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Lettre ouverte à Monseigneur Vincent COULIBALY, Archevêque de Conakry, Président de la Conférence Épiscopale de Guinée2009-11-06 19:35:45 Collectif des Forces Vives de Guinée aux États-Unis S/C Bashir Bah
9904 Pomona Drive
Bethesda, MD 20817
301-674-6139.
Washington, le 5 novembre 2009
Lettre ouverte à Monseigneur Vincent COULIBALY, Archevêque de Conakry, Président de la Conférence Épiscopale de Guinée
Nous, Collectif des Forces vives de Guinée aux Etats-Unis d’Amérique, venons par la présente lettre vous soumettre une protestation publique contre des propos que vous avez tenus récemment sur la répression dans notre pays.
Dans votre discours du 1er novembre 2009, vous indiquez que notre pays est immensément riche à tout point de vue. Vous utilisez ce fait de façon malencontreuse pour laisser croire que cela serait la raison derrière les crimes commis par la junte. Dans un refus troublant de faire face à votre responsabilité de leader moral et religieux, vous faite dans l’amalgame en posant des questions oiseuses. Vous dites : « En tout cas, on a le droit de se poser la question de savoir : Pourquoi ce grand battage médiatique orchestré à partir de certaines capitales européennes ? Pourquoi ces efforts n’ont pas été déployés pour signaler le danger et éviter le massacre ? Et pourquoi n’a-t-on rien dit ni rien fait en février 2007, alors qu’il y a eu plus de 300 morts dans le pays et de très nombreuses infrastructures détruites ? Où était la presse internationale à ce moment ? »
Votre nationalisme de bas-étage insinue que la Guinée serait l’objet d’une convoitise à cause de ses richesses naturelles. Il est dans la tradition de toutes les dictatures qui ont sévi
Dans votre tentative de justifier l’injustifiable, vous utilisez l’arme de toujours des dictateurs, celui de s’attaquer à la presse. Vous indiquez : «On devra aussi reconnaître que les images diffusées à grande échelle avec la complicité de certains de nos compatriotes, ont bien porté atteinte à la morale et à la dignité de l’homme guinéen. N’a-t-on pas parfois l’impression que ces images abominables ont pour but d’opposer les Guinéens entre eux ? Ou bien qu’il s’agit de chercher la balkanisation de notre pays à cause de nos richesses ? ». Les tueries, les viols et les bastonnades dont le peuple de Guinée a été victime le 28 septembre 2009 est une réalité dont on n’échappera pas avec des tours de mots. C’est un crime prémédité et perpétré en plein jour par le CNDD et le gouvernement. Il est navrant de la part de l’homme d’église de faire peser des suspicions sur des journalistes qui n’ont fait que rapporter, au risque de leur vie, des faits qui ont révolté l’humanité entière. C’est une honte de la part d’un apôtre de Jésus-Christ que de faire cet amalgame politique au mépris des victimes.
Plus dangereux encore, vous essayer dans votre discours de mettre sur le même pied d’égalité le droit de manifester qui est un fondement de la démocratie et les crimes imprescriptibles dont la junte s’est rendue coupable. Vous dites à ce propos : « A tous ceux qui organisent les grèves de la faim, les marches populaires, les villes mortes, les répressions féroces qui bafouent le respect de la dignité du guinéen et qui perturbent… je demande de ne plus jamais recourir à ces fameuses mobilisations ou répressions qui nous conduisent au malheur et à la misère ». Votre demande « … de ne plus recourir à ces fameuses mobilisations… » est une abdication et une insulte aux milliers de victimes qui auront sacrifié leurs vies pour faire régner la liberté d’expression dont vous abusez aujourd’hui.
Les manifestations populaires font partie intégrante des modes d’expression de la liberté. Y porter une entrave c’est oublier Dr. Martin Luther King Jr et ses compagnons dans leur lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. C’est une moquerie aux efforts Gandhi et ses compagnons qui ont donné leur vie pour conquérir l’indépendance de l’Inde. C’est bafouer la lutte des peuples africains pour se soustraire de la domination coloniale et postcoloniale. C’est oublier commodément que l’un des piliers de la démocratie c’est l’existence d’une opposition en tant que partie intégrante du mécanisme de gestion de la chose publique. C’est enfin omettre que vous n’avez fait aucune objection quand le CNDD et le gouvernement utilisaient les maigres ressources de l’Etat pour payer des manifestations en faveur de la candidature de M. Moussa Dadis Camara.
Votre discours se situe au-delà de l’expression de la libre opinion. Il va à l’encontre des codes de la moralité religieuse. Il encourage la résignation et s’apparente à une démission de l’intelligence. La religiosité pénétrée de peur des régnants n’est que de la simple propagande.
Vous avez choisi de saboter aujourd’hui l’espérance d’un peuple de Guinée pour vous inscrire dans la ligue pléthorique des leaders religieux qui ont toujours servi leurs intérêts et ceux des despotes dans notre pays.
Que Dieu vous éclaire et vous fortifie dans la vérité car elle seule nous rend véritablement libres.
Le Collectif des Forces Vives de Guinée en Amérique.
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