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ODE A LA FEMME !


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Nabbie Baby Soumah

2018-03-08 07:17:56

La femme doit être fêtée du 1er janvier au 31 décembre et non seulement le 8 mars.

Elle doit, également, être aimée tous les jours et non seulement le 14 février jour de la Saint-Valentin.
 
Parce qu'elle est d'abord la source de la vie, ensuite elle est un vecteur, un moteur, un acteur majeur du développement, notamment en Afrique où elle porte sur son dos  la société.

« La femme nous rend poète, l'enfant nous rend philosophe »  disait MALCOM X (1925-1965).

 « La femme est l’avenir de l’Homme ; elle est la couleur de son âme ! » clamait hier Louis ARAGON (1897-1982) un poète, romancier, journaliste et essayiste français.

La femme est sacrée dans notre société ; elle donne la vie et, d’après le Coran, « c’est aux pieds de sa mère que se trouve le Paradis pour son enfant méritant ».

« Qui viole une femme souille toute l’humanité ! » : la gravité de cette axiome et du carnage du 28 septembre 2009 en Guinée tracent une ligne rouge dans l’absolu de notre conscience et de celle de toute la communauté internationale qui est venue à la rescousse de notre pays ; notamment avec le rapport accablant et nominatif onusien de Mohamed BEDJAOUI du 15 décembre 2009 que l'on croyait, espérait être un tournant décisif contre l’impunité, contre les violences faites aux femmes.

Mais hélas ! les mauvaises habitudes sont tenaces : on a pu le déplorer avec l’assassinat en novembre 2012 de Mme Aissatou BOIRO, la directrice nationale du Trésor public.

Pour rappel, la CPI avait emboîté le pas à la délégation onusienne de M. Bedjaoui, Luis Moreno-OCAMPO, le Procureur général de la CPI d'alors, ayant envoyé, mais en vain, à Conakry en février 2010 la Procureur-adjointe aux poursuites la gambienne Fatou BENSOUDA.

Ces viols et meurtres sont constants dans les conflits armés : dans la République démocratique du Congo, l'ex-Yougoslavie avec les milices serbes au Kosovo, au Libéria, en Sierra-Leone, au Rwanda, en Guinée (événements du 28 septembre 2009), par les Islamistes de Boko Haram, de Daeish, de l'État islamiste, etc.

Le rôle et la place qu’occupe la femme au sein de la société sont essentiels et ont considérablement évolué ; ils se déclinent en ce QUADRIPTYQUE : épouse, mère, travail et action publique.

Elle est en effet partagée, écartelée entre la tradition, les travaux domestiques, l'éducation des enfants et les pesanteurs sociales, d’une part, et la modernité, l’ouverture sur le monde, la conquête de nouveaux droits, d’autre part.

Elle est en réalité le pilier, le soutien économique principal du foyer mais demeure sous-représentée dans les centres de décision, dans la vie publique, dans les partis politiques, les structures gouvernementales, dans la haute administration.

Malgré ces handicaps précités, malgré un vulnérable et dégradant statut, on assiste depuis un certain moment, à l’émergence des femmes dans le débat et l’action publics et politiques ; ceci est très salutaire pour leur promotion sociale et pour que la démocratie devienne enfin une réalité vivante dans nos pays.

1) Les femmes ont toujours été aux avant-postes du combat social et politique : avec leur grande capacité de mobilisation, les femmes ont toujours joué un rôle éminent, déterminant en étant toujours en première ligne. Par exemple, la lutte pour l’indépendance a offert au monde féminin une occasion inespérée de réaliser ses vœux d’émancipation contre une situation injuste d’infériorité et de sujétion, de contribuer à la naissance de la conscience politique et à la construction de la nation.

Mais les femmes, à l'instar du peuple guinéen, furent toujours spoliées de leurs victoires, de leurs conquêtes sociales et politiques obtenues le plus souvent au prix du sang.

