2012-03-27 11:14:04
Oui, il pouvait être battu par les urnes et il l’a bien été. Il a été battu à plate couture, laminé sur toute l’étendue du territoire national. Oui, il va bouger. Plus que bouger, il va sauter, contrairement au pronostic formel de notre brillant politologue Babacar Justin Ndiaye. Il n’a pas le choix, la défaite étant cuisante, humiliante, sans appel et ne pouvant prêter à aucune contestation, à aucune velléité de résistance.
Contraint et forcé, il a appelé le vainqueur pour le féliciter. Cet appel, qui a suscité beaucoup de commentaires, parfois des plus complaisantes et des plus fantaisistes, mérite d’être relativisé : il ne doit être ni surestimé, ni sous-estimé. On pourrait même être tenté raisonnablement de le sous-estimer, de le ramener à de plus modestes proportions. Hier, aux environs de 21 heures, les carottes étaient déjà cuites. Le vieux candidat ne se faisait plus aucune illusion : il se savait battu, pratiquement balayé dans les quatorze régions du pays. Que pouvait-il faire d’autre dans ce contexte, s’il lui restait une dernière lueur de lucidité et de réalisme ? En prenant donc la décision d’appeler le vainqueur pour le féliciter, il voulait sauver ce qui pouvait l’être encore des quelques maigres meubles qui lui restent. Il tenait surtout à laisser une dernière image de lui-même, celle à laquelle il nous a habitués pendant douze longues années ayant été particulièrement hideuse.
On a prétendu ça et là qu’il a fait montre d’acte de grandeur, de fair-play, de démocratie, d’homme d’État. C’est loin d’être évident. Nous connaissons suffisamment l’homme. Il n’a jamais été capable de grandeur et ne s’est jamais comporté en homme d’État tout au long de ses douze longues années de gouvernance meurtrie. Les actes démocratiques n’ont jamais été, non plus, son point fort. Pendant ses vingt-quatre années d’opposition, il a travaillé davantage pour accéder au pouvoir que pour renforcer la démocratie. Une fois au pouvoir, il nous a révélé son vrai visage : il était porté davantage vers le despotisme éclairé que vers le renforcement de la démocratie. Á cet égard, de très nombreux exemples existent, des exemples qui nous ont toujours crevé les yeux, en plein jour. En prenant donc son initiative, il était plutôt préoccupé de s’aménager une porte de sortie, une sortie honorable. Son geste, même relativement beau, ne lui ouvre pas une porte honorable. Il a laissé passer derrière lui de nombreuses opportunités, dont la toute dernière pourrait être de renoncer à sa malheureuse candidature pour le mandat de trop.
Il va donc partir par la petite porte, peut-être même par la fenêtre. Peu nous importe ! L’essentiel est qu’il débarrasse le plancher politique avec sa famille, son clan et son système ! Son départ est le triomphe du Peuple et de la Démocratie. Ce 25 mars 2012 restera un jour historique pour notre pays. Dieu fasse que ses fleurs portent tous les fruits que nous en espérons ! Dieu inspire le nouveau président de la République, pour qu’il comprenne que nous ne sommes plus prêts à être gouvernés comme nous l’avons été pendant douze longues années par les Wade et leur clan ! Nous ne nous accommoderons plus d’un président « maa waxoon waxeet ». Nous attendons du nouveau président de la République qu’il respecte ses engagements à mettre en œuvre une gouvernance sobre, vertueuse, efficace, au service exclusif des Sénégalaises et des Sénégalais, tous mis au même pied d’égalité. Et il devra nous en donner un avant-goût, dès la formation du nouveau gouvernement.
