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Où sont partis les partis politiques ?


2009-06-06 23:08:15

Le 23 décembre 2008, à la prise du pouvoir par l’armée, les partis politiques, ont tous pris acte de la nouvelle donne. Il n’y a eu qu’un seul leader, paix à son âme, qui a refusé de choisir entre la peste et le choléra devant le choix cornélien qui lui était offert de choisir entre ces nouveaux mutins et la légalité constitutionnelle. Bah Mamadou déclarait sur les antennes de RFI « je suis contre ce coup d’état et j’aurais préféré quand même qu’il y ait une autre transition négociée…Je ne souhaite pas que Somparé s’installe sans conditions. Il faut une transition négociée… ». Il avait dénoncé qu’un « groupuscule se lève et ne rencontre aucune résistance ». « si c’était l’armée toute entière qui avait décidé de prendre le pouvoir, ça se discute, mais quand un groupuscule se lève et ne rencontre aucune résistance, les officiers , on ne les entend pas et le Premier Ministre se cache, vraiment ils ne prennent pas leurs responsabilités ».

Depuis cette diatribe, peu de responsables politiques osent dénoncer le dysfonctionnement qu’on constate aujourd’hui dans la gestion de l’Etat. En dehors des pamphlets d’un ou deux partis politiques qui ne sont pas considérés comme les poids lourds, on n’entend peu de critiques des partis face à la dérive actuelle.

Les partis politiques guinéens, depuis le règne de Lansana Conté sont toujours sur la défensive. Ils anticipent les critiques du gouvernement à leur égard pour ne pas assumer leur rôle. Craignant d’être taxés d’instigateurs des mouvements sociaux, ils n’osaient pas s’exprimer sur les questions qui touchent la vie des citoyens.

Ils semblent adopter la même attitude avec les nouvelles autorités de fait, à qui ils ont conféré une légitimité par leur prise d’acte. A chaque fois que Dadis les a accusés de lui avoir manqué de respect, ils ont calmé la grogne qui couvait en eux.

Ils ne se prononcent pas sur le fait que depuis six mois le pays n’a ni Parlement, ni Cour suprême. Ils ne posent pas des questions sur le fait que ces prétendus lutteurs contre la corruption n’aient pas fait une déclaration de leur patrimoine. Que la commission d’audit empoche 10% des recettes recouvrées. Que le Président de cette commission passe des marchés de gré à gré à son épouse, à un parent et un ami.  Que la plupart des membres de cette commission sont des membres du gouvernement alors que généralement une commission, on la veut indépendante.

Ils ne s’expriment pas à propos de cette vie parallèle qui s’est installée au camp Alpha Yaya  avec une justice bis à juste titre dénoncée par les Hommes de loi. Une justice de déni de justice où le ministre chargé d’assurer la fonction de juge avoue par son interview sa méconnaissance de la loi, du système judiciaire et la mission qui lui est dévolue. Après tout, il affirme ne connaître que deux articles de loi, article premier la vérité, et article second, le mensonge.

Ils n’ont pas la chair de poule qu’on continue à diaboliser les intellectuels, les accusant de tous les maux. Est-il besoin de rappeler que depuis l’indépendance, ce ne sont pas les intellectuels qui ont eu les rennes du pouvoir. Qu’ils ont vite été utilisés avant d’être broyés par le système que certes, certains ont contribué à mettre en place. Le développement et le progrès d’une Nation nécessitent l’utilisation adéquate des talents et compétences. Tous les citoyens, selon leurs spécialités ont une part dans la construction du pays.

Cela ne les dérange pas qu’un ministre demande à tout individu d’asperger d’essence et de brûler les délinquants, des propos qui sonnent le glas de la justice étatique pour laisser place à la loi du Talion, œil pour œil dent pour dent.

L’attention des partis ne porte que sur les élections. Mais que pensent-ils réellement de la CENI ? C’est de leur devoir de nous éclairer et  ne pas s’enfermer dans la langue de bois. Beaucoup de partis sont représentés à la CENI. Peuvent- ils nous faire un bilan à mi-parcours de celle-ci ? Ses réalisations, le budget qu’elle a engagé jusqu’à présent, et comme le groupe de contact l’a demandé, présenter une évaluation détaillée de ses besoins. Aucun parti ne s’est exprimé lorsque par une ordonnance Dadis a placé la CENI sous son contrôle. Ils n’étaient pourtant  parvenus à arracher à Lansana Conté, au crépuscule de sa vie, une CENI indépendance qu’au prix de haute lutte, après moult discussions et concessions.

