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Les grandes manœuvres de Bolloré dans le port de Conakry


2011-08-02 19:55:34

Après avoir vu son offre recalée, le français a mis les moyens pour obtenir la concession de l’infrastructure guinéenne contre son concurrent Getma.

On commence à comprendre les dessous de l’affaire du port de Conakry et de la volte-face de la Guinée. Après avoir remporté pour ving-cinq ans la concession du port, le français Getma a été débarqué manu militari en mars au profit de son principal concurrent lors de l’appel d’offres, en 2008, Bolloré.

Pour justifier ce revirement, le nouveau président de Guinée, Alpha Condé, opposant historique élu démocratiquement fin 2010, évoque des raisons contractuelles, des clauses léonines, le non-respect du cahier des charges. En réalité, il est surtout question de gros sous. Le 14 avril, un tribunal local condamnait le président de Getma, Richard Talbot, à deux ans de prison avec sursis pour faux en écritures de commerce. Un jugement expéditif, prononcé en son absence, à l’africaine. Mais sa lecture résume bien les griefs : Getma n’aurait pas assez gâté quelques décideurs guinéens…

Oukase. Comme de coutume en Afrique, lorsqu’un opérateur occidental se voit attribuer une concession, il doit «réserver» entre 15 et 30% des parts à quelques «intérêts locaux», privés ou publics. Au port de Conakry, Getma s’était appuyé sur Gamal Chaloub. Profession : «administrateur de sociétés». Il proclame que seules «sa combativité et sa détermination» auraient permis à Getma de décrocher le deal. En remerciement, ce lobbyiste de haut vol s’était vu attribuer 35% de la société gestionnaire du port ; à charge pour lui d’en rétrocéder tout ou partie à l’Etat guinéen. A peine la concession attribuée, Chaloub et Getma s’écharpent sur la répartition. La concession est suspendue trois mois sur oukase présidentiel, signé de l’alors dictateur Dadis Camara. Non pas pour des retards de travaux d’infrastructures portuaires, comme souvent avancé, mais en raison de «la préservation des intérêts de l’Etat et des actionnaires guinéens initiaux». Suivront de nombreuses réunions où le régime guinéen tente d’imposer sa gouvernance capitalistique : 55% pour Getma, 25% pour Gamal Chaloub, 15% pour l’Etat guinéen et 5% pour des chargeurs maliens. L’opérateur français est coincé : ses partenaires ne sont là que pour percevoir des dividendes, sûrement pas pour investir. Or, il est urgent d’engager la rénovation du port, qui a pris du retard. En juin 2009, un an après l’attribution, Getma écrit à ses encombrants partenaires : «Vous ne pouvez méconnaître la nécessité absolue pour la société de renforcer son capital, ne serait-ce que pour respecter ses engagements à l’égard de l’Etat guinéen.» Et de rappeler Gamal Chaloub à son «devoir d’actionnaire en souscrivant à hauteur de la participation qu’il a librement souhaité prendre». Faute d’engagement de leur part, Getma passe en force et augmente tout seul le capital, diluant ses «partenaires». Crime de lèse-majesté, annulé en janvier 2010 par un tribunal guinéen. Faute de disposer de fonds suffisants, la société portuaire ne peut investir qu’au compte-gouttes - ce sera d’ailleurs le prétexte à la résiliation de la concession. Gamal Chaloub transforme l’essai par une plainte pénale : il s’estime spolié, dilué à moins de 2% des parts malgré ses«sacrifices pour l’obtention par Getma» du marché. D’où la récente condamnation de Richard Talbot.

