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Accueil > Archives 5 |Syndication rss Send to facebook Send to facebook twitt this Send to LinkedIn Send via email Print |Mercredi, 22 novembre 2017 05 : 48

Comment un homosexuel rusé et méchant s’est-il hissé au sommet de la Guinée, un peuple qui se dit croyant ?


2013-07-14 08:13:54  

Le livre de Tobie Nathan « Les nuits de Patience » nous édifie sur la transition guinéenne 2009-2010.

Qui est Tobie Nathan ?

Notre compatriote Hassatou Baldé qui a lu l’ouvrage spécial sur une partie importante de l’histoire de la Guinée, répond :

« Tobie Nathan, l’auteur de ce roman, a été un témoin  privilégié du psychodrame qui s’est déroulé en Guinée en septembre 2009. Il a été de septembre 2009 à août 2011, conseiller de la coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France en Guinée. Depuis 1986, il est professeur de psychologie clinique et pathologique à l'Université de Paris 8. Il est également expert près la cour d'appel de Paris. Il a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France, en 1979, au service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Avicenne (Bobigny). Il a fondé en 1993 le Centre Georges-Devereux3, centre universitaire d'aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l'UFR « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l'Université de Paris VIII – centre qu'il a dirigé de 1993 à 1999 ».

 

Extrait (avec un commentaire à la fin)

L’intrigue commence en France et prend attache avec les mystères de l’Afrique où se côtoient hommes et djinns dont la relation est scellée de jalousie. Avec le temps, les sorciers gardent ce lien. Ernesto Sanchez, va ainsi se retrouver littéralement envoûté par le monde de la nuit, ce qui va le conduire en Guinée, notamment Nzérékoré, en Guinée forestière où il s’initie au rite mystique du « poro ».

Ce qui l’a conduit là-bas, lui l’homosexuel, c’est une jeune femme, Patience qui l’a subjugué. Elle a 17 ans, une beauté à couper le souffle venue en France pour étudier. Il a fait sa connaissance au Centre médico psychologique CMP rue du désir non loin de Barbès à Paris dans le 18ème arrondissement où il travaille. C’est une patiente qui lui a été présenté par Christine Lehman assistante sociale.

Patience a échappé in extremis à une séance d’exorcisme à l’église du Pardon du Christ à Saint Denis, où officie  le pasteur ivoirien Hermann Kouakou Koizan, le 1er septembre 2009. Une autre guinéenne originaire de la Forêt, Clotilde Koivogui, orpheline avait vécue quelques jours avant elle cette cérémonie de désenvoutement à la demande de ses tuteurs, son oncle et sa tante, qui l’accusaient d’être une sorcière qui attirait le malheur sur leur famille. Quelque temps après cet exorcisme, elle a été retrouvée morte. Sans doute assassinée par Diallo et Camara, des agents guinéens qui sont à la recherche de Patience. Patience est aussi perçue par les membres de sa famille paternelle comme une sorcière ce qui explique sa fugue.

Au-delà, de la différence d’appréciation culturelle sur le pouvoir de sorcellerie que possèdent certaines personnes, notamment des mineurs qui se retrouvent brimés par des membres de leur famille, brimades considérées comme de la maltraitance en France, le thriller de Tobie Nathan se déroule en grande partie en Guinée, mettant aux prises des acteurs et une situation politique, qui tout en restant imagés sont fortement inspirés de ce que la Guinée a connu en septembre 2009. Son personnage fétiche, Patience se trouve au cœur de la quête du pouvoir. Elle est convoitée par le Président mais a demandé la protection de l’opposant historique.  D’où l’intérêt de montrer quelques personnages décrits dans ce roman publié en 2013 aux éditions Payot et Rivages.  Les personnes desquelles ces personnages sont tirés sont parfaitement identifiables dans la sphère politique guinéenne.