2) Les femmes ont de nombreux handicaps à surmonter : dans un contexte défavorable à leur épanouissement avec un statut dégradant, notamment du fait des pesanteurs sociales, de l’analphabétisme, de l’échec scolaire, des difficultés économiques et d’autonomisation, de la cherté de la vie, elles doivent faire face à de nombreux handicaps à des niveaux différents :

- un faible taux de scolarisation des femmes, notamment dans les milieux ruraux où elles vivent en majorité ; une faible part du budget de l’Etat étant consacrée au système éducatif ;

- l’excision qui est une atteinte inadmissible à la dignité et à l’intégrité physique de la femme ;

- les mariages forcés, les grossesses précoces, les violences domestiques;

- la prostitution et son corollaire qu’est la pandémie du sida : « le besoin ébranle la vertu et il demeure impossible de cultiver, d'enseigner la vertu dans un environnement  vicié, marqué par la pauvreté, la misère, dit-on »;

- « l’ instrumentalisation » politique des associations de femmes (Sérés), notamment dans les Mamayas;

- les soins sanitaires chers et inaccessibles avec des hôpitaux et des centres de soins primaires sous-équipés et vétustes où trop de femmes meurent en couche;

- la violence politique récurrente;

- l’exclusion de la plupart des instances de prise de décisions et la sous-représentation dans la vie publique alors qu'elles s'y impliquent davantage.

3) Les femmes disposent de nombreux atouts pour s’élever dans la hiérarchie sociale et également des instruments, des mécanismes pour assurer leur protection judiciaire et physique:

- l’école demeure le substratum, le fondement, le lieu d’épanouissement par excellence du citoyen, de la femme. Le monde est dominé par le savoir qui est une richesse inépuisable ;

- le travail est un instrument de promotion sociale et d'épanouissement individuel ;

- le centre de planning familial, malgré le fait qu’il soit sous-équipé et décrié à cause des pesanteurs sociales ;

- la législation internationale contre les viols et crimes contre l’humanité ratifiée par de nombreux Etats qui ne la respectent pas malheureusement : les 4 Conventions de Genève de 1949 ; la convention de New-York du 10 octobre 1984 contre la torture et autres peines ou traitements inhumains ou dégradants ; le traité de Rome du 17 juillet 1998 portant création de la Cour Pénale Internationale (CPI);

- la jurisprudence internationale au-secours des femmes contre les viols notamment avec les TPI créés par le Conseil de sécurité des Nations-Unies : pour l’ex-Yougoslavie (cf. les milices serbes au Kosovo), le Rwanda et la Sierra-Leone, l’affaire Jean-Pierre BEMBA en Centrafrique.

Tous ces atouts et arsenaux protecteurs des femmes devraient être complétés par une nécessaire et urgente réforme de nos institutions pour promouvoir les candidatures « indépendantes », libres des femmes issues de la société civile : mettre fin au monopole des partis politiques pour présenter les candidats par exemple en Guinée (art. 29 de la Constitution du 7 mai 2010 pour l'élection présidentielle et art. 61 pour la députation).

CONCLUSION

L'Afrique, in extenso, et la Guinée, en particulier, sont actuellement en proie au fléau de l’ethnocentrisme, aux crispations identitaires qui altèrent sérieusement la cohésion sociale et mettent à mal le vivre ensemble.

Mais les femmes constituent le meilleur rempart contre l’ethnocentrisme et les mariages endogamiques, le rejet de l'autre parce qu'il est différent : dans l'action publique et dans la vie personnelle, elles sont les plus affranchies de la tutelle familiale, ethnique, régionale et confessionnelle.

« Le droit de la femme ce n'est pas le droit au libertinage, à l'antagonisme car la femme est le complément naturel de l'homme » disait une célèbre femme. 

Etre féministe c'est assumer sa condition de femme et travailler avec l'homme car comme dit le chanteur malien Salif KÉITA dans son célèbre tube « Chérie s'en va » : « que l'on soit Président, ministre ou simple planton, tout homme a besoin d'une femme à ses cotés ».

Femmes, je vous aime !

 

Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
Juriste et anthropologue guinéen


 

1 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Soriba Camara08/03/2018 22:01:36
Vous êtes anthropologue et Juriste dans quel cabinet???? ou alors assistant-magasinier dans une imprimerie de la place? Bravo Soumah khamè!