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J'ai honte pour les événements de Kindia


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2018-10-21 23:43:02

Après ce qui s'est passé à Kindia le 15 Octobre (Lire), il m'a fallu quelques jours pour contenir ma colère. Le saccage de la maison de la veuve de Dr Alpha Oumar DIALLO à Kindia est tout simplement révoltant. J'ai honte! J'en ai la gorge serrée.


Je sais combien le combat politique peut être violant; pas seulement en Guinée. Aux États-Unis les frères Kennedy en ont payé le prix fort; il leur a coûté leur vie. Toutefois, l'un est une vieille et grande démocratie avec des institutions fortes, le patriotisme et le sentiment national y sont l'ADN de chaque citoyen. L'autre, la Guinée, elle, se cherche encore péniblement, donnant souvent le sentiment de creuser encore davantage le fossé dans lequel elle se trouve.

Un livre vient d'être consacré aux << violences politiques en Guinées >>. Les auteurs commencent leur travail de restitution par l'année 1958 pour le clore sur les douloureux événements du 28 septembre 2009 au stade du même nom. Cette datation laisserait entendre qu'avant 1958 la Guinée n'a pas connu de violences politiques. Il en est tout autrement. Ce qui s'est passé à Kindia nous replonge dans les douloureuses années 1954-1958.

Le 28 Avril 1984, après la chute du pouvoir PDG et quatre jours après notre retour au Pays, quelques amis et moi avions rendu visite au doyen Amara Soumah, lui aussi rentré en Guinée après un long exil politique à DAKAR. A la fin de notre visite, il tint à nous montrer les ruines de sa maison à Boulbinet, face à l'emblématique case de Olivier Sanderval. Pour des raisons politiques sa maison avait été mise à sac et incendiée par la bande à Momo JO au servie du PDG-RDA. Le vieux Amara Soumah nous avait dit ce jour là : << j'ai demandé qu'on ne la reconstruise pas pour qu'elle serve de leçon d'histoire à la future génération >>.
Nous pensions tous ce jour là ne plus jamais voir notre pays vivre de tels tristes événements. Vous comprenez pourquoi, chères sœurs, chers frères, j'ai la gorge serrée et combien est grande ma peine.

J'ai honte parce que j'ai personnellement connu Dr Alpha Oumar DIALLO lorsque j'étais à l'internat à Kindia. Il me diagnostiqua une appendicite et je fus opéré par Dr Alpha Oumar BARRY, le médecin-chef dudit hôpital. Aussi comment peut-on ne pas avoir honte lorsqu'on voit les images de Hadja Alimatou Dalein DIALLO dans cette maison dévastée, et surtout la hauteur d'esprit et la grandeur d'âme avec laquelle elle a parlé? Il vous prend l'envie de pleurer. Quelle dignité Madame!

Ses propos sans haine, alors qu'elle avait des raisons d'en avoir, n'étaient pas destinés à Kindia seulement. Sa question << pourquoi ça? >> s'adressait à toute la Guinée. Elle renvoie surtout à la préoccupation de feu Amara SOUMAH.

Dans cette affaire, le plus ahurissant est le silence des plus Hautes Autorités de la République. En effet, après des faits aussi graves on a entendu ni le Président de la République, ni son Premier Ministre, ni même Mr Gassama DIABY. Aucune compassion, aucune empathie du Président de la République.

Mr le Président de la République vous venez de faillir à l'un de vos devoirs constitutionnels le plus facile à accomplir, la protection que vous devez à tous les citoyens, sans exception aucune; et à défaut, un geste de réconfort de votre part était le minimum. Mais faut-il encore avoir un cœur.

L'on est fondé de penser que la non-condamnation ferme des violences de Kindia par le Président Alpha Condé est interprétée comme une licence à la violence.

En effet des violences semblables à celles de Kindia se multiplient dans tout le Pays.
Le nouveau maire de la Sous-préfecture de Banfélè dans la Préfecture de Kouroussa vient de voir son domicile incendié par les partisans de Youssouf CAMARA, son rival du même parti, le RPG- arc-en-ciel. Le nouvel élu, Mr Amadou Condé, enseigne pourtant dans la localité depuis 22 ans. Youssouf CAMARA, natif de Banfélè, et ses partisans, contestent l'élection de Amadou CONDÉ parce qu'il n'est pas natif du coin.