Quelques personnages politiques guinéens

Youssoufou Davis Kourouma

Président de la République, président du CPDD, le Comité provisoire pour le développement et la démocratie, commandant en chef des forces armées. Un militaire qui a pris le pouvoir par un putsch à la mort du Président Lansana. Davis Kourouma a posé son quartier général au camp militaire, au milieu de sa troupe.
C’est un petit homme mince, presque maigre, nerveux, ne tenant pas en place. Une violence intérieure fait sans cesse trembler sa mâchoire inférieure. Il est vêtu d’un treillis militaire. Les diverses couches de gilet pare-balles gonflent artificiellement sa poitrine. Le béret rouge penché sur le côté indique son appartenance au corps des parachutistes. L’auteur se demande quels parachutistes dans la mesure où la Guinée possède pour seule aviation deux Mig 21 hors d’âge, qui survolent les manifestations à basse altitude pour effrayer le peuple en révolte. Le Président a toujours des lunettes de soleil  Ray Ban à monture dorées sur le nez y compris la nuit. Il porte à son poignet une montre Rolex.
Le 2 septembre, il fait office de juge et fait comparaître devant lui, presque à minuit, le directeur de la compagnie de distribution d’essence, directeur d’une grande entreprise française. Cette compagnie a le monopole de distribution d’essence dans le pays. Comme toutes les compagnies étrangères, elle ne paye ni taxe, ni impôt. Le directeur de cette compagnie étrangère a été arrêté pour avoir refusé de payer une amende exceptionnelle de treize millions quatre cents trente-cinq mille euros décrété par Davis Kourouma et payable immédiatement.

A chaque fois que le Président Kourouma prononce un « i », sa voix s’envole vers les aigus, alors le oui est prononcée d’une voix de soprano. Il se lance dans une vocifération dans un discours fleuve. Il dit avoir pris le pouvoir à la demande du peuple et sans verser une seule goutte de sang. Sa garde rapprochée, des soldats débraillés, vautrés dans des fauteuils, une cannette de bière dans la main, acquiescent ses propos. La mention du mot élection déclenche chez lui une grande fureur. Il fulmine d’abord sur son fauteuil en bougeant des pieds, répétant à voix basse des injures dans sa langue. On dirait qu’il monte en température, comme une cocotte qui remuerait sur le feu en sifflant.
Ses conseillers sont une bande de braillards imbibés d’alcool, lourdement chargés de cocaïne.

Il se couche au petit matin. Deux gardes s’endorment à ses pieds, l’un spécialiste du poignard et l’autre, le petit vicieux sec et nerveux ne lâche jamais sa mitraillette.
Le Président Kourouma est très attaché aux traditions ésotériques de son ethnie. Il était entouré de guérisseurs ?, sorciers ?, magiciens ? Tous les matins ses guérisseurs venaient lui frotter le corps avec des onguents, placer ses amulettes, aux pieds, maux mains, à la ceinture, sur la tête. Ils lui faisaient absorber des poudres et des breuvages. Ils lui introduisaient des substances par scarification, sur le ventre, sur la poitrine. Ils prononçaient prières et incantations sur sa tête, le lavaient, le massaient. Régulièrement ils lui proposaient de nouvelles protections contre tel ou tel nouveau danger. Tantôt il fallait sacrifier des bœufs, tantôt des moutons ou des chèvres…

Imbali Woulenfakha (celui qui a tué le singe)

