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Lendemain d’Anniversaire amer.


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1-. Remarques préliminaires.

Tout leader d’opinion digne de ce nom doit anticiper ses réflexions et ses solutions de rechange au cas où ses objectifs, fixés à chaque étape et à chaque échéance, ne seraient pas réalisés dans les délais prévus. Compte tenu de ma connaissance des positions observées sur le terrain, tant politique qu’associatif, il est à prévoir qu’une  grande déception attend les Guinéens le 3 octobre 2008, lorsque seront dispersés ceux qui espéraient que le cinquantième anniversaire de notre indépendance apporterait un climat de réconciliation nationale.
Les gouvernants et la mouvance présidentielle ne peuvent montrer que leurs talents à piller sans frein les deniers publics faute de force politique unie contre la présidence à vie instaurée depuis cinquante ans. Les partis politiques et la société civile, qui constituent le pôle du changement, ne semblent pas avoir évalué leurs responsabilités respectives dans l’enlisement du pays dans une impasse totale.

Nous donnons rendez-vous à tous les déçus potentiels du cinquantenaire pour continuer la lutte par d’autres formes pour sortir le pays de la décadence dans laquelle les gouvernants l’ont plongé. 

2-. Nouvelle victoire posthume probable de Sékou Touré.

Nous sommes de ceux qui ont pensé que le cinquantième anniversaire était un moment psychologiquement et politiquement favorable pour nous parler et enterrer les régimes de présidences à vie instaurés par Sékou Touré et repris à son compte par Lansana Conté. Ce dernier, en donnant le nom de l’imposteur du PDG au palais présidentiel sans consulter le peuple de Guinée a reconduit à son profit la trahison de son modèle et maître. En se préparant à baptiser l’aéroport de Gbessia Sékou Touré, il persiste et signe son mépris du peuple de Guinée.
Se faisant, il accentue la division des Guinéens et élargi le fossé entre les groupes ethniques et les couches sociales en deux camps : ceux qui pillent impunément les richesses nationales et ceux qui sont condamnés à la pauvreté, à la misère alimentaire et à la mendicité. Ce clivage entre les inconditionnels des gouvernants qui ont tout et les exclus qui n’ont rien, parce que n’ayant pas de relations avec les ministres, ne favorise pas la réconciliation nationale que nous appelons de nos vœux depuis vingt cinq ans.
Lansana Conté n’est pas seul responsable de la dérive de son régime vers le pouvoir personnel et la faillite de sa gestion dans tous les domaines. Il a su et pu domestiquer les cadres, civils et militaires, qui lui ont ouvert une autoroute dans la confiscation de l’Etat au profit de tous ceux qui ont privilégié leurs intérêts personnels au détriment d’une gestion des biens publics au service des populations. Formés à l’école du PDG, ils n’ont restitué que ce qu’ils ont appris dans la révolution, à savoir que « l’homme nouveau » ne doit servir que le responsable suprême de la révolution  pour trouver sa place dans la société guinéenne. Pour cela, il doit dénoncer son père, sa mère et sa famille si ceux-ci n’obéissent  pas aux mots d’ordre du parti, même les plus absurdes. 
Les discours délirants de Sékou Touré sont le référentiel des ministres et des hauts fonctionnaires guinéens. Sa victoire posthume est totale. Il avait dit que personne ne verra son cadavre, que le PDG était immortel. Pour le moment les faits lui donnent raison.

 

3-. Comment organiser le dialogue de réconciliation ?

Le Peuple de Guinée a amplement montré sa capacité à résister aux épreuves matérielles et morales imposées par les gouvernants pour se maintenir au pouvoir. Proclamons haut et fort qu’un dialogue de réconciliation est le meilleur prix pour redresser la gestion du pays au profit de tous ses habitants. Nous ne pouvons pas nous réconcilier sans les victimes et des bourreaux qui acceptent de se repentir. En 1998 nous avons appelé à la réconciliation à l’occasion du quarantième anniversaire de l’indépendance. Sans succès. En 2006 et 2007, en soutenant les grèves, nous avons proposé de convoquer une conférence de réconciliation élargi à la diaspora. En vain.
Depuis le premier janvier 08, nous organisons dans le cadre d’un réseau associatif un dialogue mensuel sur des thèmes analysant le parcours du pays depuis 1958. Nous proposons après chaque débat des réformes pour corriger les fautes politiques et de comportement responsables des échecs de la Guinée dans tous les domaines. Nous avons exposé en janvier, février et mars l’invitation au dialogue, le cadre, le démarrage de cette démarche, les enjeux  en présence. En avril nous avons rappelé le climat politique qui a servi de support au vote du 28/09/1958 au cours duquel le peuple de Guinée a rejeté à 94 % de voix la constitution de la cinquième république française.
Dans les mois à venir nous allons aborder l’examen des responsabilités des forces politiques et sociales du pays dans l’échec. Nous débattrons de la genèse du déclin de la Guinée, la trahison de Sékou Touré, la légende funeste que lui ont façonnée ses griots modernes. Nous examinerons la gestion du pays de 1984 à nos jours, le rôle et la vie des partis politiques,  la place de la société civile.

4-. Conditions de la réconciliation nationale.

L’Association des Enfants de Victimes du camp Boiro a publié une déclaration  après un entretien avec le premier ministre au mois d’avril. Ce document indique, en huit points, le sens que les victimes donnent au mot Réconciliation.  Jamais, à ma connaissance, une démarche aussi noble n’a été exposée aussi clairement publiquement. Au vu et au su des souffrances indescriptibles subies par ces familles, il serait indécent et criminel de ne pas nous donner les mains pour engager le dialogue sur la base de ce document. Quelle personne  normalement constituée peut refuser une réconciliation entre bourreaux et victimes pour éradiquer toute tentation de nouvelle dérive autoritaire ?  
La mise en œuvre loyale et sincère de la déclaration des Enfants des Victimes du camp Boiro  est une occasion en or pour enterrer le passé douloureux qui a endeuillé toutes les Familles guinéennes. Cette opportunité sera historique si elle nous  permet de sortir le pays du déclin pour construire un Etat moderne, protecteur, impartial de nature à rendre à la Guinée l’image positive conquise en 1598.
Nous invitons tous ceux qui veulent réhabiliter la cohésion sociale nationale qui nous a libéré en 1958  à se rassembler, s’organiser, se concerter, chacun selon le contexte dans lequel il vit, pour débattre des causes de notre déclin. Nous proposons de réunir les témoignages pour écrire ensemble le livre noir de la décolonisation de la Guinée. Cet ouvrage collectif sera la vérité historique qui sera enseignée dans les écoles.
Unissons-nous tous autour de la Déclaration des Enfants des Victimes du camp Boiro pour nous pardonner mutuellement en cette année du cinquantenaire de notre indépendance. Merci.

 

Docteur Thierno Bah                                                    Paris 18 mai 08.


 

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