« Cin bu naree neex, bu baxee xeeñ », dit le proverbe wolaf. En d’autres termes, les premiers effluves qui viennent de la cuisine nous donnent des indications sur la qualité du mets qui s’y prépare. Le président Macky Sall s’est engagé à mettre en place un gouvernement de changement, un gouvernement restreint de 25 membres. Au cours de la conférence-débat donnée le mercredi 7 mars 2012 à l’Hôtel Terrou bi, un intervenant lui a posé la question de savoir quels critères il allait mettre en avant pour nommer les membres de ce gouvernement. Il répondit fermement : « La compétence et la bonne moralité. » L’intervenant a été tenté d’ajouter : « Une bonne expérience de la gestion des affaires publiques. » Avant de poser sa question au candidat-président, il a attiré son attention sur la forte probabilité, qu’au lendemain de son élection, un cercle d’amis, de parents et de militants dits des premières heures se constitue autour de lui avec chacun, chacune ses attentes. Des pressions lui viendront de nombreux autres horizons.
Á quelques mois de l’élection présidentielle et principalement entre les deux tours de scrutin, il y a eu de nombreux ralliements de partis politiques, de mouvements citoyens, de personnalités dites indépendantes au candidat Macky Sall. Nos compatriotes sont très forts pour flairer la nouvelle direction que prend le vent. Il y aura forcément de nombreux appelés pour très peu d’élus (25 sur une douzaine de millions). Le choix sera donc sûrement cornélien, mais il faudrait le faire sans état d’âme, en mettant seulement en avant les critères annoncés un peu plus haut, au détriment de l’amitié, de la parenté, de la proximité, de l’ancienneté dans le Parti, de l’appartenance religieuse, confrérique, régionale, ethnique ou autre. Le ralliement d’un parti politique-poussière ne devrait pas valoir forcément un maroquin à son chef. Il en est de même des candidats indépendants malheureux, surtout quand ils pèsent, en terme de voix, à peine plus que les habits qu’ils portent.
Les partenaires de la Coalition Bennoo Bokk Yakaar devraient surtout éviter de s’offrir en spectacle en discutant de postes. Ils feraient rapidement les choux gras de la presse qui est aux aguets et ce serait déjà très décevant. Ils devraient plutôt privilégier la discussion autours des urgences, des priorités, du mode de gouvernance. Sans doute, certains gros partenaires dont la valeur ajoutée est incontestable dans l’élection du nouveau président de la République s’attendront-ils légitimement à quelques postes. Monsieur Moustapha Niasse, pour ne prendre que son exemple, ne sera pas membre d’un gouvernement. Mais, il fera sûrement des propositions. Avec sa connaissance approfondie des rouages de l’État, de la gestion des affaires publiques et privées, ainsi que son appréciation correcte des défis que le nouveau gouvernement aura à relever, il proposera sans aucun doute ce que son ex-coalition a de meilleur. Il en sera sûrement ainsi avec Monsieur Ousmane Tanor Dieng.
On dit que le Pr Éva Marie Coll Seck fait partie du Brain-trust de Macky Sall. Je ne connais pas de près le Pr Coll Seck. Je connais, cependant, des gens qui la connaissent bien (excuses pour cette répétition nécessaire !). Nous avions un ami commun qui a été rappelé prématurément par notre Créateur. On la présente comme une femme de caractère, très compétente, expérimentée dans la gestion des affaires publiques (nationales et internationales), familière avec les luttes syndicales, etc. Elle a été la Directrice (ou Coordonnatrice) du Programme de l’Oms « Roll Back Malaria ». Ayant terminé son mandat, elle a décidé de rentrer au pays, dit-on, malgré l’offre que lui aurait faite le Conseil d’administration du Programme de le conduire pendant encore sept ans. Je la verrais volontiers membre du premier gouvernement de Macky Sall, comme – je vais plus loin dans mes rêves –, Ministre d’État, Ministre de la Santé, de la Population et de la Solidarité nationale. Elle a été déjà Ministre de la Santé dans un des nombreux gouvernements du vieux président. Elle ne ferait sûrement l’objet d’aucune réserve sérieuse.
Il en est de même de Monsieur Samba Diouldé Thiam, lui aussi de l’entourage immédiat du nouveau président de la République. Personne ne lui conteste sa compétence et son sérieux, et on ne lui connaît, jusqu’à preuve du contraire, aucun antécédent de mauvaise gestion. Pour rester parmi les hommes et les femmes autour de Macky Sall, je ne nommerais pas Mbaye Ndiaye ministre. Son profil le prédestine davantage à l’Assemblée nationale, où il peut se prévaloir d’une bonne expérience.
