2015-03-13 18:24:31
La pagaille qu’Alpha Condé a introduite en Guinée dans les processus électoraux vient d’atteindre à nouveau son paroxysme : la Ceni s’est autodétruite avant même l’annonce des mesures de l’opposition qui veut la récuser.
Après l’annonce, faite par la Ceni en bloc, du chronogramme violant les lois du pays et les accords politiques de juillet 2013 et juillet 2014, deux conférences de presse contradictoires ont été ensuite organisées par des groupes opposés de la même institution !
Comment se fait-il que l’opposition et ses commissaires qui savaient ce qui va être décidé, en violation de la Constitution et des accords politiques, ont-ils participé à la retraite de Kindia et au vote dans ce sens organisé par Bakary Fofana ?
Sachant que le pouvoir avait la majorité absolue d’imposer son plan, il fallait éviter de légitimer cette décision en lui conférant un caractère démocratique. Mais il n’est pas sérieux de participer à tout le processus et au vote, puis se révolter et remettre les résultats en cause parce qu’on n’a pas gagné.
Nos opposants, s’attendaient-ils à un miracle en participant à ce vote au sein de la Ceni pour l’option de la présidentielle avant les communales ?
Le fait même d’accompagner jusqu’au bout Bakary Fofana dans cette démarche illégale et d’accepter le principe de vote sur la question prouvent que nos politiciens et leurs commissaires ne sont pas à la hauteur des attentes de notre peuple.
Coté pouvoir
Il est moralement tordu et juridiquement criminel pour un responsable d’institution, de soumettre au vote, une décision qui va à l’encontre des prescriptions de la loi.
Aujourd’hui, la Ceni se divise et tombe dans une crise de confiance qui va l’empêcher de travailler. Mêmes certains commissaires de la mouvance se retournent contre Bakary qu’ils accusent de les avoir amenés trop loin en suivant les instructions du Président de la République.
Qu’est-ce qui explique cette prise de conscience tardive, la peur de perdre leurs postes si l’opposition joint l’acte à la parole ou bien les risques de conduire le pays au chaos ?
Ce qui est certain, c'est que cette équipe de groupes opposés qui se détestent et ne se font plus confiance ne peut plus organiser des élections en Guinée. Unie et harmonieuse, la Ceni a été incapable d'organiser des élections correctes en novembre 2013.
Coté opposition
Il est tactiquement con, stratégiquement bête, politiquement incompréhensible et suicidaire d’accepter le principe de vote pour une mesure contraire à la loi et à vos intérêts, dans une institution où vous êtes minoritaires.
Curieusement, la réaction de l’opposition tarde à tomber: aujourd’hui, elle devait annoncer officiellement ses mesures de réplique comme cela avait été prévu. Mais elle n’y est pas parvenu parce qu’il y a encore des députés à convaincre à suspendre leur participation aux travaux du Parlement. Ce qui veut dire que, bien qu’elle savait ce qui allait se passer et l’a constamment dit, malgré ses multiples menaces de plusieurs jours avant la décision officielle de la Ceni, l’opposition n’avait rien arrêté de concret comme éventuelle réaction au projet dont elle était bien instruite.
Nous demandons aux partis politiques extra-parlementaires de ne pas attendre les politiciens qui siègent au Parlement pour des intérêts personnels pour réagir à l’acte criminel qu’Alpha Condé et sa Ceni viennent de poser. Ils doivent se rappeler qu’une première action similaire de l’opposition a échoué parce que certains députés, avec un leader politique en tête, tenaient à retourner à l’Assemblée Nationale pour ne pas perdre leurs primes et salaires. Ces gens ne seront jamais prêts à partager la souffrance du peuple. Voilà pourquoi l’opposition n’a jamais réussi à relever aucun défi dans ce pays pendant ces 5 années de calvaire.
Les arguments fallacieux et la stratégie du pouvoir
Après sa décision de violer le code électoral, la Constitution et les accords politiques, le pouvoir mobilise ses cadres tordus, incompétents et irresponsables sur tous les fronts : politique, religieux et armé.
Politique
Amadou Damaro Camara (député), Maxime Koivogui (membre de la Ceni) et le Dr Saliou Bela Diallo, leader du parti "sac à dos" Hafia et soi-disant porte-parole de la mouvance présidentielle, avancent des arguments fallacieux selon lesquels la Présidentielle est prioritaire sur les Communales. Comme s’il était question de faire un choix entre les deux.