Imbali, son visage aux joues grêlées est dur. Il est impassible et âgé, sans doute plus de soixante-dix-ans. Ses yeux semblent survoler le paysage comme ceux d’un oiseau de proie. C’est l’opposant historique en République de Guinée. Opposant à Sékou, puis à Lansana, aujourd’hui à Youssoufou Davis Kourouma. Il a fui la Guinée au temps du premier dictateur, il y est revenu au temps du second, embastillé quelques mois avant d’être exfiltré grâce aux interventions de Bertrand Duchman, actuel ministre français des Affaires étrangères. Ils se connaissent de longue date, depuis les années de lycée. Nul n’ignore que Duchman souhaiterait faire tomber Kourouma afin que son ami Woulenfakha accède  enfin au pouvoir.
Le jeudi 10 septembre 2009, avenue Foch, Paris, devant un hôtel particulier gardé par des CRS. La circulation des piétons est déviée, des policiers en civils y veillent. Imbali et son frère jumeau Bertrand s’engouffrent dans une limousine noire.
A la même date, Davis Kourouma qui donne une interview à Conakry, parle d’Imbali Woulenfakha « il prétend qu’il est le frère de Duchman, son jumeau. Comment un Noir peut-il être le frère d’un blanc, hein ? (…) Mais ils ont fait les sciences po et tout ça…En 1970, Imbali faisait partie de l’agression contre notre pays. Il a été condamné par le Président Sékou par « coutumace ». Et sous la présidence de Lansana, il a été condamné aussi. Imbali est un rusé. Rusé et méchant. Il a laissé les autres leaders et il est parti aux Etats Unis (…) Il est malin. Il est parti pour ne pas être disqualifié pour les prochaines élections. Il m’a dit tant que tu parleras avec Samba Sy Savané qu’il a traité de voleur, je ne mettrais plus les pieds dans ton bureau. Il laisse les autres ici et lui, il est aux Etats-Unis, il est aux Nations Unies, il est au Quai d’Orsay et il laisse ses collègues ici. Il laisse les autres prendre les coups et il attend son heure. Il est très méchant. Il a joué l’agression portugaise de 1970. Il était au large avec les ennemis de son pays et le mouvement en 2000, la rentrée des rebelles tout au long de la frontière, il était avec eux. Il a été arrêté, il a été jugé par le Président d’alors, Lansana. Il faut que le peuple sache. Il est entrain de raconter des bobards. Il parle tantôt de Forestiers. Il les appelle les mangeurs de viande de singe. C’est grâce aux Forestiers que les rebelles ont été combattus et chassés de Guinée. Ce n’est pas seulement les Forestiers qui ont combattu. Les Peuls ont combattu, les Soussous ont combattu, mais lui il n’a pas combattu. Il était du côté des ennemis de son peuple. Un jour il est passé aux antennes et il a dit que le Président Davis Kourouma, il est malade. (…) Si ce n’est pas par le pouvoir, Imbali Woulenfakha ne sera jamais rassasié. Ca fait cinquante ans qu’il veut avoir le pouvoir. Il ne s’arrêtera pas tant qu’il ne l’aura pas.

Le 20 septembre à 21h30, à l’hôtel restaurant le Petit Bateau, situé à l’extrémité d’une jetée de Conakry, Imbali et ses garde-corps sont présents à l’hôtel le Petit Bateau, nid de bérets rouges. Une dizaine d’hommes le suivent. Tous très grands, avec des épaules de lutteur de foire, les mains dans les poches, sans doute serrant la crosse d’un révolver ou d’un pistolet mitrailleur. Peu après, une partie des hommes d’Imbali se dirige bruyamment vers la sortie du restaurant. Cette fois, ils ont carrément sorti leurs armes, qu’ils pointent en avant.

Description de Conakry

Le kilomètre zéro se trouve au bord de la mer  sur la plage de Boulbinet. C’est plutôt une décharge publique où la mer a repoussé sur les cailloux les bouteilles, les sachets en plastique, de vieilles roues de vélo rouillées, des tonnes d’ordures puantes etc. dans lesquelles fouillent sans cesse les chiens errants. A Conakry, même les chiens sont suicidaires. On les aperçoit quelques fois, couchés en plein milieu du carrefour, regardant sans broncher et l’air hagard les camions qui glissent vers eux les freins bloqués. On appelle le quartier Boulbinet le Camembert.