Le gouvernement serait, évidemment, constitué d’autres hommes et d’autres femmes venus d’autres horizons : partis politiques ou coalitions de partis politiques, mouvements citoyens, personnalités indépendantes, etc. Toujours dans mes rêves, j’aurais fait appel à Monsieur Mamadou Lamine Loum. Le nouveau président en ferait difficilement un Premier ministre, pour des raisons qu’on peut comprendre. Mais il serait à la station idéale de Ministre d’État, Ministre chargé de la Reconstruction de l’Économie nationale. Des ressources humaines de qualité comme celles-là (âgées de 35 à 60 ans ou un peu plus), il en existe dans tous les secteurs de la vie nationale. Le premier gouvernement de Macky Sall devrait être constitué des meilleures d’entre elles. Nous avons terriblement souffert, moralement et physiquement des ministres du vieux président, venus de nulle part et ternissant gravement l’image de marque de notre pays.
Le président Macky Sall est très attendu sur ce premier gouvernement qui donnera déjà une idée de ce que sera son magistère de cinq ans. Un second acte, un second chantier, ce sera sûrement l’audit des comptes de la Nation, des engagements de l’État dans les différents chantiers (terminés ou en cours), de la dette publique, de la gestion des deniers publics à tous les niveaux de l’Administration. J’y reviendrai probablement dans une prochaine contribution au débat national.
En attendant, nous devons rendre encore hommage au peuple sénégalais, surtout aux électeurs et aux électrices qui ont fait montre, le 25 mars 2012, d’une remarquable maturité politique et citoyenne. En se mobilisant et en défendant leurs suffrages contre vents et marées, ils ont sonné le glas du ndigël qui était déjà moribond au Sénégal. Ils ont surtout, avec leurs gourdins électoraux, neutralisé les gourdins alimentaires et nous ont épargné le péril d’une République où des milices fanatisées feraient la loi. Un autre mythe en a eu pour son grade : l’argent, que le vieux candidat a toujours considéré comme un instrument infaillible, qui ouvre toutes les portes et a raison de toutes les résistances. Il est d’ailleurs convaincu que chacun d’entre nous, chacune d’entre nous à un prix. C’est pourquoi il a arrosé le pays de millions, de milliards de francs Cfa, pour rien. Un témoin privilégié, le député « néo-libéral » Me Abdoulaye Babou, convoyeur de 15 millions de francs en Gambie, nous a permis d’en avoir le cœur net. Il nous révèle ceci : « Des milliards et des milliards de francs ont été détournés dans la campagne parce que cela a été exactement la même chose avec les 20 millions que les responsables (libéraux de Gambie) se sont partagés en catimini. » Ce qui a amené, poursuit le député libéral, ancien Baay Faal de Moustapha Niasse, « les militants à voter contre le président ». Le partage de ces premiers 20 millions avait donc fait beaucoup de frustrés et le vieux président l’a envoyé en Gambie au second tour pour « rectifier le tir », avec 15 autres millions qui ont connu le même sort que les premiers, sans plus de succès.
Nous devons renouveler nos remerciements insignes au peuple et rendre grâce à notre Seigneur, de nous avoir débarrassés de ce vieil acheteur de consciences. Il nous a fait mal, tellement mal qu’il ne devrait mériter ni notre égard, ni notre pitié. En particulier, son âge ne saurait le mettre à l’abri d’un audit approfondi de toutes les énormes sommes d’argent qu’il a dû soustraire frauduleusement du Trésor public, avec le silence coupable du Ministre de l’Économie et des Finances, de ses différents Ministres délégués chargés du Budget et de tous leurs services compétents. Le nouveau président de la République gagnerait à toujours avoir en mémoire la fin pitoyable de ce vieux politicien sans foi ni loi.
Dakar, le 26 mars 2012
Mody Niang, e-mail : modyniang@arc.sn

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