdement un cinquantenaire de réhabilitation du PDG avec l’appui de l’extérieur et de l’inquiétante Henriette Conté dont le mari ne donne aucun signe de vie. Cette « première dame » au foulard blanc ressemblant étrangement à un gros pansement est devenue un autre cancer du pays. N’ayant, semble-t-il, aucune descendance directe, ne voudrait-elle laisser à d’autres « héritiers » qu’une pyramide de dollars ? Quel égoïsme !

         Dans son programme de conquête du fauteuil présidentiel, tous les coups sont permis. M. Kouyaté n’a pas expulsé la Guinéenne Chantal Colle mais l’opératrice de téléphonie mobile. Comme la communication est primordiale en cas de troubles politiques et sociaux, M. Kouyaté veut un opérateur contrôlable pour « bloquer », le moment venu, le réseau téléphonique. Que les Guinéens ne résilient donc surtout pas leurs abonnements actuels, quel qu’en soit le coût !

         Par ailleurs, parlons des bus dont l’arrivée a été artificiellement médiatisée. Conakry étant pratiquement sans bus, le pays vient, enfin, d’en recevoir 100 auxquels s’ajoutent 3 véhicules techniques ! Les bus auraient été applaudis ! Du jamais vu dans un pays soi-disant indépendant ! Soumis à une inspection, ces moyens de transport ne seraient-ils pas des « occasions » ? A plus de 80 000 USD le bus, je sens de chaque pot d’échappement une forte odeur de fausse facture ! J’attends avec impatience le «  décret de nomination » des chauffeurs, contrôleurs et mécaniciens de ces engins qui pourraient avoir pour destination le transport des partisans de M. Kouyaté, en cas d’épreuve de force pour une prise de pouvoir. Donc, vigilance sur l’identité des chauffeurs qui seront recrutés.

         Dans cette ambiance, je comprends que le Dr Doré veuille se démarquer du navire « kouyaté ». Car avec un tel individu qui a banni de son vocabulaire le mot dignité en préférant les honneurs à l’honneur, on a non seulement le mal de mer mais aussi celui des airs et même de la terre. Etant au cœur du système mais victime d’un fatalisme administratif au point de ne pouvoir nommer ses  propres collaborateurs dont il a pourtant déjà établi la liste, il lui arrive de souhaiter ( beaucoup pensent comme lui ! ) une dictature éclairée pour son pays. A Paris, il a répondu même aux questions qui fâchent, quelquefois inquiet mais jamais agacé. Il a eu le mérite de répondre positivement à l’invitation de « Demain, La Guinée » ( j’aurais souhaité les termes «  Maintenant, La Guinée », eu égard à nos difficultés actuelles) alors qu’il est toujours en exercice. C’est un courage à saluer. Qu’attend-il pour démissionner et se refaire une virginité politique ? On ne peut demeurer propre quand on côtoie des sales ! La Guinée a besoin du Dr Doré mais encore faut-il qu’il se « dékouyatise » totalement.

         Je suggère à « Demain, La Guinée » d’inviter M. Kouyaté avec ou sans la dame d’Asnavie à venir animer, comme a osé le faire le Dr Doré, une conférence à Paris devant les Guinéens. Relèverait-il un tel défi ? Ce serait pour lui l’occasion de rencontrer un certain « frère Jacques » Kourouma qui m’a fait visiter son bunker francilien à partir duquel il lance des missiles contre le système mafieux de Conakry. Les courtisans de l’actuel Premier ministre n’ont plus qu’une seule arme : le silence.

Je vous souhaite le bonjour !

Ibrahima Kylé Diallo
Directeur de la rédaction de www.guineepresse.info


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Makanera Ibrahima Sory15/05/2008 22:22:21
J'ai beaucoup apprécié l'analyse de M. Kylé concernant la rencontre entre le Ministre de l'économie et les Guinéens de France.
Ce que M. Kylé a de particulier,c'est de savoir faire un dosage équilibré entre pertinence et humour dans ses articles.
Le contenu de cet article dépasse le cadre de l'invitation de M.Doré par DLG. C'est un résumé fidèl de la situation du gouvernement Kouyaté.