Pour parvenir à l’hôtel Le Petit Bateau, il faut traverser des kilomètres de bidonvilles éclairés par des petites lampes chinoises munies de Led bleutés qui diffusent une lueur sinistre. Dès que la nuit tombe tombe, la ville est plongée dans les ténèbres. Les Guinéens prétendent que leurs dirigeants veulent leur cacher la vérité. C’est pour cette raison qu’ils les maintiennent dans l’obscurité. Le chauffeur évite les énormes trous qui parsèment les chaussées, souvent de simples chemins de terre. Un  vieux bâtiment délabré, c’est la gare. Il y a belle lurette qu’il n’y a plus de train. Le long de la jetée, de carcasses de bateaux échoués. Vous vous demandez où se trouvent les quartiers riches ? Tout le monde se le demande à Conakry. Lorsqu’on voit surgir un 4X4 Hummer ou Cadillac flambant neuf, qui doit bien coûter dans les 100 000 dollars alors que le salaire d’un juge ou d’un professeur d’université ne dépasse pas 100 dollars par mois, on se demande dans quelle grotte le dissimule son propriétaire. Les habitants communient dans une sorte d’anarchisme de la pauvreté. Quant au petit groupe de ceux qui s’enrichissent, avec le pouvoir, avec les narcos ou avec les ONG, on se demande aussi où ils se cachent.
Des psychologues ? Il n’en existe sans doute pas dans le pays. La discipline n’est même pas enseignée à l’Université de Conakry.
Des pêcheurs tentaient vainement de démarrer le vieux moteur hors-bord d’une pirogue qui prenait l’eau, mais à chaque fois, le moteur s’étouffait après quelques hoquets. Peu après, le moteur démarra.
Conakry n’a pas un centre. La ville a la forme d’un long phallus qui s’enfonce dans la mer. Le centre est au bout du gland, à Kalloum. C’est là que se trouvent les ministères, les administrations, les banques, la primature. C’est le lieu d’excitation, rien d’autre. La virilité se cache dans l’aine, les bourses à Hamdallaye, à Matoto, à Ratoma.
Le marché Madina, n’est pas au centre-ville. Il se trouve sur l’autoroute, un peu avant l’aéroport. Le marché du Niger est à Tombo, à l’entrée de Kalloum.
On ne bouge pas à Conakry. Tout le monde est là, immobile depuis un siècle. La ville est un gigantesque parking où la quantité de goudron suffit à peine à garer les voitures qui existent. Lorsqu’elles bougent, les autos se déplacent toutes, ensemble et de quelque part. Les taxis jaunes ! Il y en a beaucoup. Ils fourrent là-dedans jusqu’à huit passagers et la place à côté du chauffeur où, on peut respirer un peu, tu la paies le double. Pour prendre un taxi jaune, il faut apprendre les signes pour les interpeller, avec l’index et le pouce et en fonction de l’endroit où tu veux te rendre.
Les plus grands, les taxis de la folie, les magbanas, sont des minibus, des Toyota Hiace ou des Vanette Nissan prévus pour neuf passagers. Il est rare qu’il y a en ait moins de vingt là-dedans. Ils sont le témoignage vivant du respect de l’Afrique pour les vieux. Ces camionnettes ont tellement roulé que chaque course est leur dernière. Il y a aussi les bus Kouyaté, parce que l’ancien Premier ministre les avait acheté aux indiens. Il en reste trois ou quatre en état de fonctionner. Les militaires considèrent qu’ils les appartiennent et au premier arrêt, ils t’en font descendre les armes à la main.

Une impression de Guinée

Le pays est étrange. Il commence par vous donner l’impression que vous êtes indispensable. Il vous fait miroiter l’idée que vous pourriez devenir un puissant un héros, un roi peut-être. Peu à peu, vous laisser aller, bercé par le ronronnement des groupes électrogènes. Et lorsque vous commencez à avoir des doutes, c’est déjà trop tard.
La situation politique devient très tendue. La Guinée a atteint le point de rupture. Ils ont trop tiré sur l’élastique. On sait l’explosion inéluctable. On se demande seulement quand ? Un coup d’Etat ? Tout cela finira par un coup d’Etat, c’est certain. Mais avant cela, une révolte. Les jeunes descendront des quartiers. Ils sont plus intelligents et plus instruits que les vieux, plus généreux aussi. Les obèses de Kaloum, ceux qui trustent les ministères et se réservent la distribution des aides au développement, prendront peur, feront donner l’armée…
Les militaires sont en effet partout. Les vrais et les faux, car en Guinée, porter l’uniforme n’est pas une preuve que l’on fait partie de l’armée. Ils rient fort, pelotent les filles. Il y a beaucoup de militaires, mais pas d’armée. A quoi servirait-elle d’ailleurs. Le pays n’est pas en guerre, pas même menacé. Ce ne sont d’ailleurs pas vraiment des militaires, plutôt des bandes armées, des meutes qui partent tous les matins à la chasse aux euros et aux dollars.
En Guinée, ils ont supprimé tous les métiers : professeurs, ministres etc. Il n’en reste qu’un seul, celui de profiteur.