Et s'il faut choisir, les Communales portant sur l'élection à la base des Guinéens chargés d'administrer directement leurs localités, véritable expression de la démocratie, seraient alors plus importantes que la Présidentielle portant sur l'élection d'un seul individu que personne ne peut contredire dans le pays.
Ces opportunistes et personnalités tordues auront une grande part de responsabilité si la Guinée sombre dans la violence cette année.
Les élections communales devaient se tenir avant septembre 2011. Conformément aux accords du 03 juillet 2013, le gouvernement et la Ceni s'étaient engagés à organiser les élections communales et communautaires avant fin mars 2014.
Depuis les législatives de 2013, toutes les dépenses et les démarches que la Ceni a faites, l’ont été dans le cadre des préparatifs des élections communales.
« Les élections locales sont dans la continuité des élections législatives. Il faudrait rendre plus performant le fichier électoral, les bureaux de vote » a déclaré Alpha Yéro Condé, directeur du département communication de la CENI.
Le 14 janvier 2015, des missions de la Ceni sont arrivées à l’intérieur du pays comme à Labé et à l’extérieur comme à Dakar au Sénégal, pour la préparation des élections communales (Lire).
La Ceni avait publiquement déclaré être prête pour les communales. Ce qui a conduit l’opposition à se réveiller brusquement pour dire qu’elle n’accepterait pas les faits accomplis avant de se rendormir après deux meetings.
Le plan sur lequel la Ceni avait travaillé et le chronogramme que Bakary, un de ses collègues (Pathé Dieng) et un des techniciens de la Ceni (Ali Badara Kakoro) ont élaboré à Paris il y a un mois (début février) prévoyait les communales avant juin et la Présidentielle entre septembre et octobre (Lire).
La première vice-présidente de la Ceni, Hadja Biya Diallo, a publiquement confirmé que les communales sont techniquement faisables et ont d'ailleurs été préparées par la Ceni. Elle parle de trahison et de décisions prises ailleurs pour amener certains à trahir au sein de la Ceni (Vidéo).
Armé
C’est entre le 9 et le 25 février que le chronogramme a été modifié par Bakary Fofana sur intervention d’Alpha Condé. Conscient des conséquences de cette décision, le chef de l’Etat décide de confier le Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation (MATD) au général Bouréma Condé, ex membre de la junte CNDD, un de ceux qui ont organisé la milice donzo en région forestière. Une nomination dont se réjouira le chef de file de notre aveugle opposition !
Religieux
Le régime condé joue sur la peur de la population et brandit le spectre de la guerre civile pour pousser les gens à la retenue et à rester passifs devant les manœuvres criminelles et violation de la Constitution qui vont l’aider à se maintenir au pouvoir. Le Secrétaire Général aux affaires religieuses, El hadj Abdoulaye Diassy, a demandé à tous les fidèles musulmans du pays d’observer le jeun pendant les journées de ce vendredi 13 et demain samedi 14 mars 2015. Ces deux jours doivent être consacrés à des prières, bénédictions et sacrifices en faveur de la paix, ordonne M. Diassy.
Le Secrétaire Général aux affaires religieuses aurait mieux contribué à la paix et concorde nationale en demandant au Président de la République d’honorer ses engagements et de respecter les lois du pays.
Le pouvoir compte à présent faire peur aux opposants qui veulent à tout prix aller aux élections présidentielles à la fin de cette année. L'argument serait qu'en cas de trouble ou changement impliquant le retard d'un mois, le calendrier ne serait plus tenable cette année. L'opposition ne doit pas tomber dans ce piège et doit tenir à obtenir la satisfaction de ses nouvelles conditions avant toute tenue des élections en Guinée: implication des Nations Unies, nouvelle Ceni, nouvel opérateur électoral, recensement électoral, nouveau fichier électoral. Quitte à engager une nouvelle transition de 4 mois à la fin du mandat d'Alpha Condé.
Si l'on va à la Présidentielle avant les communales, ces dernières ne pourraient pas se tenir avant juillet 2016, même si, miraculeusement, Alpha Condé qui resterait alors président devient habité par le Saint Esprit et la bonne foi pour ne pas les repousser à la fin de son second mandat-cadeau. Parce qu'il va falloir réviser le fichier électoral, reprendre les listes électorales, engager à nouveau un opérateur électoral et refaire des cartes électorales. Pourquoi ces doubles dépenses alors que les Communales peuvent se tenir en juin sans dépense supplémentaire ?
GUINEEPRESSE.INFO

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