La Sous-préfecture de Nzoo, dans la Préfecture de LOLA, vient de connaître une violente manifestation contre l'installation des nouvelles autorités communales. Le bloc administratif de la Sous-préfecture et la mairie ont été mis à sac. Les portes démontées, les tôles arrachées et emportées.

Dans une Sous-préfecture de Kankan l'installation des nouvelles autorités communales a été interrompue par des violences entre deux rivaux du RPG arc-en-ciel. Les nouvelles qui proviennent d'autres régions ne sont pas rassurantes. Prions Dieu que Dixinn, Ratoma, Kaloum et autres communes de Conakry n'explosent pas, leur tour venu.

Les politicards ont réussi à nous transformer de simples élections communales en une arme d'autodestruction collective.
Pourquoi ?
Cela traduirait-il une volonté de laisser s'installer le chaos dans le Pays pour après se porter en rempart ?
Une telle stratégie serait une grave erreur Mr le Président. Un pyromane n'a même jamais été un médiocre pompier. Il en est tout simplement incapable.

Depuis le 15 Octobre, nombreux sont ceux qui ont indexé Mr Cellou Dalein DIALLO comme principal responsable des mésaventures électorales de l'UFDG. Les critiques de ses actions politiques sont en général fondées. Le problème de ce parti ressemble fort à celui de ces partis politiques où jamais l'on ne remet en cause les actes du Chef. Les difficultés du parti sont toujours du fait des autres. Ce parti continuera à s'enfoncer tant qu'il ne se remettra pas profondément en cause.

Cependant, ce que nous vivons maintenant dépasse de loin les considérants d'un parti politique ou d'un seul responsable politique. En effet les acteurs politiques guinéens ont vidé la politique de son sens vrai. Ils en ont fait une sorte de << foutoire>>, une chose répugnante qui repousse bon nombre de guinéennes et de guinéens de l'intérieur et de la diaspora. Nous avons des partis politiques sans aucune idéologie, sans philosophie, d'autres sans structures dignes d'un parti. Nous avons des hommes << politiques>> qui ont fait de la transhumance politique une profession; une façon de brouter à tous les pâturages politiques, laissant le troupeau affamé derrière. Ce qui, parfois, donne peut être le sentiment à M. Cellou Dalein que l'UFDG est, en réalité, le seul parti de l'opposition. D'où, sans doute, son erreur en signant ce fichu document du mercredi 8 août 2018 dans lequel il est écrit << De concéder à l'opposition >> et non à l'UFDG. Bravo l'artiste Damaro ! Seulement attention ! Á trop vouloir abuser de la naïveté de l'autre on fini par avoir ce que l'on n’a pas souhaité.
C'est ce qui arrive aujourd'hui au RPG arc-en-ciel où des rivalités personnelles risquent de faire exploser le parti. Deux grands partis politiques du pays affaiblis en même temps ? Quel risque pour la Guinée !

Comme nous l'avons vu plus haut, le chaos qui s'installe nous mène petit à petit vers un drame. La faillite de l'Etat a jeté le pays entier dans les griffes des organisations ethniques sans aucune légitimité. Ces groupements distillent le venin de la haine et de la discorde dans l'impunité la plus totale. Ils bafouillent chaque jour l'autorité de l'Etat. Des imams qui ne se contentent plus de faire prier leurs ouailles, mais dictent des conditions à l'Administration du Territoire. Des structures de toutes sortes prolifèrent dans des domaines dont elles n’ont aucune expertise. Pendant ce temps on s'évertue à affaiblir les représentations syndicales qui devraient normalement être des interlocutrices privilégiées du patronat d'un côté et de l'Etat de l'autre.

La Guinée n'a pas aboli la chefferie traditionnelle en 1956 pour retomber dans des structures encore plus rétrogrades. N'en déplaise à Mamadou Sylla qui se dit roi de la Basse-Guinée. Sait-il même ce que cela signifie ?

Mr Alpha Condé a dit avoir trouvé un pays sans État. La probabilité qu'il nous laisse un pays sans repère, un pays déboussolé, devient de plus en plus élevée.

Le travail qui attend le successeur de Mr. Alpha Condé sera colossal. Il lui faudra obligatoirement affronter toutes ces structures qui se seront entre-temps renforcées si l'on veut restaurer l'autorité de l'Etat, restaurer la cohésion nationale et reconquérir la confiance des citoyennes et des citoyens.

