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Comment un homosexuel rusé et méchant s’est-il hissé au sommet de la Guinée, un peuple qui se dit croyant ?2013-07-14 08:13:54 Le livre de Tobie Nathan « Les nuits de Patience » nous édifie sur la transition guinéenne 2009-2010. Qui est Tobie Nathan ? Notre compatriote Hassatou Baldé qui a lu l’ouvrage spécial sur une partie importante de l’histoire de la Guinée, répond : « Tobie Nathan, l’auteur de ce roman, a été un témoin privilégié du psychodrame qui s’est déroulé en Guinée en septembre 2009. Il a été de septembre 2009 à août 2011, conseiller de la coopération et d’action culturelle près l’ambassade de France en Guinée. Depuis 1986, il est professeur de psychologie clinique et pathologique à l'Université de Paris 8. Il est également expert près la cour d'appel de Paris. Il a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France, en 1979, au service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent de l'hôpital Avicenne (Bobigny). Il a fondé en 1993 le Centre Georges-Devereux3, centre universitaire d'aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l'UFR « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l'Université de Paris VIII – centre qu'il a dirigé de 1993 à 1999 ».
Extrait (avec un commentaire à la fin) L’intrigue commence en France et prend attache avec les mystères de l’Afrique où se côtoient hommes et djinns dont la relation est scellée de jalousie. Avec le temps, les sorciers gardent ce lien. Ernesto Sanchez, va ainsi se retrouver littéralement envoûté par le monde de la nuit, ce qui va le conduire en Guinée, notamment Nzérékoré, en Guinée forestière où il s’initie au rite mystique du « poro ». Ce qui l’a conduit là-bas, lui l’homosexuel, c’est une jeune femme, Patience qui l’a subjugué. Elle a 17 ans, une beauté à couper le souffle venue en France pour étudier. Il a fait sa connaissance au Centre médico psychologique CMP rue du désir non loin de Barbès à Paris dans le 18ème arrondissement où il travaille. C’est une patiente qui lui a été présenté par Christine Lehman assistante sociale. Patience a échappé in extremis à une séance d’exorcisme à l’église du Pardon du Christ à Saint Denis, où officie le pasteur ivoirien Hermann Kouakou Koizan, le 1er septembre 2009. Une autre guinéenne originaire de la Forêt, Clotilde Koivogui, orpheline avait vécue quelques jours avant elle cette cérémonie de désenvoutement à la demande de ses tuteurs, son oncle et sa tante, qui l’accusaient d’être une sorcière qui attirait le malheur sur leur famille. Quelque temps après cet exorcisme, elle a été retrouvée morte. Sans doute assassinée par Diallo et Camara, des agents guinéens qui sont à la recherche de Patience. Patience est aussi perçue par les membres de sa famille paternelle comme une sorcière ce qui explique sa fugue. Au-delà, de la différence d’appréciation culturelle sur le pouvoir de sorcellerie que possèdent certaines personnes, notamment des mineurs qui se retrouvent brimés par des membres de leur famille, brimades considérées comme de la maltraitance en France, le thriller de Tobie Nathan se déroule en grande partie en Guinée, mettant aux prises des acteurs et une situation politique, qui tout en restant imagés sont fortement inspirés de ce que la Guinée a connu en septembre 2009. Son personnage fétiche, Patience se trouve au cœur de la quête du pouvoir. Elle est convoitée par le Président mais a demandé la protection de l’opposant historique. D’où l’intérêt de montrer quelques personnages décrits dans ce roman publié en 2013 aux éditions Payot et Rivages. Les personnes desquelles ces personnages sont tirés sont parfaitement identifiables dans la sphère politique guinéenne. Quelques personnages politiques guinéens Youssoufou Davis Kourouma Président de la République, président du CPDD, le Comité provisoire pour le développement et la démocratie, commandant en chef des forces armées. Un militaire qui a pris le pouvoir par un putsch à la mort du Président Lansana. Davis Kourouma a posé son quartier général au camp militaire, au milieu de sa troupe. A chaque fois que le Président Kourouma prononce un « i », sa voix s’envole vers les aigus, alors le oui est prononcée d’une voix de soprano. Il se lance dans une vocifération dans un discours fleuve. Il dit avoir pris le pouvoir à la demande du peuple et sans verser une seule goutte de sang. Sa garde rapprochée, des soldats débraillés, vautrés dans des fauteuils, une