Autour du 28 septembre 2009

Le dimanche 27 septembre aux informations de 20h30, la grosse présentatrice de la RTG, la Radio et Télévision guinéenne, l’air plus constipé que jamais, annonce que la présidence de la République fera une annonce. Il est plus de 23h30 lorsqu’apparaît enfin Fayçal Kouassi, le Ministre de la Communication. De grosses sueurs perlent à son front. On le sent gêné. « L’opposition a appelé demain, 28 septembre, à une manifestation pour exprimer son opposition à la candidature du Président Kourouma à la prochaine élection présidentielle. Cette manifestation prévue le 28 septembre, jour de la fête nationale (…) ne peut se substituer aux manifestations officielles organisées par le gouvernement ». Pourtant des manifestations officielles, il y en a jamais eu. Le Ministre ajoute que la manifestation ne saurait par ailleurs avoir lieu, étant donné que la pelouse du stade vient d’être refaite à neuf, en prévision des matchs qui devront opposer la Guinée au Burkina Faso, en prélude de la coupe d’Afrique des Nations. Il interdit la manifestation tant au stade, que partout ailleurs à Conakry ainsi que les grandes villes de Guinée.
Dans les maquis de la capitale, le Président Youssoufou Kourouma, tente une médiation auprès des leaders de l’opposition. Imbali refuse de le prendre au téléphone. Il fulmine. Sy Savané, le chef du parti peul, lui oppose tranquillement, et avec une politesse un peu exagérée, qu’il est bien trop tard pour décommander les militants. Fréderic, un Minyanka, un homme de la forêt, tout comme le Président, essaie de le persuader qu’il est impossible d’interdire une manifestation qui doit débuter au lever du jour alors que le mot d’ordre a été diffusé depuis plus de trois jours, sans que la présidence n’ait jamais fait part de son opposition. Kourouma lui raccroche au nez. Il est plus de minuit lorsqu’ il parvient à joindre Moustapha Kaboré, le leader du parti regroupant tant les Soussous de Conakry, que les intellectuels du pays. C’est un homme tranquille, raisonnable. « Kourouma, arrête ces enfantillages ! » conseille Kaboré.

A 1heure du matin, le petit capitaine, entouré de ses généraux et ses ministres terrorisés, confinés dans ce capharnaünm qu’ils appellent « salle de réunion », tente de trouver une parade pour éviter cette manifestation. Le commandant Ahmed Tidiane Samoura, annonce qu’il déploiera ses brigades à la sortie de la maison de Frédéric et qu’il empêchera personnellement les leaders de rejoindre le gros de la manifestation. Le Lieutenant-colonel Niabally explique qu’il dispose de plus de trois cents gendarmes qu’il pourra placer tout au long du parcours. Le lieutenant Wâ Diahabi dit Mory, qui croît plus aux fétiche que Kourouma, son homme de confiance, de son côté a recruté d’anciens rebelles de la Sierra-Léone et des vétérans de la milice ULIMO du Libéria, qu’il a équipé et armé, entraîné. Ses commandos comptent plus de trois cents têtes brûlées, tous initiés au poro, aguerris aux conflits du Libéria et de la Sierra-Léone et prêt à tout. C’est en lui que Kourouma place tous ses espoirs.