 

Ansoumane CAMARA

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La paix passe par la justice et non par des combines politiques


 

5 commentaire(s) || Écrire un commentaire

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VOS COMMENTAIRES

Poulloh Gorko22/10/2018 13:10:42
Que c'est ahurissant cette similitude des cas du Mali et de la Guinée.
Il suffit de remplacer dans le texte Guinée par Mali et l'article peut parfaitement s'appliquer au Mali d'aujourd'hui: la même racaille politichienne.
Aminata Diallo22/10/2018 15:47:45
Merci monsieur Camara! Vous dites des vérités que personne ne peut nier aujourd'hui en guinée.
SADIO BARRY23/10/2018 05:31:10
Merci M. Camara pour le combat noble que vous menez depuis que des irresponsables se sont emparés du Pouvoir exécutif et du Parlement en Guinée !

Qu'est-ce que nous, nous n'avons pas dit pour prier le pouvoir et l'UFDG de renoncer à leur loi électorale visant à se partager entre eux le pays et à ramener les élections locales aux communales seulement avec nomination des chefs quartiers par la mairie ? Nous avions dit que cela va conduire à la corruption des petits partis par le parti au pouvoir et à des affrontements jusque dans les quartiers. Aujourd'hui, ça brûle partout, même les gens du même parti s'affrontent en Guinée. Des égoïstes et irresponsables dirigeants du RPG et de l'UFDG sont à la base de tous ces troubles. Et puis, leur présence au Parlement n'a rien servi de bon aux populations guinéennes. Ils n'y ont fait que violer la Constitution, créer des lois pour eux-mêmes et se partager des privilèges. Le peuple doit en tirer conséquence et ne pas voter pour ces deux groupes d'intérêts égoïstes et mafieux aux prochaines élections. Cette fois-ci, nous présenterons une liste nationale alternative et crédible de patriotes hommes et femmes qui se soucient de l'état du pays et de son avenir point de vue développement et unité, des conditions de vie et de la sécurité des populations.
Habib Bah31/10/2018 10:39:56
Je ne suis pas sûr que les compatriotes Guinéens de tout bord politique soient conscients de la situation actuelle de notre pays. Un pays dans lequel personne ne dit plus la vérité y compris « les intellectuels » et chefs religieux. Une classe politique dont le seul soucis est d’amasser des biens volés et de diviser les « pauvres » populations pour maintenir les privilèges indus.
Selon ma lecture les guinéens ne sont ni ethnocentriques ni régionalistes mais malheureusement sont dirigés par des égoïstes et immoraux de tout bord pour se maintenir le plus longtemps possible aux postes de responsabilité et de profiter des ressources du pays.
Aux Guinéens épris de justice et de paix de comprendre si demain la Guinée brûle tous les soi disant politiciens vont partir avec le premier vol et se retrouver au chaud en Occident avec villas, voitures, femmes et enfants et des comptes bancaires bien garnis au moment où la majorité dans les villages et villes de Guinée se demande comment trouver un repas par jour sans parler des autres besoins primaires à savoir les soins médicaux de base, une instruction pour les
enfants, un logement décent, une eau potable,......
Guinéens des 4 régions naturelles à bon entendeur salut et bon courage.
Amara Lamine Bangoura04/11/2018 18:34:33
L'histoire est en passe de se répéter, nous ne sommes guère à l'abri d'un remake des affrontements fratricides qui ont mis les pays à feu et à sang. Si nous demeurons passifs, inactifs, dogmatiques et fatalistes, l'empereur des mines et ses sbires prendront le peuple martyr de Guinée en otage et braderont nos ressources naturelles à vil prix. La situation actuelle est similaire pour ne pas dire identique à l'atmosphère délétère qui régnait en 1956.Pour échapper à une mort atroce feu Amara se réfugia au Sénégal jusqu'au trépas du Fama, le 26 Mars 1984.Il est impératif de transcender les multiples clivages, de tirer les enseignements de notre passé sans état d'âme afin d'éviter les erreurs de parcours survenues dans notre évolution et de nous inscrire sur des créneaux porteurs vecteur d'émergence d'une conscience citoyenne opérationnelle indispensable à la consolidation des acquis de la république.La mmanipulation, l'instrumentation ,l'achat des consciences, constituent les activités de prédilection du pseudo docteur, prédateur insatiable de PM......