cannette de bière dans la main, acquiescent ses propos. La mention du mot élection déclenche chez lui une grande fureur. Il fulmine d’abord sur son fauteuil en bougeant des pieds, répétant à voix basse des injures dans sa langue. On dirait qu’il monte en température, comme une cocotte qui remuerait sur le feu en sifflant. Il se couche au petit matin. Deux gardes s’endorment à ses pieds, l’un spécialiste du poignard et l’autre, le petit vicieux sec et nerveux ne lâche jamais sa mitraillette. Imbali Woulenfakha (celui qui a tué le singe) Imbali, son visage aux joues grêlées est dur. Il est impassible et âgé, sans doute plus de soixante-dix-ans. Ses yeux semblent survoler le paysage comme ceux d’un oiseau de proie. C’est l’opposant historique en République de Guinée. Opposant à Sékou, puis à Lansana, aujourd’hui à Youssoufou Davis Kourouma. Il a fui la Guinée au temps du premier dictateur, il y est revenu au temps du second, embastillé quelques mois avant d’être exfiltré grâce aux interventions de Bertrand Duchman, actuel ministre français des Affaires étrangères. Ils se connaissent de longue date, depuis les années de lycée. Nul n’ignore que Duchman souhaiterait faire tomber Kourouma afin que son ami Woulenfakha accède enfin au pouvoir. Le 20 septembre à 21h30, à l’hôtel restaurant le Petit Bateau, situé à l’extrémité d’une jetée de Conakry, Imbali et ses garde-corps sont présents à l’hôtel le Petit Bateau, nid de bérets rouges. Une dizaine d’hommes le suivent. Tous très grands, avec des épaules de lutteur de foire, les mains dans les poches, sans doute serrant la crosse d’un révolver ou d’un pistolet mitrailleur. Peu après, une partie des hommes d’Imbali se dirige bruyamment vers la sortie du restaurant. Cette fois, ils ont carrément sorti leurs armes, qu’ils pointent en avant. Description de Conakry Le kilomètre zéro se trouve au bord de la mer sur la plage de Boulbinet. C’est plutôt une décharge publique où la mer a repoussé sur les cailloux les bouteilles, les sachets en plastique, de vieilles roues de vélo rouillées, des tonnes d’ordures puantes etc. dans lesquelles fouillent sans cesse les chiens errants. A Conakry, même les chiens sont suicidaires. On les aperçoit quelques fois, couchés en plein milieu du carrefour, regardant sans broncher et l’air hagard les camions qui glissent vers eux les freins bloqués. On appelle le quartier Boulbinet le Camembert. Pour parvenir à l’hôtel Le Petit Bateau, il faut traverser des kilomètres de bidonvilles éclairés par des petites lampes chinoises munies de Led bleutés qui diffusent une lueur sinistre. Dès que la nuit tombe tombe, la ville est plongée dans les ténèbres. Les Guinéens prétendent que leurs dirigeants veulent leur cacher la vérité. C’est pour cette raison qu’ils les maintiennent dans l’obscurité. Le chauffeur évite les énormes trous qui parsèment les chaussées, souvent de simples chemins de terre. Un vieux bâtiment délabré, c’est la gare. Il y a belle lurette qu’il n’y a plus de train. Le long de la jetée, de carcasses de bateaux échoués. Vous vous demandez où se trouvent les quartiers riches ? Tout le monde se le demande à Conakry. Lorsqu’on voit surgir un 4X4 Hummer ou Cadillac flambant neuf, qui doit bien coûter dans les 100 000 dollars alors que le salaire d’un juge ou d’un professeur d’université ne dépasse pas 100 dollars par mois, on se demande dans quelle grotte le dissimule son propriétaire. Les habitants communient dans une sorte d’anarchisme de la pauvreté. Quant au petit groupe de ceux qui s’enrichissent, avec le pouvoir, avec les narcos ou avec les ONG, on se demande aussi où ils se cachent. Une impression de Guinée Le pays est étrange. Il commence par vous donner l’impression que vous êtes indispensable. Il vous fait miroiter l’idée que vous pourriez devenir un puissant un héros, un roi peut-être. Peu à peu, vous laisser aller, bercé par le ronronnement des groupes électrogènes. Et lorsque vous commencez à avoir des doutes, c’est déjà trop tard. Autour du 28 septembre 2009 Le dimanche 27 septembre aux informations de 20h30, la grosse présentatrice de la RTG, la Radio et Télévision guinéenne, l’air plus constipé que jamais, annonce que la présidence de la République fera une annonce. Il est plus de 23h30 lorsqu’apparaît enfin Fayçal Kouassi, le Ministre de la Communication. De grosses sueurs perlent à son front. On le sent gêné. « L’opposition a appelé demain, 28 septembre, à une manifestation pour exprimer son opposition à la