Le lundi 28 septembre. 8 heures du matin à Conakry. Il pleut des cordes comme au déluge. Le commandant Samoura, quitte le camp Alpha Yaya dans un  4X4 Chevrolet noir, suivi par une dizaine de pick-up trucks bourrés de brigadiers qui descendent le long de l’autoroute et pénètrent dans la ville par la bretelle de Madina. Ils sont postés aux points névralgiques du pays, les carrefours, les mosquées, devant les maisons des jeunes, les lieux de rendez-vous. Le Lieutenant Niabally a disposé les quelques chars légers, les quatre camions anti-émeutes qui fonctionnent devant la télévision et les grandes banques.
A 8h30 Mory, le beret rouge jusqu’aux oreilles pénètre dans le bureau de Kourouma. A 9 heures, à Hamdallaye, les policiers tentent de stopper les manifestants. Ils sont vite débordés. Les militaires tirent à l’arme automatique. Les forces de l’ordre se replient au niveau de l’université. Les manifestants parviennent au stade. Fous de joie, ils se répandent dans le stade en chantant. A 10h30, une dizaine d’hommes, des militaires en tenue civile, déverrouillent les cadenas du stade, sous les acclamations du public. Les leaders de l’opposition quittent la maison de Frédéric pour le stade. Ils sont bloqués à hauteur de l’université. Le commandant Samoura leur barre la route, mais finit par se retirer.
Quand les leaders arrivent au stade, c’est l’effervescence. Puis vint le chaos. Il semble que les bérets rouges, mais aussi certains gendarmes et même des brigades de Samoura ont tiré à balles réelles contre les manifestants. Les bérets rouges seraient des commandos entraînés par le lieutenant Wâ Diahaby, dit Mory « le marabout », l’aide de camp personnel de Kourouma. On estime le bilan de cette journée à plus de 200 morts et 2000 blessés. Les autorités ont tenté de faire disparaître les morts, d’enlever les malades à l’hôpital Donka. Des escadrons de gendarmes sillonnaient l’hôpital pour embarquer les blessés, afin de ne pas laisser de témoins. Il est parfaitement clair que les autorités avaient prévu de faire disparaître les preuves de leurs exactions, afin de nier la réalité de ce massacre. Il s’agissait d’une décision délibérée de commettre les pires des crimes dans l’intention de semer la terreur. Les hordes de sauvage ne se sont pas contentées d’assassiner les manifestants par dizaines. Les fameux bérets rouges du lieutenant Mory, armés jusqu’aux dents, bardés d’amulettes, le béret cousu de fétiches, aidés quelquefois par les gendarmes et les hommes des brigades de Samoura, ont poursuivi des femmes et les ont publiquement violées. Il s’agit d’un acte de guerre ayant pour but de rabaisser les victimes, mais aussi de souiller leur groupe d’appartenance, leur parti politique. Ils les ont violées de leur organe, de leur poing, de leur fusil, de leur matraque. Ils les ont violées en les injuriant, en les  injuriant, en les frappant sur la tête, sur le ventre, sur les jambes, sur le dos. Cette abomination a été perpétrée sur le terrain du stade de football, dans les gradins, les vestiaires, dans la rue, aux abords du stade, cela au centre de la capitale, en plein midi, ce 28 septembre.

Epilogue

Le 3 décembre Mory et ses hommes occupent la caserne de Koundara, au centre-ville à Kaloum. Il règne une atmosphère d’insurrection. En provenance de Madina, les hommes de Kourouma, en cortège, dans les pick up, pour se frayer un chemin dans l’embouteillage, tirent en l’air à coups de rafales. A côté de Kourouma, le béret rouge sur l’œil, Salifou, l’air méchant. Ils arrivent à la caserne Koundara. Les hommes de Mory se lèvent et s’emparent de leurs armes. Après une altercation liée au refus de Mory de se faire entendre de la commission de la Cour pénale internationale désignée par le Secrétaire général des Nations Unies, chargée d’enquêter sur les évènements du 28 septembre, Mory brandit son arme et tire deux balles dans la tête du Président qui s’effondre. Le gros capitaine Gbilimou, fidèle parmi les fidèles, se précipite sur le corps de son maître qu’il recouvre de sa masse. Son corps sursaute sous l’impact des balles. Il faut cinq hommes pour maîtriser Mory.
C’est ainsi que Kourouma a quitté la scène. Il est resté longtemps dans le coma. Il est sorti très diminué de cette affaire. Il n’a plus pris part à la vie politique de son pays. Son successeur, le général Bamba a assuré la transition. Woulenfakha a été élu à la présidence.

