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Douche froide2011-07-21 19:01:42 « Dans tout Etat libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » soulignait Maximilien de Robespierre (1758-1794). Que l'on soit partisan ou adversaire du pouvoir politique actuel à Conakry, il incombe à tout(e) citoyen(ne) mu(e) par l'esprit républicain de s'ériger contre toute violence, contre toute tentative d'usurpation ou de dévolution non démocratique du pouvoir. Habité par ces valeurs et ces principes, je condamne fermement l'attaque armée, la tentative de coup d'Etat et/ou d’assassinat qui a eu lieu dans la nuit du 19 juillet à l'encontre d'Alpha Condé, récemment élu président de la République de Guinée, dans sa résidence de Kipé. Cet acte est une véritable douche froide au lendemain du discours conciliant du chef de l'Etat pour un dialogue constructif entre le pouvoir et l'opposition en vue des futures élections législatives qui doivent clore la trop longue période de transition. La Guinée n’a jamais été épargnée par des coups d’état, des tentatives de déstabilisation ; elle est en proie à une violence politique récurrente de la part et au sein de l’Etat qu'il faut éradiquer de manière implacable et sans état d'âme ; sinon toute activité publique serait vouée à l'échec irrémédiablement. Il faudra également éviter le recours à la recette usitée du bouc-émissaire, des tentatives de règlements de comptes, des arrestations arbitraires. Le Ghana demeure une singularité démocratique en Afrique ; cet exemple est à méditer : il s'est créé un cercle vertueux entre les militaires et la classe politique sous le magistère de l’ex-président Jerry Rawlings considéré comme le père de la démocratie ghanéenne. Les Guinéens avaient voté le dimanche 7 novembre 2010 pour choisir le premier président démocratiquement élu de leur histoire, au terme d'une longue et pesante attente depuis le premier tour de scrutin du 27 juin, troublée par des violences politico-ethniques. Les élections législatives prévues pour le dernier trimestre de cette année constituent un véritable test démocratique. Une violence politique récurrente Elle s'opère tantôt au sein de l'Etat même, tantôt de la part de l'Etat à l'encontre des leaders politiques ou des populations désœuvrées et sans défense. L’« attentat » ou « règlement de comptes » du jeudi 03 décembre 2009 au camp militaire de Koundara où le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité alias Toumba a tiré sur le chef d’Etat Moussa Dadis Camara en est une triste illustration. Le massacre et les viols du 28 septembre 2009 au stade du même nom demeurent des souvenirs atroces, indélébiles. En Guinée, l’avilissement de la personne humaine, la violence politique de l’Etat, de ses démembrements, de ses forces paramilitaires contre les individus, les citoyens, le chef de l'Etat est un fléau qui perdure dans notre pays. Pour trois raisons majeurs : - l’absence de « clarification » dans le jeu politique guinéen. Nous passons d'un régime à un autre sans faire le bilan de ce qui nous est arrivé. La violence de l’armée guinéenne, le dépérissement de cette institution régalienne, républicaine, le processus de son délitement est presque accompli, abouti aujourd'hui malgré des tentatives de réforme du secteur de sécurité. Aujourd’hui, l’armée guinéenne est arrivée à un tel niveau de dépérissement qu’il serait suicidaire de lui octroyer un rôle politique. Eviter le recours à la recette usitée du bouc-émissaire « Il n’est pas pire ennemi que celui qui fut votre ami ! ». Cet adage se vérifie au sommet de l’Etat où on est souvent trahi par les siens. « En politique, la trahison n’est qu’une question de temps » clamaitCharles-Maurice de Talleyrand-Périgord, communément nommé Talleyrand (1754-1838). Alpha Condé doit-il chercher les commanditaires de cette tentative d’assassinat parmi ses « partisans » ou bien chez ses opposants déclarés ? Il faudra éviter le recours à la recette usitée du bouc-émissaire, des tentatives de règlements de comptes, des arrestations arbitraires. Le meilleur allié du chef d’Etat dans cette épreuve est l'opposition républicaine guinéenne qui réclame à cors et à cris le respect des règles du jeu démocratique, et non une frange de l'armée et des forces de sécurité qui sont les principaux producteurs de violence depuis l'indépendance à nos jours. Il a le choix entre une forme de repli sur soi et de ses seuls partisans, de raidissement du pouvoir, d’une part, et une dynamique de dialogue constructif, d'ouverture salutaire pour la cohésion sociale et un processus réellement démocratique, d’autre part. L'exemple ghanéen Le Ghana est une singularité démocratique en Afrique ; il est considéré, à juste titre, comme un des rares exemples de démocratie stable en Afrique de l'Ouest ces dernières années. Les deux derniers Présidents de la République ont créé un cercle vertueux où les militaires et la classe politique ont accepté de jouer le jeu démocratique. C’est ainsi que le Ghana s’est singularisée par : Le choix du Ghana par Barack Obama, le 11 juillet 2009 comme premier pays d'Afrique subsaharienne visité officiellement, n'est pas fortuit. Il y estima que « l’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts, mais plutôt d’institutions fortes ! ». Les législatives : un test démocratique gagnant ? Actuellement, les Guinéens ont des soucis plus pressants : pouvoir civil vulnérable, constitution et lois organiques violées par les gouvernants, corruption généralisée, pénurie d'eau courante et d'électricité, tensions intercommunautaires. Les grandes nations se reconnaissent dans leur capacité de surmonter leurs crises quelle que soit leur ampleur. Parviendra-t-on à éviter les ratés de l'élection présidentielle ? On se dirige vers un saut indécis, dans l'inconnu pour les prochaines élections législatives qui sont un enjeu démocratique majeur. Si cette séance de rattrapage est réussie on aura enfin vaincu les vieux démons de la division, de la violence politique, de la primauté des intérêts particuliers, catégoriels. Le pouvoir actuel, l’opposition et la société civile doivent tirer leçons de la crise ivoirienne, de la journée historique du 23 juin au Sénégal et du « printemps arabe » : l’impasse politique pouvait être évitée si le jusqu’auboutisme et l’absence de dialogue (une vertu cardinale) n’avaient prévalu. Les divergences internes ne devraient pas écarter les acteurs publics de l’essentiel : l’unité dans la diversité des opinions pour la construction d’un Etat fort, développé, régulateur social, solidaire. L’exercice démocratique est un levier de développement par excellence ; il est l’antidote de la violence politique dont la Guinée a été malheureusement le théâtre dans la nuit du 19 juillet à l'encontre d'Alpha Condé dans sa résidence de Kipé. Nabbie Ibrahim « Baby » SOUMAH
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