candidature du Président Kourouma à la prochaine élection présidentielle. Cette manifestation prévue le 28 septembre, jour de la fête nationale (…) ne peut se substituer aux manifestations officielles organisées par le gouvernement ». Pourtant des manifestations officielles, il y en a jamais eu. Le Ministre ajoute que la manifestation ne saurait par ailleurs avoir lieu, étant donné que la pelouse du stade vient d’être refaite à neuf, en prévision des matchs qui devront opposer la Guinée au Burkina Faso, en prélude de la coupe d’Afrique des Nations. Il interdit la manifestation tant au stade, que partout ailleurs à Conakry ainsi que les grandes villes de Guinée. A 1heure du matin, le petit capitaine, entouré de ses généraux et ses ministres terrorisés, confinés dans ce capharnaünm qu’ils appellent « salle de réunion », tente de trouver une parade pour éviter cette manifestation. Le commandant Ahmed Tidiane Samoura, annonce qu’il déploiera ses brigades à la sortie de la maison de Frédéric et qu’il empêchera personnellement les leaders de rejoindre le gros de la manifestation. Le Lieutenant-colonel Niabally explique qu’il dispose de plus de trois cents gendarmes qu’il pourra placer tout au long du parcours. Le lieutenant Wâ Diahabi dit Mory, qui croît plus aux fétiche que Kourouma, son homme de confiance, de son côté a recruté d’anciens rebelles de la Sierra-Léone et des vétérans de la milice ULIMO du Libéria, qu’il a équipé et armé, entraîné. Ses commandos comptent plus de trois cents têtes brûlées, tous initiés au poro, aguerris aux conflits du Libéria et de la Sierra-Léone et prêt à tout. C’est en lui que Kourouma place tous ses espoirs. Le lundi 28 septembre. 8 heures du matin à Conakry. Il pleut des cordes comme au déluge. Le commandant Samoura, quitte le camp Alpha Yaya dans un 4X4 Chevrolet noir, suivi par une dizaine de pick-up trucks bourrés de brigadiers qui descendent le long de l’autoroute et pénètrent dans la ville par la bretelle de Madina. Ils sont postés aux points névralgiques du pays, les carrefours, les mosquées, devant les maisons des jeunes, les lieux de rendez-vous. Le Lieutenant Niabally a disposé les quelques chars légers, les quatre camions anti-émeutes qui fonctionnent devant la télévision et les grandes banques. Epilogue Le 3 décembre Mory et ses hommes occupent la caserne de Koundara, au centre-ville à Kaloum. Il règne une atmosphère d’insurrection. En provenance de Madina, les hommes de Kourouma, en cortège, dans les pick up, pour se frayer un chemin dans l’embouteillage, tirent en l’air à coups de rafales. A côté de Kourouma, le béret rouge sur l’œil, Salifou, l’air méchant. Ils arrivent à la caserne Koundara. Les hommes de Mory se lèvent et s’emparent de leurs armes. Après une altercation liée au refus de Mory de se faire entendre de la commission de la Cour pénale internationale désignée par le Secrétaire général des Nations Unies, chargée d’enquêter sur les évènements du 28 septembre, Mory brandit son arme et tire deux balles dans la tête du Président qui s’effondre. Le gros capitaine Gbilimou, fidèle parmi les fidèles, se précipite sur le corps de son maître qu’il recouvre de sa masse. Son corps sursaute sous l’impact des balles. Il faut cinq hommes pour maîtriser Mory. Le général Bamba et Woulenfakha ont maintenu, contre toute attente, une procédure judiciaire engagée en France contre un ressortissant français, par Davis Kourouma. Cette procédure est liée à la mort dans des circonstances obscures d’un agent de l’ambassade de France, en Guinée forestière. Les autorités guinéennes ont accusé le jeune Ernesto Sanchez, le personnage principal du roman de Tobie Nathan. Au-delà de la triptyque qui remonte à la nuit des temps, dans les différentes sociétés du monde, créant une attractive fascination entre pouvoir, occultisme et la femme, le contexte et les acteurs politiques décrits dans ce roman, plus qu’une fiction, traduisent des faits qui se sont déroulés en Guinée. Ce que la Guinée a connu en septembre 2009 dépasse largement la fiction. Un des points où la réalité guinéenne et le roman divergent concernent notamment la présence de Imbali Woulenfakha au stade le 28 septembre. Dans le roman, il y est, alors que dans la réalité, l’alter égo réel d’Imbali ou celui dont il est l’avatar n’y était pas et l’interview de Davis Kourouma du 10 septembre décrit dans le roman traduit cette absence dans le monde réel. Source:
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