Le 22 avril, le Ministre de l’Information et de la Culture a pris une mesure interdisant la couverture par les média des activités des partis politiques. Aucun parti n’a bronché. Alors que l’interdiction de la médiatisation de leurs activités signe en quelque sorte leur arrêt de mort. Dire qu’ils se sont tant battus pour la libéralisation des média ; et abdiquer ainsi sans réaction. Peuvent-ils se contenter du net qui échappe à la censure mais qui n’arrive pas dans les hameaux reculés du pays ?

La décision du Ministre viole pourtant l’article 20 de la Charte des partis politiques qui leur garantit un accès aux ondes.  Elle contrevient également aux dispositions de l’article 5 du statut des partis d’opposition.

Mais quel est le rôle d’un parti politique ?

L’article 4 de la loi organique L/91/002/CTRN du 23 décembre portant Charte des partis politiques est relatifs à leurs objectifs, parmi lesquels :

-la défense de la loi fondamentale, de la démocratie et la souveraineté nationale

-la protection de la forme républicaine de l’Etat

-la protection des libertés publiques et des droits de la personne humaine

 Et au titre des droits et devoirs des partis se trouvent entre autres les droits de manifester, de créer et administrer des journaux.

Par ailleurs la loi portant statut des partis d’opposition énonce en son article 4 les missions suivantes :

-critiquer le programme, les décisions et les actions gouvernementales

-développer des programmes spécifiques
-proposer des solutions alternatives
-œuvrer pour l’alternance au pouvoir
Cette loi confère les droits et devoirs aux partis comme :
-s’exprimer sur toute question d’intérêt national et sur toute décision et action gouvernementale
-contribuer au développement d’une culture démocratique
 Et suivant l’article 9, « toute entrave ou toute tentative d’entrave à l’exercice des droits et des activités des partis politiques par un responsable administratifexpose son auteur aux sanctions prévues par le Code pénal ».

Les partis politiques guinéens peuvent méditer cette citation de Martin Luther King « la liberté n’est jamais spontanément accordée à personne. Les classes privilégiées ne renoncent jamais à leurs privilèges sans opposer une forte résistance » «  La véritable résistance non violente n’est pas une soumission irréaliste à la puissance du mal. C’est au contraire un affrontement courageux avec le mal grâce au pouvoir de l’amour ».

Hassatou Baldé


 

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VOS COMMENTAIRES

Kadiyatou07/06/2009 00:25:51
Grande soeur Baldé merci pour votre combat pour la démocratie dans notre pays. Vous êtes différente de ces démagogues et balayeuses de Paris version féminine du club des Bokoum qui rêvent être une force politique en guinée. Je me suis marrée avec des amies en lisant leur discours où des serveuses de resto crie "attachons nos pagnes!" alors qu'elles ne savent même plus ce que c'est un pagne. Elles feraient mieux de s'occuper de leurs vieux maris blancs qui ont besoin d'aide sociale que de penser à occuper un poste en guinée. Dadis a fait trop de mal à la guinée en nommant un Pivi comme ministre. Cela permet à chacun de rêver être quelqu'un dans ce pays. Après l'analphabête Mamadou Sylla c'est au tour des groupe de SERE de Paris de penser former un futur gouvernement guinéen?
Kourouma08/06/2009 15:09:18
Ma soeur les partis politiques sont morts depuis les échéances de 1993 en Guinée. Vous vivez certainement loin de Conakry sinon la question de savoir s'il y a encore une force politique dans ce pays ne se pose même pas.
La grève de 2006 et 2007, c'était ole syndicat et la société civile et une jeunesse éprise de démocratie et de développement. Pardon grande soeur si au moins vous vous pouviez nous créer un parti qui ne ressemble en rien à ces formations politiques moribondes qui n'ont de militants que les ressortissants de leurs villages, vous auriez rendu le plus grand service à la Guinée puisque vous avez des idées. Merci
Me LAMAH Dakar08/06/2009 16:18:40
Tant que les leaders politiques guinéens penseront à affronter le pouvoir en rang dispersé ne parleront jamais le même langage. Il faut qu\'ils s\'implantent sur toute l\'étendue du territoire national de la Guinée et forment un bloc contre le pouvoir en palce comme on le voit dans les autres pays africains notamment Sénégal.
Lycéen09/06/2009 16:46:29
Tu es simplement magnifique Mme Baldé. Je jure militer pour toi si tu crée un parti et si tu lance un appel en faveur d'un mouvement politique.
Bangaly Traore09/06/2009 21:05:31
Les partis exsite bel et bien en guinee,le probleme de la guinee aujourd'hui,c'est l'incapable Dadis et son fameux CNDD.NB:dadis doit partir sans condition voila la solution pour notre pays.