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2009-05-03 23:55:12
Dès le début, le CNDD avait manifesté son hostilité de voir un organe indépendant qui contrôlerait son pouvoir. La junte avait demandé un élargissement du CNDD plutôt que de créer un CNT demandé par les forces vives. Le décret du 2 mai créant le CNT est en réalité l’élargissement du CNDD voulu au départ par les militaires. Ce qui est inacceptable.
Le 31 mars dernier les militaires ont annulé le forum des forces vives qui aurait dû se réunir du 31 mars au 3 avril 2009. Cette rencontre devait regrouper la société civile guinéenne, des personnalités comme l’historien Djibril Tamsir Niane et des membres et président des commissions électorales de certains Etats africains. L’armée a fait évacuer le palais du peuple le jour de la rencontre et a annoncé le report sine die du forum.
Deux jours auparavant, le 29 mars 2009 des soi-disant jeunes s’étaient retrouvés au stade du 28 septembre sous l’instigation du Gouverneur de Conakry nommé par Dadis pour demander au capitaine Dadis de rester et de se présenter aux élections présidentielles. Ils ont lancé un appel « demandant à la communauté internationale de laisser Dadis continuer à nettoyer la maison Guinée ». La tactique visant à saboter la mise en place du CNT était en marche. Elle visait à remettre en cause la représentativité des forces vives au sein du futur CNT.
Le 6 avril c’est autour « des femmes d’affaire » vêtues de blanc avec l’effigie de Dadis de lancer le même appel, en présence du premier ministre Komara, du Gouverneur de Conakry et de Madame Camara Dadis.
Ces mouvements de soutien en faveur du maintien de Dadis et de sa candidature pour les prochaines présidentielles sont intervenus quelques heures après l’annonce faite par le chef de la junte de son acceptation du chronogramme proposé par les forces vives. Cette acceptation a été prise par une simple déclaration. Aucun décret aucune ordonnance n’a été pris(e) pour lui donner plus d’impact.
Le 14 avril 2009 les forces vives ont été consternées par l’attitude du Secrétaire permanent du CNDD, le Commandant Moussa Keita. Ce dernier, contrairement à l’objet de la rencontre qui devait porter sur le CNT, a porté les discutions sur le régime d’exception. Cette attitude est une illustration manifeste de la méfiance du CNDD face au CNT.
C’est deux jours plus tard que Dadis Camara va menacer d’ôter sa tenue militaire pour se présenter aux élections présidentielles. Ces propos ont fortement ébranlé les forces vives. Inquiètes, celles-ci vont jouer la carte de l’apaisement et vont même adresser un message de félicitation au Capitaine et le CNDD pour avoir adhéré au chronogramme qu’elles ont proposé. Mais cette flatterie ne semble pas avoir payé car nous avons tous vu dans quel contexte s’est effectué le voyage de la délégation guinéenne à Bruxelles. C’est dans un contexte de suspicion avec des prétendus complots qu’aucun élément ne permet d’étayer. Ces complots qui permettent au CNDD d’envoyer des soldats en prison ou en isolement dans des îles sans aucun jugement.
Aujourd’hui le CNDD et Dadis Camara exercent tous les pouvoirs sans aucun contrôle. L’utilisation des fonds se fait à leur discrétion. La destruction des biens comme les maisons se font sur de simples coups de colère sans aucune décision de justice et sans délai pour permettre aux personnes qui sont concernées de saisir la justice pour protéger leurs droits.
Dadis a même par un décret du 4 avril envoyé un membre de la Commission d’audit en prison. Ce qui constitue une violation flagrante de la séparation des pouvoirs. Seule une décision de justice peut priver un individu de sa liberté.
Même la CENI qui est censée être une autorité administrative indépendante est sous les ordres de Dadis.
Le placement de la CENI sous le contrôle de Dadis
Dans une ordonnance qu’il a prise en janvier 2009, Dadis avait décidé de placer la Commission électorale nationale indépendante sous les ordres du CNDD. Le Président de cette commission dans un entretien avec un média électronique avait déclaré le 29 janvier que « je n’ai pas peur que la CENI soit placée sous l’autorité du CNDD ».
La Guinée est dans un régime sans précédent de confusion totale des pouvoirs aux mains d’un individu et des militaires qui lui ont réitéré leur serment en avril 2009 en jurant sur le Coran avec la main droite et la Bible avec la main gauche. Les militaires lui ont juré fidélité ainsi qu’au ministre Sékouba Konaté.
Les partis politiques muselés et neutralisés
Le 22 avril, le Ministre de l’Information et de la Culture a interdit la diffusion sur les média publics de toutes les activités politiques. Même les débats autour des leaders politiques ne doivent plus être couverts par les média.
Cette décision est une autre violation des textes. Elle viole la loi organique n° 91/02/CTRN du 21 décembre 1991 portant charte des partis politiques. L’article 20 de la Charte reconnaît aux partis le droit d’accès aux antennes de la Radiodiffusion et de la télévision étatique. De même la loi portant statut des partis politique de l’opposition en son article 5 dispose que les partis politiques de l’opposition jouissent de tous les droits et prérogatives reconnus aux partis politiques. Ils peuvent exprimer leurs opinions sur toutes les questions d’intérêt national et bénéficier d’un accès équitable aux moyens officiels d’information et de communication.
Et conformément à la Constitution suspendue par le CNDD et la Charte des partis politiques, ce sont les partis qui présentent les candidats aux différentes élections.
Avec les nouvelles mesures du CNDD, les partis politiques ne peuvent plus assurer leur rôle. Pire, avec la composition du CNT, les partis sont éclipsés par toutes sortes d’associations comme les jeunes, les coordinations régionales, les représentants des confessions religieuses et d’autres qui vont donner leurs avis sur les réformes institutionnelles et dans les domaines qui relèvent de la loi. Mais comme mentionné plus haut ce CNT ne peut nullement être comparé à un Parlement ou à un quelconque organe pouvant exercer un contre pouvoir au CNDD pendant la période transitoire.
Le risque est grand si Dadis décide de se présenter aux élections comme il a menacé de le faire. Tous les organes de transition sont sous ses ordres, l’exécutif, le CNT et la CENI. La mauvaise foi des nouvelles autorités de la Guinée est plus que manifeste.
Initiative de Bruxelles pour le Changement démocratique en Guinée (IBCG)
VOS COMMENTAIRES | |
| batemady | 04/05/2009 07:35:06 |
| Les pratiques d'une dictature militaire reprennent leurs chmein en guinee sous l'oeil et la barbe de tous. le denoncer est la mondre des choses que l'on puisse faire sinon on risque d'en atre un des complice merci | |
| Ibrahim Condé | 04/05/2009 10:54:59 |
| Tout ce que vous dites est vrai et vérifiable. Vous êtes les seuls vrais patriotes guinéens organisés `l'extérieur pour un vrai changement démocratique dans notre pays, sans démagogie ni recherche de postes comme on le sait des flatteurs et fondateurs de comités de soutien à Paris et à Bruxelles. Vive l'IBCG, vive ce mouvement patriotique et soucieux pour la GUINEE | |
| Barry A. | 04/05/2009 15:01:54 |
| La faiblesse des partis politiques et de la société civile qui se laissent confisquer des droits que leur donne la loi guinéenne est plus que manifeste. Ils n'ont qu'a se contenter d'espèrer avoir individuellement la faveur de Dadis. C'est exactement comme ça qu'ils se sont faits avoir par Conté. Ils n'ont pas tiré les leçons. Tant pis pour le peuple de guinée. | |