Le général Bamba et Woulenfakha ont maintenu, contre toute attente, une procédure judiciaire engagée en France contre un ressortissant français, par Davis Kourouma. Cette procédure est liée à la mort dans des circonstances obscures d’un agent de l’ambassade de France, en Guinée forestière. Les autorités guinéennes ont accusé le jeune Ernesto Sanchez, le personnage principal du roman de Tobie Nathan.

Au-delà de la triptyque qui remonte à la nuit des temps, dans les différentes sociétés du monde, créant une attractive fascination entre pouvoir, occultisme et la femme, le contexte et les acteurs politiques décrits dans ce roman, plus qu’une fiction, traduisent des faits qui se sont déroulés en Guinée. Ce que la Guinée a connu en septembre 2009 dépasse largement la fiction. Un des points où la réalité guinéenne et le roman divergent concernent notamment la présence de Imbali Woulenfakha au stade le 28 septembre. Dans le roman, il y est, alors que dans la réalité, l’alter égo réel d’Imbali ou celui dont il est l’avatar n’y était pas et l’interview de Davis Kourouma du 10 septembre décrit dans le roman traduit cette absence dans le monde réel.

Source:
http://jafricacogen.blogspot.fr/#!/2013/07/les-nuits-de-patience.html


 

8 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Almamy Sylla14/07/2013 08:51:42
Alhou akhbar!
Qu'est-ce que Souloukouba Konaté, Tibou Komo, et Jean Marie Doro ont fait à la Guinée?
T.I.S14/07/2013 09:09:48
http://www.amazon.fr/Les-nuits-Patience-Tobie-Nathan/dp/2743624639/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1373792908&sr=8-1&keywords=Les+nuits+de+Patience
Alseny14/07/2013 09:40:12
Almamy, permets-moi de completer ta phrase:

Alhou akhbar! Qu'est-ce que Souloukouba Konaté, Tibou Komoni, et Jean Marie Doro ont fait à la Guinée avec la complicité de Rabiatou SIRA et de Cellou MBatoula?
Saran14/07/2013 09:42:48
Puissent ces révélations et le mois de Ramadan aider mes parents à comprendre le mal qu’ils ont fait à la Guinée qu'ils pretendent aimer?
Morlaye S.14/07/2013 10:44:55
Un homosexuel à la tête d'une nation musulmane. Cela vous étonne-t-il de la Guinée?
Quand un soulard sans repère familial et le fils d'un sauvage mangeur d'hommes (le père de Jean Marie Doré fut condamné par l'administration coloniale pour canibalisme), des petites personnes comme sécretaires et autres serviteurs sans éducation de valeur décident de la destinée d'une nation, le résultat ne peut être que ce qu'on a aujourd'hui en GUINEE.
T.SOW14/07/2013 14:09:26
Morlaye S tu as tout dit, a chaque fois que jouvre guinepresse pour lire jai les larmes aux yeux, le coeur mertri quesst ce que nous avons fait pour meriter tous ces chatiments ?
Bah15/07/2013 18:09:00
Alpha Condé est un gay, et puis il batise son allience Rpg arc-en-ciel, le drapeau international mouvement des homosexuel au monde. il se moque de nous et de nos traditions. Honte a ceux qui l'ont aider a être président.
Jerome haba20/07/2015 19:02:35
La Guinée, mon pays, se spécialise dans le mensonge. De tout temps, le guinéen refuse de reconnaître ce qui s'est passé. pour cette raison, nous connaissons l'impunité.
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Gaetan Mootoo d'Amnesty international, sur les massacre et viols du 28 septembre en Guinée

Par Christophe Boisbouvier

« Les tortionnaires ont franchi une étape inimaginable. Des militaires déchiraient les vêtements des femmes avec une telle violence, parfois avec des couteaux ou la baïonnette, les violant en public. C'était la barbarie dans toute son horreur ».
SOURCE : RFI

 
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Elhadj Saikou Yaya Barry

 
 


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