Clauses fiscales. Vincent Bolloré désormais aux commandes, on ne sait quelle part il entend «réserver» à des «partenaires locaux». Mais le groupe est assez solide et imaginatif pour se passer de leur concours financier. Son directeur général en charge de l’Afrique, Dominique Lafont, promet soit«500 millions d’euros d’investissement sur vingt-cinq ans, dont 200 millions au cours des deux prochaines années, soit la moitié dès à présent». Le nouveau contrat de concession ne dit pas tout à fait cela, selon un tableau prévisionnel annexé : 140 millions d’ici deux ans, 240 millions d’ici quinze ans et 500 d’ici vingt-cinq ans. Après avoir dénoncé les clauses fiscales«léonines» dont bénéficiait Getma, Bolloré a obtenu à peu près les mêmes : une exemption totale ou partielle sur les cinq premières années. «Son traitement fiscal est même plus favorable», glisse le concessionnaire déchu. Pour tout ticket d’entrée, Bolloré va verser un million d’euros au port autonome de Conakry (PAC). En son temps, Getma en avait versé 15 (Bolloré, classé deuxième de l’appel d’offres en 2008, ne proposait que 7,5).

La querelle menaçant de dégénérer devant les tribunaux français (une plainte pénale pour corruption déposée par Getma vient d’être classée sans suite par le parquet de Paris, Bolloré portant plainte en retour pour dénonciation calomnieuse), le gouvernement tente de calmer le jeu. Selon le Nouvel Observateur, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a écrit son souhait d’une solution à l’amiable. Qui pourrait être celle-ci : Bolloré rembourse à Getma son ticket d’entrée et autres menues dépenses.

 

Ousmane Diallo


 

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VOS COMMENTAIRES

AUGER Bernard02/08/2011 21:06:54
le Français Bolloré revient pour le port de Conakry : ça n'étonnera personne : Bolloré est un ami de l'omniprésident de France Sarkozy, ce dernier est un ami (avec son gouvernement à ses bottes) du président Alpha Conde "démocratiquement élu et en toute transparence" : alors où est le problème ?
sow03/08/2011 02:32:53
comme ns sommes ns sommes representer k par des con ils vont ns baiser jusko dernier jr c 'estça la verité
Alpha condé pille la richesse des peulhs et favorise l'enrichissement des français n'est ce pas ça l'africain!!!!!!
diawara03/08/2011 22:04:57
juste une question:que va devenir les sociétés se trouvant dans le port et qui on eu au moins pitié des milliers de pères de familles?????
bangoura ousmane08/08/2011 16:34:13
ecoutez lorsque vous servez votre pays sur le plateau de vos levrès à des opportunistes hommes d'affaires il ne faut s'attendre à autre chose que des miètes. lorsqu'on sème mal on récoltera mal. un petit exemple pour vous raffraichir notre cerveau endormi depuis 1885 année de partage de l'afrique entre les grandes puissances en 2011 nous sommes plus esclaves qu'à cette époque. vous savez c'est quoi le PPP / LE PORT EST LE POUMON D'UN PAYS.QUI TIENT LE PORT VOUS TIENT PAR LES COUI.... le sénégal durant 4 ans a rénové son port : c'est magnifique il a confié la rénovation de 'espace contenairs à un pays du golfe .non seulement ce pays a payé cher pour obtenir le contrat mais en plus tout contenair entrant ou sortant a une plus value pour le pays. chaque année le port autonome de dakar rapporte plus de 25millions d'euros au pays.nous nous signons des contrats de racommodage bidon du port avec l'espoir qu'il n'aura jamais une envergure internationle.vous croyez que bolloré vient en guinée pour nos beaux yeux c'est capitaliste pur et dur .pour lui l'important c'est de pouvoir embarquer et débarquer ses contenairs.investir dans la rénovation il n'a rien à f..... et je le comprends.ce n'est pas uniquement avec lui que nous faisons les conneries.nous les faisons avec tous les hommes d'affaires qui viennent dans notre pays.nous nous précipitons sur les contrats nous signons vite à condition que ça sonne te trébuche dans nos poches. les plus values pour le pays des détails.c'est pour cela nous avancons avec une accélération négative en contre courant avec l'économie mondiale.lorsque nous commencerons à avoir des vastes bureaux avec les meilleures têtes chercheuses ayant pour tache de passer au peigne fin tous les contratsqui engageront le pays et fournir les renseigements aux ministères concernés avant signatures avec un cahier de charge pour ce que le pays attend des d'affaires.